Une bonne idée pour l’été!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi juin 29, 2013 Under Pédagogie active

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L’été, c’est un moment privilégié pour l’observation de la nature: les fourmis dans le jardins, les oiseaux dans les arbres, les herbes aromatiques qui poussent dans les pots ou dans le jardin,…

Pour ceux qui ne peuvent pas profiter d’un espace naturel à portée de main, voici une idée: un élevage de larves qui deviendront des papillons.

C’est un peu du green-marketing au service de la pédagogie active: tout y est pour une expérience réussie où les enfants peuvent observer, dessiner, revenir sur les différentes étapes, formuler des hypothèses auxquelles un adulte peut (ou non) répondre…

En tout cas une bonne idée d’occupation pour les vacances (il faut 3 à 5 semaines pour le processus complet).

Bel été et rendez-vous à la rentrée!

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Faut-il modifier la Convention des Droits de l’Enfant? (fin!)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi juin 22, 2013 Under Enfance

MoiOn l’a vu dans les semaines précédentes, la Convention offre un cadre difficile à cerner de près. Les deux types de droits, les droits-créances (”droits à” et les droits-libertés (droits de”), sont-ils à maintenir ? La notion d’intérêt supérieur de l’enfant doit-elle être précisée ? Y a-t-il lieu de préciser des périodes de la vie pour déterminer quel type de liberté accorder à quel âge ?

Pour les droits humains en général, les droits-libertés priment sur les droits-créances dans nos sociétés : si un livre est censuré, on va en appeler bruyamment à la liberté d’expression mais qu’un homme n’ait pas de logement n’émeut plus grand monde. Pour les droits de l’enfant, les droits-créances sont globalement mieux respectés, bien que nous ayons vus que les situations de précarité qui se reproduisent de génération en génération, entravent gravement l’exercice de ces droits.

Aujourd’hui, dans nos sociétés, ces tensions sont non explicitées. Tout le monde raisonne comme s’il y avait moyen d’avoir tout, sans restriction. Cependant, ce n’est qu’en clarifiant les articulations qui existent entre ces deux pôles que l’on pourra construire peu à peu, à partir de chaque réalité.

De manière plus générale, il conviendrait de stopper la place envahissante qu’a pris le droit dans nos sociétés. Privés de l’hétéronomie de la société des derniers siècles, nous avons cru que la loi explicite pourrait remplacer la Loi implicite. Or, aussi loin qu’aille l’écrit, il reste toujours des interstices pour que chacun interprète l’écrit. Ce n’est qu’en admettant ce fait, en remplaçant la logique du « Tu as un avis, j’en ai un autre, restons-en là » par une dynamique de réflexion collective (au niveau d’une institution, de groupes plus informels ou plus larges) que nous pourront évoluer vers plus de « bon sens commun » qui permette à chacun de prendre sa place. Redisons-le : « Il faut tout un village pour éduquer un enfant ».

La Convention a signé le changement du regard sur l’enfance dans nos sociétés. L’enfant doit être considéré à la fois comme un alter ego et comme un être à éduquer, à insérer dans la communauté humaine. Mais, au même titre que les Droits de l’Homme ne peuvent constituer une politique, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ne peut définir une ligne éducative.

Seriner sur tous les tons que les enfants ont des droits est le plus souvent contreproductif au processus éducatif. Il faut agir, parler sur des cas précis en obligeant à la réflexion et non se dédouaner en informant « à vide », par exemple sur les droits de l’enfant.

Les droits de l’enfant ne doivent faire l’objet d’aucune forme d’enseignement, c’est autrement qu’ils doivent s’exercer. Les nombreux exemples évoqués nous ont montré qu’il y a matière !

L’enjeu principal dans nos sociétés nouvellement démocratiques (n’oublions pas que le droit de vote pour tous ne date que de quelques décennies), c’est d’écouter l’enfant, tout en l’aidant à se construire, à se penser lui, en tant que sujet mais aussi comme un parmi les autres.

