Lutter ou se battre?

6 02 2010

Regardez, tout y est: la difficulté à trouver un emploi pour les jeunes Français d’origine étrangère, la place des filles dans les banlieues, le lien avec le pays d’origine (à l’occasion du match Egypte-Algérie de la Coupe d’Afrique de football), les conditions de logement avec l’étonnante interview du propriétaire d’une ancienne clinique, reconvertie en logements et qui justifie ses prix prohibitifs par le faits qu’ils sont “toutes charges comprises”.

Notez au passage comment l’actualité peut être interprétée, selon le point de vue: le bus des Algériens caillassé au Caire est devenu un bus endommagé par les joueurs algériens eux-mêmes “avec les petits marteaux”!

Le JT de l’école du blog II

envoyé par Bondy_Blog. – L’actualité du moment en vidéo.

En classant ce post sous la rubrique “Une touche d’optimisme”, j’hésitais: d’une part, je pense que l’on peut voir ces “moments d’expression” comme des chemins vers l’émancipation et l’esprit critique de ces jeunes. D’autre part, ces tentatives, dévolues aux associations, me semblent souvent être un moyen pour l’Etat de se dédouaner à bon compte de toutes les négligences sociales et urbanistiques qu’il a permises dans les dernières décennies.

Une société qui a transformé ses “travailleurs qui luttent pour un monde meilleur” en “exclus qui se battent pour se faire une place au soleil” doit évoluer vers d’autres horizons.

P.S. Le même réalité, en moins “politiquement correct”. L’émotion, ça marche aussi comme vecteur de changements possibles et espérés!



Prison pour mineurs?

30 01 2010

enfant prisonLa semaine passée, je vous parlais de ces enfants en Angleterre qui avaient été condamnés à au moins 5 ans  d’emprisonnement après avoir torture deux autres enfants.

La question d’aujourd’hui porte sur l’emprisonnement de mineurs de moins de 16 ans.

Il faut “concilier sanction et éducation” comme il est dit dans l’article annonçant l’ouverture d’un établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM). Mais cette formulation montre déjà que le fondement de ces prisons est complètement faussé.

Pour le démontrer, prenons pour exemple une situation relatée dans un article du Nouvel Observateur, parlant du suicide d’un jeune détenu, Nabil. Extraits:

“Un «jeu» macabre que nul n’a su arrêter. La chronologie des faits est implacable.

Le mercredi 1er octobre, un mineur donne un coup de pied à un surveillant qui vient ouvrir sa cellule. Il est aussitôt envoyé au quartier disciplinaire, le QD. Le lendemain, à 21 h 15, il essaie de se pendre. Le psy ordonne de le remonter dans sa cellule. «Il est inapte au mais apte à la connerie», râlent les gardiens. Le samedi 4 octobre, un autre mineur tente d’étrangler un codétenu en salle d’activités. Direction le QD. Il y fait une tentative de suicide à 21 h 20. Psy. Retour en cellule. Les surveillants exigent tout de même une sanction : ils enlèvent le poste de télé installé dans sa cellule. Le détenu s’accroche à nouveau avec ses draps. Re-psy. On le met avec un autre jeune… qui, lui, a la télé.

(…) Le lundi sera pire. Ce 6 octobre, Nabil ne veut plus partager sa cellule avec Tristan (*). Il réclame Abdul (*), un ami d’enfance. Les gardiens tiennent bon : «Ce n’est pas à toi de choisir ton codétenu. Tu restes avec Tristan. Ou si tu ne t’entends pas avec lui, on te met seul. On ne peut pas faire plus.» Nabil opte pour la seconde solution. A quelle heure commence-t-il à confectionner une corde avec ses draps ? Quand un gardien ouvre sa cellule à 21 h 35, l’adolescent est mort.
21 h 15 et 21 h 20, pour les trois premières tentatives de suicide. Quinze minutes après pour Nabil. «Dans chacun des cas, la mise en scène est la même, note le rapport de l’Inspection générale. Les adolescents attendent l’arrivée des rondiers [les surveillants qui font leur tournée dans les couloirs], les pieds touchant le sol. Ils se lâchent, c’est-à-dire se laissent glisser par terre, quand les rondiers sont à proximité de leurs cellules. Dans un des cas, le noeud s’était même délié.» Les quatre mineurs avaient calé leurs pendaisons sur le rythme de rondes de nuit. Deux surveillants seulement pour l’ensemble de la prison (plus de 400 cellules, près de 500 détenus !), qui passent environ toutes les deux heures.
Pour raison de sécurité, ils n’ont pas les clés sur eux. En cas d’urgence, c’est un gradé qui vient ouvrir la porte. Le temps d’aller le chercher, de revenir : autant de minutes perdues… Les trois premiers mineurs ont été sauvés. Pas Nabil.”

