La télé ou la vie…
13 03 2010“Le jeu de la mort”, diffusé le 17 mars, annoncé par France 2 ici, va faire du bruit! Une courte présentation sur France 5, suivie de quelques réactions, vous en dira plus long qu’un long texte…
Le jeu de la mort : Jusqu’où peut aller la télévision ?
La RTBF.be, télévision publique belge, a diffusé ce documentaire début mars déjà. Je l’ai vu.
Première impression, un immense malaise, assez primitif: comment peut-on tenir une position d’autorité quand on voit l’ascendant qu’il est possible de prendre sur des gens “normaux” jusqu’à obtenir d’eux de torturer une autre personne à la place de laquelle ils auraient pu être (on montre que, au début du contact entre les candidats et la productions, les places de chacun sont tirées au sort, dans ce cas-ci avec trucage évidemment!)
On comprend mieux comment, dans le contexte des années 60, les expériences de Milgram, aient servi de caution scientifique pour asséner un coup définitif à la légitimité de l’autorité, déjà bien érodée. La porte était grande ouverte pour une société égalitaire, sans obéissance, où toute position d’autorité était discréditée en soi, puisqu’elle pouvait aboutir à de telles extrémités.
Puis la pensée reprend le dessus.
Premièrement, ne pas comparer les adultes et les enfants. Toute société, représentée par les adultes, doit introduire les enfants à une société humaine, nécessairement structurée par certaines valeurs, qui entraînent mécaniquement autorisations et interdictions. Tout en laissant entendre à l’enfant, au jeune que, même tenu d’obéir, il peut exprimer, pour des choix importants, un point de vue qui infléchira peut-être la position de l’adulte (mais pas toujours). Quand il sera adulte, il pourra se positionner, comme un être libre, face à ces valeurs et leur concrétisation.
Mettre des limites à un enfant, lui imposer d’obéir, dans un cadre cohérent et aussi permanent que possible, c’est en faire un homme ou une femme qui pourra s’occuper d’autres choses, plus intéressantes, que de se contenir lui-même pour ne pas céder aux pulsions de plaisir qui se succédent nécessairement en chacun.
Pouvoir exercer une autorité qui interdit mais qui surtout autorise relève de la responsabilité première de chaque éducateur.
Deuxièmement, relever l’emprise de la télévison et plus largement des médias (y compris Internet) sur nos sociétés. “L’emprise de la religion a été remplacé par l’emprise de la télévision”, nous dit Yves Michaud ici. Là aussi, indépendemment de la place qu’a pris ce 4ème pouvoir, peut-être devenu le premier, il est urgent de protéger les enfants de ces images qui les emprisonnent dans des modèles d’identification et les coupent de la réalité du vrai monde (par exemple, celui où il faut savoir s’occuper seul, sans s’agiter et/ou crier tout de suite à l’ennui)
Mais, aujourd’hui, interdire les chaînes destinées aux moins de 3 ans apparaît comme une atteinte à la liberté d’expression plutôt que comme une mesure de santé publique (en tout cas de santé mentale).
P.S. Un peu hors sujet: le documentaire lui-même met un peu mal à l’aise dans son ambiguïté. Comme tous les documentaires actuels, il est monté et sonorisé comme une oeuvre de fiction, ce qui lui donne un ton un peu racoleur. Les candidats sont présentés comme les protagonistes uniques de l’action alors que tout le dispositif devrait être interrogé. Cela manque…
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