Se penser, c’est mettre à distance l’émotion, sans se les interdire, c’est différer les pulsions, c’est apprendre à symboliser pour ne pas être esclave de soi.

La société dans son ensemble doit prendre conscience de sa responsabilité globale et trouver le moyen de limiter le pouvoir ultralibéral de nos sociétés de consommation, en prenant particulièrement garde aux enfants. Songeons à l’aberration que représente l’interdiction de la publicité sur les chaines françaises après 19h (qui a d’ailleurs amené une hausse de 40% des recettes publicitaires des autres tranches horaires). Pourquoi préserver les adultes, alors que les plus vulnérables à ce type de sollicitation sont les enfants ? Sachant que les enfants sont à l’origine de 45% des achats, aurons-nous le courage d’inverser la vapeur ?

Dans la même optique de formation d’un sujet de droit, l’école doit prendre conscience que sa mission de transmission porte davantage sur les liens que sur les agrégats préformés de contenus vides de sens. Elle doit admettre une fois pour toutes qu’elle est la première institution que rencontre l’enfant et qu’à ce titre, elle a une mission d’éducation qui lui est irrévocablement dévolue, qu’elle est le premier lieu où les droits de l’enfant doivent être respectés, strictement respectés.

L’enfant pourra ainsi se penser, de sa place d’enfant qui sait qu’il y aura toujours dans son entourage un adulte prêt à l’écouter, partir de ce qu’il dit et de ce qu’il est pour l’amener sur le chemin de la communauté humaine, y compris en le limitant de manière circonstanciée et adaptée.

L’enfant pourra ainsi se construire peu à peu comme un parmi les autres. La classe (mais aussi toute autre collectivité d’enfants et d’adolescents) est le lieu privilégié pour cet apprentissage, elle n’est en aucun cas une juxtaposition d’individus-élèves mais une collectivité où chacun a des responsabilités (parfois très pragmatique comme nourrir le lapin de la classe), où des moments d’explications mutuelles sont fréquents, où le travail de groupe est organisé par l’enseignant de manière à faire tourner les responsabilités et varier l’exercice des compétences.

Cohérente avec cet objectif-là, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant offre une structure idéale : elle fixe des balises mais oblige à y réfléchir au cas par cas, ensemble autour de l’enfant, de préférence

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Les droits de l’enfants, formalisés par une Convention,… (5)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi juin 15, 2013 Under Enfance

CIDELa Convention Internationale des droits de l’enfant, signée en 1989, concrétise l’enfant imaginaire de nos sociétés nouvellement démocratiques, chaque jour plus libérales et individualistes. En ce sens, elle est parfaitement adaptée à l’idéal collectif qui s’est installé depuis trente ans environ.

Parallèlement, au milieu des années 80 s’amorce le nouveau chemin, moins simple que prévu : les théories de l’attachement montrent l’importance énorme de la qualité des soins donnés par la mère à son bébé, le concept de parentalité met l’accent sur la responsabilité des parents à assumer leurs tâches, non clairement définies mais déterminantes pour l’avenir de leurs enfants.

Et c’est alors que la notion de droits de l’enfant apparait comme complexe, plus complexe que prévu ! Elle englobe, sans bien les distinguer, les droits-créances (droits à… l’éducation, les soins,…) et les droits-libertés (droits de s’exprimer, d’être entendu… ou même de s’associer!), laissant bien floue la place de l’éducation.

Car, sortant d’un système strictement organisé, il est bien difficile de définir d’autres modes d’éducation qui préservent la personnalité de l’enfant, de chacun des deux parents, qui introduise l’enfant à la société comme être unique mais aussi comme un parmi les autres, qui donne à cet adulte en devenir toutes les compétences qu’il faut pour vivre en adéquation avec les idéaux projetés (par lui, par ses parents, par la société). Vaste programme !