On voit bien en quoi, ici, les jeunes utilisent les failles de l’institution pour déployer leur recherche des limites, propre à tout adolescent. La coexistence de gardiens de prisons et de psychologues, sans qu’un véritable travail d’équipe soit installé, rend le travail éducatif impossible parce que , justement, la base même de l’éducation, c’est la cohérence.

“Concilier sanction et éducation” ne veut rien dire : la sanction est un des aspects de l’éducation, totalement inclus dans l’éducation, et vouloir l’en sortir est un contresens. Qu’un parent tout seul n’en ait pas conscience, on peut le comprendre. Qu’un état entier érige cet aphorisme en institution, ne peut aboutir qu’à des situations aberrantes et catastrophiques comme celle décrite ci-dessus.

Le travail d’équipe et la cohésion (sans cesse à construire) qui en découlent sont les prérequis indispensables pour espérer pouvoir faire progresser les jeunes. Une équipe de ce genre doit être composée de personnes ayant une formation: l’éducation ne s’improvise pas et n’est pas qu’une question d’écoute, de bon sens et/ou d’autorité. Le simple cocktail entre ces éléments de base n’est pas si simple à doser, encore moins dans les cas difficiles comme ceux qui se présentent là.

N.B. Pour être très claire, il n’est pas question de minimiser des faits très graves commis par certains mineurs, ni de les laisser impunis. En Belgique, les mineurs sont placés en “centres fermés”, tout à fait séparés des prisons d’adultes, conçus comme institutions éducatives à 100%. Le système n’est pas sans faille: parfois, il n’y a de place dans aucun centre fermé et un jeune, ayant commis un fait grave est laissé dans sa famille jusqu’à nouvel ordre. Il existe aussi une possibilité (qui me semble moins contestable, du moins dans le principe car la multiplication de tels cas de figure est, elle, inquiétante) de renvoyer un jeune de plus de 16 ans devant une juridiction d’adulte si le juge estime que son cas ne relève plus de l’éducatif…

cadre



Enfants tortionnaires: pourquoi?

23 01 2010

pingouin violent“En avril dernier, deux frères âgés de 11 et 12 ans, issus d’une famille suivie par les services sociaux britanniques, avaient torturés deux autres enfants, âgés de 9 et 11 ans, à Edlington, un ancien village minier du Yorkshire. Ils les avaient laissés pour mort avant de s’enfuir. Ils avaient ensuite été arrêtés.

Neuf mois après les faits, qui avaient révulsé l’opinion publique, ils ont été jugés par le tribunal de Sheffield jeudi et vendredi. Lors de l’audience, les deux frères ont plaidé coupable de coups et blessures intentionnels, de vol et d’avoir poussé un enfant à réaliser un acte sexuel. Ils ont également reconnu des coups et blessures sur un autre garçon de 11 ans, une semaine avant l’attaque sur les deux autres enfants.

Le tribunal les a finalement condamnés à une peine de détention dans un établissement spécialisé, d’une durée illimitée, avec un minimum de cinq ans. “Le fait est qu’il s’agit d’une agression prolongée et d’une violence sadique sans autre motif pour vous que de prendre votre pied en les blessant et en les humiliant“, a expliqué le juge Brian Keith aux condamnés. “Le résultat des courses vous concernant est que je suis sûr que vous présentez un risque très élevé de faire beaucoup de mal à autrui“, a-t-il poursuivi, indiquant que ces actes pouvaient “s’apparenter à de la torture“.

Les avocats des frères ont expliqué devant le tribunal qu’ils avaient une “vie familiale toxique” où “les agressions, la violence et le chaos étaient la routine“. Depuis l’âge de 9 ans, ils avaient coutume de regarder des films  pornographiques et d’horreur extrêmement violents, fumaient du cannabis et une dizaine de cigarettes par jour et buvaient de l’alcool.” (source: ici)

La question à poser: comment est-il possible que des enfants de cet âge commettent ce genre de faits?

L’audition au Sénat français de Maurice Berger, dont il avait déjà été question ici, nous donne de sérieuses pistes, sans que nous ayons évidemment les moyens de savoir si elles s’appliquent à ces enfants-ci. L’audition dure 1h 18′ mais elle est passionnante d’un bout à l’autre. Si vous n’avez pas tout ce temps, regardez le premier quart d’heure, il y développe la thèse principale: l’exposition à des violences conjugales, en particulier quand celles-ci touchent la figure d’attachement principale (le plus souvent la mère), inscrit ces souvenirs dans le psychisme de l’enfant sous forme de cris, d’images, de sensations qui sont stockés dans une mémoire traumatique. A l’occasion de demandes éducatives simples, ou de contacts corporels, ces scènes ressortent comme une hallucination, reproduites “comme sur une carte routière”.

Ainsi, le Pr Berger estime à 14000 le nombre d’enfants en France souffrant de violence extrême, avec ou sans cruauté, dès avant l’âge de 3 ans! On peut imaginer ce que de tels enfants, non traités, deviennent à 10-11 ans! Le juge a-t-il vraiment raison de dire que ces enfants ont pu “prendre leur pied en les blessant et en les humiliant”?

Je suis persuadée qu’il s’agit là d’une interprétation “adultocentrée” des actes dont il est question ici. C’est à dessein que j’emploie le mot “souffrir” car ces enfants ont besoin de soins, parmi lesquels la contenance des adultes, Maurice Berger l’explique en détail dans son livre.

La souffrance des enfants est le symptôme du monde tel qu’il a été construit par les adultes; à eux de  l’assumer!

P.S. La semaine prochaine, j’aborderai la question de la détention des mineurs, vaste sujet en corrélation évidente avec ce qui précède…



La parole et le corps

16 01 2010

Une enseignante le dit: “Rien n’est fait dans les écoles au niveau des activités d’expression”. Puis s’ensuit un échange sur l’expression verbale et l’expression par le corps…

Il est évident que, ces dernières années, l’accent a été mis, du moins en Belgique, sur les aspects utilitaires de l’étude de la langue maternelle: écrire pour informer, parler pour convaincre,…

L’expression en tant que création (même modeste) permet cependant aux jeunes de verbaliser ce qu’ils ressentent, comment ils interagissent avec les autres,…

Dans le cas de conflits, il s’agit là de compétences extrêmement importantes: c’est parce qu’ils sont incapables de verbaliser que des jeunes en arrivent tout de suite aux mains.

Il est impressionnant de constater aujourd’hui à quel point le regard sur l’enfant et l’adolescent comme sujet à part entière, ne s’est pas accompagné d’une amélioration de sa capacité d’expression.

Tout simplement parce qu’il ne suffit pas de laisser un espace libre pour que l’expression naisse et s’enrichisse spontanément. L’entraînement, la pratique régulière sont seules capables de développer ce qui n’est en aucun cas inné mais bien culturellement acquis.

C’est encore plus vrai pour le corps, cet enveloppe à laquelle l’ado se sent si souvent étranger, par lequel il éprouve tant de sensations nouvelles. Alors, faire travailler l’expression par la parole et le corps à l’école, c’est tout bon!



“Chaque fois qu’un GSM sonne en classe, nous devons nous interroger…”

9 01 2010

GSM 2Titre d’un article dans les pages Education du journal belge “La Libre Belgique” (version complète ici). Tiens, que nous dit donc ce chercheur?

“Le GSM est pour les élèves une manière de passer le temps car ils s’ennuient en classe. (…) Chaque fois qu’un GSM sonnera dans une classe, il nous faudra repenser notre manière d’enseigner. (…) Quand les élèves s’impliquent dans leur apprentissage, le problème du GSM ne se pose plus: ils s’en détachent d’eux-mêmes. La tâche de l’élève doit être plus important à ses yeux que d’envoyer un SMS.”