Avant qu’on ait eu le temps de voir venir la question, les situations problématiques se sont multipliées, même si elles sont loin de l’être toutes comme voudraient nous le faire croire les Cassandre qui exploitent les angoisses contemporaines : les enfants-rois qui deviennent des adultes désabusés et/ou incapables de s’adapter à une réalité incontournable, les ados qui cherchent dans la fusion avec leurs pairs, l’étayage essentiel qu’ils ne reçoivent plus de la société… Tout cela sous l’œil incrédule des parents qui, issus de mai 68, avaient cru que cela ne leur arriverait jamais puisqu’ils étaient la  génération de la parole, de la liberté et de l’autonomie!

Aujourd’hui, on commence à mesurer l’ampleur de la tâche, sans toujours nuancer suffisamment. Prenons un seul exemple : il est de bon ton aujourd’hui de dire et de répéter qu’il faut faire respecter des limites aux enfants, que ces limites les aident à se construire, que la frustration permet l’avènement de la pensée,… Certes, mais ici aussi un discours réducteur ne suffit pas.

Il apparait maintenant comme clair que ce retour en force de la notion de « limites » ces dernières années (d’ailleurs jamais vraiment disparues du champ de l’école ou de l’institution) ne s’accompagne pas suffisamment de ce « chemin de parole » qui aide à ce qui la limite se construise de l’intérieur et que le comportement de l’enfant et de l’adolescent ne se réduise pas à une succession d’attitudes juxtaposées sur le principe de base du stimulus-réponse qui façonne sans doute des être qui ont l’air bien policés mais qui sont en fait souvent morcelés et incapables de cohérence à long terme dans leur attitude. Ce « chemin de parole » est d’ailleurs le garant que celui qui met les limites respecte une cohérence indispensable, même si elle lui est propre, ou plutôt si elle n’est limitée qu’au seul champ de la famille, par exemple.

Ceux qui espèrent qu’un retour à une situation d’antan résoudraient tous les problèmes en seront pour leurs frais ; la route vers de nouveaux modèles d’éducation est encore longue !

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Sans commentaire, écoutez tout!
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PS, le commentaire d’Anouk, “remonté” et avec l’image:

Dans le même ordre d’idée, cette campagne d’affichage à Chicago pour attirer l’attention des garçons sur le fait qu’ils ont reponsables de leur éventuelle paternité

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Les droits de l’enfants (4)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi juin 1, 2013 Under Enfance

enfant pauvreLe droit à avoir un niveau de vie suffisant

« J’ai un retard de paiement, j’ai payé l’étude mais j’ai oublié 5 euros. C’est marqué que mon fils doit marquer 200 fois que maman a oublié de payer. J’ai dit à mon fils qu’il ne va pas écrire, je lui ai donné 5 euros à donner le lendemain et si elle te dit quelque chose, tu viens me le dire. J’ai dit à mon fils de dire à la dame que ce n’est pas sa faute mais de ma faute à moi, c’est moi qui ai oublié. Il est revenu, et a dit qu’elle a dit que c’est à moi d’écrire 200 fois que j’ai oublié de donner l’argent à mon fils.»

« Les parents en difficulté ont des enfants qui ne terminent pas leurs études à cause des problèmes de sous et qui deviennent des adultes précaires. C’est l’abonnement, la chaine sans fin. Il faut casser cette chaine pour que les enfants s’en sortent, briser la spirale. Qu’on arrête le processus, qu’on casse l’engrenage et qu’on puisse enfin être utile à la société ! »

Ces extraits sont tirés d’une étude, menée sous la direction du Délégué au Droits de l’Enfant de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette étude a la particularité d’être basée sur une participation des principaux intéressés à qui la parole est donnée pour une écoute active, ce qui en soit mérite d’être souligné car il est frappant de constater que trop souvent, les dispositifs d’aide mis en place sont construits à partir de ce que ceux qui les inventent, imaginent de ceux qui en bénéficient, aucune écoute préalable n’étant assurée.