Le genre d’assertion qui me fait bondir, c’est à se demander si ce monsieur a déjà eu l’occasion d’observer des groupes d’adolescents “in vivo”. Il est clair qu’à cet âge-là (et avec l’assentiment explicite de la société), le plus important se situe dans la construction d’une personnalité sociale et pas dans l’apprentissage. Pas pour tous, tout le temps. Mais souvent.

Envoyer ce genre de sommation à la réflexion, qui est en fait une injonction à la séduction, ne rend service à personne: les enseignants qui tracent envers et contre tout sans se préoccuper du sens de ce qu’ils enseignent, balaieront ce type de commentaire du revers de la main. Ceux qui se posent des questions seront dans le doute stérile permanent.

Oui, il est bien nécessaire qu’il y ait de moments où les élèves puissent se “retirer” du monde pour pouvoir se centrer sur des temps de pensée et d’apprentissage, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller chercher dans l’actualité, dans l’observation du milieu environnant (naturel et humain, les métiers par exemple) des sources de connaissances qui permettent de donner un certain sens à l’apprentissage.

Sans se mettre en compétition avec tous ces nouveaux médias qui sont tellement attirants que beaucoup d’adultes n’y résistent pas…

Remettons le GSM à sa juste place: un moyen de communiquer qui ne doit pas être permanent (planifier une journée, c’est important!) et dont chacun doit pouvoir rester indépendant (y compris les parents pour gérer leur angoisse de laisser les enfants revenir seul de l’école!)

Encore quelques années pour que tout cela devienne clair dans l’esprit de tout le monde et on n’en parlera plus!



“Ca sert à quoi d’être bombe A si c’est pas pour aller voir un mec, quoi?”

19 12 2009

Trouvé sur un site dédié aux ados, parmi autres actualités people et pubs en tous genre:


Les (pas) “smoky eyes” (ridés) des féministes des années 70 en pleureraient…

Remarquez que, pour arriver au résultat, il n’en faut pas moins de 11 produits différents, tous fabriqués par la même marque sponsorisant le site, évidemment!

Bonne fin d’année et rendez-vous le 9 janvier!



Enfanvironnement

12 12 2009

Copenhage, réchauffement climatique, planète de demain, quel est l’effet sur les enfants de ce matraquage dont nous sommes abreuvés depuis des semaines (sans que ce soit pris comme un prise de position, le débat nous dépassant largement).

On pourrait croire que le premier objectif est la sensibilisation, l’éducation. Certes, mais les missiles médiatiques ne provoquent-ils pas des dégâts collatéraux?

Récemment, j’ai entendu P.Meirieu dire que,d’une enquête qu’il avait menée avec son équipe, il ressortait que 54% des enfants croyaient que la fin du monde aurait lieu avant la fin de leur vie (voir interview ici).

Le film n’est pas traduit mais suffisamment explicite…

Si, comme H.Arendt le dit, éduquer, c’est porter la responsabilité du monde, il faudra nécessairement en passer par le FAIRE et pas seulement par le DIRE! Et ce n’est pas gagné!



20 ans de droits de l’enfant (3)

5 12 2009

20 ans droits enfant (2)Les coordonnateurs sont les délégués des délégués d’élèves et, à ce titre, les premiers interlocuteurs pour défendre la cause des élèves pour les questions qui les préoccupent dans la vie de l’école.

« Madame, on voudrait demander de faire installer un distributeur de sodas dans l’école. »

« Vous savez que je ne suis pas vraiment favorable à votre cause mais vous pouvez préparer une argumentation pour la réunion générale des professeurs qui est l’instance qui peut prendre ce genre de décision dans l’école. »

« Mais pourquoi les professeurs? Si on fait un vote chez les élèves, le résultat est certain. »

« Oui, mais dans l’école, les décisions qui ont des conséquences pédagogiques ou éducatives sont du ressort exclusif de la réunion générale des professeurs, c’est écrit dans les statuts. »

« Bon, est-ce que nous pouvons y aller pour les convaincre ? »

« Oui, bien sûr. »

« Vous verrez que nous y arriverons ! »