Des solutions simples à des problèmes concrets sont proposées dans le rapport. Par exemple, que les contacts avec les services sociaux puissent s’opérer téléphoniquement car se déplacer est couteux. Ou que les aides pour les classes vertes ne doivent pas faire l’objet d’une avance par les familles déjà démunies qui doivent mobiliser de l’argent qu’elles n’ont pas. Ou prévoir des mécanismes qui assurent que les « travailleurs pauvres » trouvent un bénéfice à quitter l’aide sociale : les frais (transports, garde d’enfants,…) coutent plus cher que la différence d’argent perçue !

L’école a, dans ce cadre une responsabilité particulière : dans les questions d’organisation, il faudrait systématiquement prévoir une caisse de solidarité pour les sorties scolaires, par exemple. Dans chaque école (ou groupe d’écoles pour les plus petites d’entre elles), il devrait y avoir un gestionnaire qui ne s’occupe que des questions d’argent. Jamais l’argent ne devrait transiter par l’enfant. Il faut renoncer à l’efficacité de ce moyen de paiement, au nom des droits de l’enfant !

Il est évident que ces principes sont plus faciles à énoncer qu’à mettre en œuvre quotidiennement et pourtant, tout doit tendre vers cela : les 200 lignes à l’enfant ou à la maman marquent un enfant à jamais, l’assignent dans une position humiliante de pauvreté, le forcent à intégrer une position sociale dont il ne pourra peut-être jamais sortir de sa vie. Cette responsabilité-là, les écoles devraient y penser tous les jours !

Et puis, surtout, il faut élargir cette analyse. La pauvreté est souvent vue comme un concept purement économique, comme un manque de biens, de ressources. Or « le plus dur, ce n’est pas de vivre sans rien, c’est d’être considéré comme rien ».

« Les tenants de cette approche économique considèrent que pour que les individus « retrouvent une place dans la société », il ne reste plus qu’à sécuriser la précarité par une couverture médicale généralisée, par des emplois aidés, et garantir un droit au logement. C’est d’ailleurs la priorité absolue d’une large part des états européens, dont la Belgique, qui organisent des systèmes de lutte contre la pauvreté axés sur des aides aux revenus des ménages à travers des prestations universelles ou ciblées, une meilleure intégration des parents sur le marché du travail et un soutien au développement des enfants. Cette manière de penser la pauvreté et l’organisation concrète des systèmes d’aide qui en résulte ne laisse aucune place au vécu, à la conscience des personnes et à la réalité des rapports sociaux. Elle rend, du coup, caduque tout autre savoir qui viendrait contester ou contredire la référence économique érigée en dogme. Et rend inutiles et inexploitables  «d’autres savoirs possibles c’est-à-dire des informations, des représentations, des schémas mentaux, issus de la misère et des stratégies de vie ou plutôt de survie mises en œuvre dans un univers dur et impitoyable. Entendons-nous bien : nous ne contestons en rien l’intérêt de lutter pour que des groupes sociaux en voie de désaffiliation ne « décrochent » pas par rapport à la civilisation du travail et aux protections qui la caractérisent. Nous disons que l’approche ne peut pas se cantonner à cette dimension. » (p.35 du rapport cité ci-dessus)

La première question à se poser est : « comment sortir de la logique totalitaire de la société de consommation ? ». On sait  que la pression est telle que les familles défavorisées s’endettent pour s’acquitter de ce qu’elles estiment être leur devoir vis-à-vis de leurs enfants.

Comment arriver à sortir de l’engrenage consumériste dans laquelle notre société entière s’enfonce comme inexorablement ? Comment faire valoir l’idée que la qualité de l’existence ne se mesure pas à l’aune de l’avoir ? Certains nous montrent bien le chemin, par exemple les adeptes de la décroissance  ou de la « simplicité volontaire ». Mais ils restent ultra-minoritaires et presque tous entrent dans cette démarche volontairement ; ils adhérent à ces modes de pensée suite à un long cheminement non forcé.