Le jour dit, arguments pour (souvent par les élèves mais parfois aussi par les enseignants) et arguments contre (toujours par les enseignants) sont avancés :

« La consommation de sodas est mauvaise pour la santé, un distributeur dans l’école incitera inévitablement à en boire. »

« Mais toutes les études disent que les jeunes ne boivent pas assez et éduquer à une consommation raisonnable des sodas est aussi important que d’en interdire l’accès. »

« L’installation de distributeurs dans l’école augmente la circulation d’argent, introduit une forme de publicité présente en permanence dans un lieu de vie des jeunes. »

« C’est à l’école de prévenir les élèves contre les pièges de la publicité. Puis, s’il n’y a pas de distributeur, nous sortons de l’école et les boissons nous coûtent beaucoup plus cher que ce qu’elles coûteraient à l’école. »

« Les consommations achetées à l’école rapporteraient un peu d’argent à celle-ci qui pourrait ainsi améliorer son équipement ou son cadre de vie. »

Deux argumentations qui se tiennent chacune mais qui sont guidées par des motivations et des valeurs très différentes.

Après une heure de discussion acharnée, l’ensemble des professeurs a voté : contre le distributeur. Et pourtant, c’était une chaude après-midi de juin où un soda bien frais aurait été bienvenu ! (Extrait du livre: “L’enfant: petit homme ou petit d’homme?” ici)

Quel rapport avec les droits de l’enfant? Il s’agit, à mes yeux, d’un excellent exemple de l’exercice de la liberté d’expression, d’association prévue par la CIDE, tout en restant dans un cadre éducatif : le suffrage universel n’est pas l’équation réduite de la démocratie, l’argumentation a été vraiment entendue et la décision n’était pas prise d’avance mais remise en jeu dans le cadre clair de l’école.

Tout ce qui apparaît comme des détails est, en fait, capital: par exemple, si l’école est décidée à ne rien changer, inutile de laisser les élèves se démener pour construire un dossier. Ils ne feraient qu’en ressortir avec l’idée de “à quoi bon s’investir si c’était déjà décidé d’avance!”. On donne ainsi d’emblée une idée bien négative de la démocratie. De plus, organiser la discussion entre les enseignants et les délégués d’élèves montre à ceux-ci qu’ils n’ont pas un corps monolithique devant eux, que les adultes ont aussi des divergences de point de vue mais tout le monde se ralliera à l’avis de la majorité.

Dans des cas plus fréquent, où il est clair que l’école ne changera pas de position, il m’arrive  de rediscuter avec des élèves de telle ou telle règle. Ils ferraillent (souvent bien) pour faire valoir un autre avis que celui qui prévaut dans l’école. A la fin d’un dialogue quand chacun a exposé ses arguments, je clôture en disant: “Vous avez un raisonnement qui se tient, j’en ai un autre et c’est celui-là qui prévaudra parce que je parle au nom de l’institution qui a déjà bien réfléchi, collectivement, à ces questions.”

Il faut parfois répéter plusieurs fois cette dernière phrase, de plusieurs manières, pour faire accepter que la situation n’évoluera pas comme ils le voudraient, pour faire comprendre que ce n’est pas personne (eux) contre personne (moi),… Mais bon, si on ne veut pas expliquer, on ne doit pas exercer métier d’éducation!

Bonus: Un site particulièrement destiné à diffuser la CIDE auprès des enfants: Cyberdodo (pour la présentation en 3 min, c’est ici, pour les dessins animés sur les droits de l’enfant, c’est ). Qu’en pensez-vous?



20 ans de droits de l’enfant (2)

28 11 2009

20 ans droits enfantUne des questions les plus controversées quand on évoque la Convention de Droits de l’Enfant (texte intégral ici) est celle de la coexistence, dans son texte, de droits-créances (droit à avoir un nom, à ne pas être séparé de ses enfants, à jouir du meilleur état de santé possible,…) et de droits-libertés (article 12 à 16 en particulier: droit de s’exprimer, de s’associer, de pratiquer sa religion,…).

On comprend tout de suite l’argument (développé dès le début des années 90) : ou bien on considère que l’enfant est un être faible, à assister et dans ce cas, comment lui accorder des droits aussi disproportionnés que celui de s’exprimer ou de s’associer librement? Ou bien l’enfant est vu comme un sujet à part entière et dans ce cas, pourquoi lui donner le bénéfice de toutes ces protections?

L’impasse semble évidente et difficile à contourner. Et pourtant, il “suffirait” de bien vouloir articuler ses deux dimensions autour de l’éducation.

L’article 29 est explicite: “Les États parties conviennent que l’éducation de l’enfant doit viser à :
a) Favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et des ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités ;
b) Inculquer à l’enfant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies ;
c) Inculquer à l’enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ;
d) Préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité entre les sexes et d’amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d’origine autochtone ;
e) Inculquer à l’enfant le respect du milieu naturel.”

Tout y est! Par exemple le mot “inculquer”  qui signifie “faire entrer durablement quelque chose dans l’esprit de quelqu’un”, s’y retrouve 3 fois. Il est cependant intéressant de noter que la version anglophone utilise “developpement” (ici), qui se distingue quand même un peu du terme inculcation. Le mot respect y est employé tant pour les parents, que pour les valeurs “nationales”,…

Tout est donc là pour rendre l’idée que la relation d’éducation est bien une relation de sujet à sujet, mais une relation asymétrique, en ce sens que l’adulte est une sujet (censé être) arrivé à la maturité et “portant la responsabilité du monde” (H.Arendt), tandis que l’enfant est un sujet se construisant et s’insérant petit à petit dans la communauté humaine, avec l’aide des adultes (”il faut tout un village pour élever un enfant”).

Philippe Meirieu dit, de manière extrêmement parlante: “Imaginons une société où les droits-créances des enfants auraient été respectés et rencontrés à 100%… Comment peut-on espérer que de tels enfants seront des citoyens actifs et critiques demain?

Ainsi donc, la CIDE, si décriée soit-elle, reste le meilleur outil-balise pour parler de la place de l’enfant dans nos sociétés. Elle nécessite simplement d’être explicitée, le patron du pull doit être tricoté!

La semaine prochaine, je clôturerai par un ou deux exemples concrets de la manière de permettre à ces beaux principes de vivre dans le quotidien…

PS: Ceci n’est pas un résumé de la conférence du 25 (impossible à résumer dans un format post!), mais plutôt un extrait. Ceux qui voudraient l’entendre en baladodiffusion, c’est ici)

Bonus: Pour voir comment une société suédoise d’ameublement récupère ce 20ème anniversaire, voir ici.



20 ans de droits de l’enfant (1)

21 11 2009

!cid_479145010@18112009-039520 ans des droits de l’enfant! Si tout le monde s’accorde pour dire qu’il y a encore beaucoup à faire dans certaines parties du monde (enfants au travail et sans éducation, enfants prostitués enfants-soldats,…), beaucoup disent aussi les effets pervers de la diffusion, parfois anarchique et mal comprise (voir ici et ici), de cette notion de droit de l’enfant. J’aurai l’occasion de développer longuement oralement , je résumerai dans le billet de la semaine prochaine.

Je voulais simplement reprendre cette semaine en quoi la situation est loin d’être aussi simple dans nos pays aussi.

Le Délégué général aux Droits de l’Enfant (l’équivalent belge du Défenseur des Enfants en France) vient de publier une étude sur les conséquences de la pauvreté sur les enfants, les jeunes et leurs familles (dans la partie francophone de la Belgique). Vous le trouverez en intégrale ici. Je voulais vous en livrer un court extrait, très parlant. Les références qui sont brièvement évoquées se retrouvent précisément dans le texte d’origine.

Un cas particulier: les poux

La question des poux est un facteur de stigmatisation et d’exclusion de l’enfant à l’école, alors que l’école devrait être un instrument d’éducation. On peut penser d’ailleurs que les poux constituent en tant que tel un bon analyseur de la situation des familles précarisées.

Dire que la pauvreté est stigmatisante, c’est la reconnaître comme un signe, un attribut, qui porte un discrédit durable et profond sur la personne, au point qu’elle n’est plus considérée comme un semblable à nous, voire qu’elle est rejetée hors du cercle des humains.

S’ensuivent une série de conséquences, notamment que l’on prête à la personne des incapacités ou des déficiences non avérées, qu’on la suspecte de mauvaise volonté, qu’on réfère injustement un certain nombre de fait au stigmate. (référence à la théorie du stigmate élaborée par E.Goffman)

Les poux seraient synonymes de négligences et d’une mauvaise volonté, parce que l’on est pauvre. Beaucoup de familles se sentent démunies face à cette question. L’école exclut l’enfant en demandant que la famille règle le problème des poux sans savoir si la famille a les moyens  financiers pour assumer le traitement.

“Le traitement des poux est super cher: on ne sait pas donner tous les traitements et on ne sait pas aller chez le médecin pour avoir le certificat nécessaire. Il y a une incohérence entre les communes: les demandes et les exigences sont très variables d’un CPAS (Centre public d’Aide sociale) à l’autre.”

“On n’attrape pas des poux tout seul. c’est un “truc” de société. Cela entraîne l’exclusion de l’enfant pendant 15 jours de son école. Après les 15 jours, s’il a encore des poux, il ne peut plus aller à l’école. Des fois, l’enfant ne peut plus aller à l’école pendant un mois et même plus à cause des poux. Si l’enfant ne travaille pas bien à l’école et que le prof dit qu’il est exclu, l’enfant pleure, il est humilié. On ne veut plus jouer avec lui. L’enfant décroche déjà à cause des gros soucis de sa famille. Cette situation est mal gérée par l’école. En plus, quand on a 5 enfants, imaginez le prix que cela coûte. Les produits sont trop chers!”

D’après la sociologue Magali Joseph (référence étude 2008), si on se situe du point de vue des enseignants, les parents doivent inculquer à leurs enfants un certain nombre de règles dont notamment la propreté, l’hygiène… Ces règles relèvent de la sphère privée. Par contre, si on se situe du point de vue des parents, l’école a également une responsabilité au niveau de l’hygiène et de la propreté des enfants

Les poux sont donc un réel problème pour les enfants dont ils ne s’estiment pas seuls responsables et pour lesquels ils espéreraient un soutien plus actif de l’école

“Il est nécessaire d’attacher de l’importance à l’aspect psychologique des parents et des enfants et des conséquences que cela peut avoir dans les écoles. L’école est un endroit où le pouvoir public est démissionnaire. Or cela a une importance capitale car on fait de l’insertion sociale. Ce n’est pas en culpabilisant les gens que l’on arrange les choses. C’est un problème qui existe et la responsabilité doit être sociale. Ainsi, tous les ans, en début d’année, la sécurité sociale doit prendre en charge. La rentrée scolaire est déjà chère pour les familles. Les gens font déjà des efforts pour la rentrée et il faut dépenser 50 à 60 euros pour acheter des produits et lutter contre les poux.”

Nous avons vu que la stigmatisation et l’exclusion de certains enfants qui ont des poux à l’école pose question… Cela a des conséquences psychologiques sur les enfants et financières auprès des parents. Il est essentiel d’organiser des séances de prévention pour les parents et de leur mettre à disposition des produits gratuitement.

“Il faut organiser des réunions de prévention et d’information avec les parents pour en parler avec eux! Les parents et les enfants se sentiront soutenus par l’école et l’école n’exclura plus les enfants! Il faut mettre des produits gratuits à l’école à la disposition des familles. Il faut expliquer qu’avoir des poux n’est pas une honte!”

“La télévision montre des choses qui ne sont pas toujours intéressantes. Dans la vie de tous les jours, les poux, on n’en parle pas! Il faudrait lancer une campagne sur la question des poux à la télévision, sur Internet par le biais des pubs, de posters.”
C’est un peu long pour un billet de blog, mais cela a le mérite d’être clairement explicité. De quoi réfléchir sur un cas concret. Notez que les poux se retrouvent dans tous les milieux, de manière sans cesse grandissante, et ne relèvent pas du manque d’hygiène élémentaire quotidienne.

Bonus: Dans le genre, ce n’est pas encore gagné sur tous les fronts pour les Droits de l’Enfant, lisez cette nouvelle étonnante: aux USA, une petite fille de 10 ans a été touchée au Taser par un policier, avec l’autorisation de sa maman, parce qu’elle refusait de prendre sa douche. Si, si, c’est ici