Comment briser le miroir aux alouettes dont la publicité nous gave tous les jours ? Comment en protéger les enfants (ceux des classes les moins favorisées y sont le plus exposés, entraînant la spirale infernale de la frustration et du sentiment de pauvreté) ? Comment peut-on faire en sorte que ces  mouvements de retrait volontaire se généralisent et touchent donc aussi ceux qui ont moins de moyens qui se sentiront ainsi (peut-être) moins exclus ?

Le caractère fermé et transgénérationnel de ces questions frappe à la lecture de ce rapport et il nous apparait comme évident que, à côté du droit à avoir un niveau de vie suffisant, il faudrait être plus explicite sur le fait que le droit à l’éducation comprend nécessairement un volet important de formation à un regard critique sur la société.

Il est clair que le rôle de l’école est là aussi déterminant : la transmission, l’apprentissage, ce n’est pas seulement la lecture, l’écriture, le calcul, c’est aussi apprendre à regarder le monde avec recul et lucidité, ce qui est à entrainer dès le plus jeune âge, au niveau des enfants, en fonction de ce qu’ils apportent de leur perception de l’actualité, de ce qui se passe dans la cour de récréation,… L’enseignant a pour devoir de décortiquer les pièges de la publicité, de décrypter les images de la télévision qui défilent tous les jours devant les yeux des enfants. Ce processus ne peut pas relever d’une mécanique de la compétence et/ou des savoirs mais doit s’apparenter à une prise en main active du monde, à une forme de pensée permanente sur la société. Et cette pensée commence à s’élaborer dès que l’enfant parle !

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Les droits de l’enfants (3)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 25, 2013 Under Enfance

bagarre_courLe droit à l’éducation

« Un écolier de 8 ans a été convoqué au début du weekend à la gendarmerie de Courdimanche (Val-d’Oise). Il s’était bagarré pendant la récréation et une mère avait porté plainte.
Les gendarmes s’étaient présentés au domicile familial, pour remettre la convocation à ses parents.
« Un écolier de 8 ans a été convoqué au début du weekend à la gendarmerie de Courdimanche (Val-d’Oise). Il s’était bagarré pendant la récréation et une mère avait porté plainte.

Les gendarmes s’étaient présentés au domicile familial, pour remettre la convocation à ses parents.

Une démarche qui a laissé ces derniers pantois. La surprise passée, ils l’ont trouvée « ridicule ». Même s’ils n’étaient pas question pour eux de nier la réalité des faits.

« Le petit, expliquent-ils, a été entendu 20 minutes par les gendarmes. Il reconnait qu’il s’est battu. » Il avoue même qu’ils étaient deux contre un, parce que la victime des coups « cherche toujours à nous manipuler et à nous commander », a dit l’écolier.

Son père ne décolère pas, jugeant la procédure démesurée : « C’est une histoire qui n’aurait pas dû sortir de l’école, se régler entre adultes, au lieu de dramatiser. »

« S’il y avait un problème l’institutrice nous en aurait parlé et le directeur nous aurait convoqués. »

La mère du garçon ayant déposé plainte, « la convocation est logique », expliquent les gendarmes.

L’incident rappelle celui de Floirac en Gironde. Le 19 mai, deux gamins de 10 et 6 ans, suspectés du vol d’un vélo (ce qui devait s’avérer faux), ont été interpelés à la sortie d’une école et conduits au poste de police. Comme les gendarmes à Courdimanche, les policiers appelés à Floirac avaient agi sur plainte. Action démesurée au regard de l’âge des suspects ? La ministre de l’Intérieur a fini par en convenir.

Les enfants de Courdimanche, eux, se seraient déjà réconciliés, alors que leurs parents ne s’étaient pas encore rencontrés ce weekend. »

Extrait de La dépêche.fr, 1/6/2009

Plus récemment, en 2012, c’est l’Education nationale elle-même qui a porté plainte suite à une bagarre dans une cour de récréation.

Le droit à l’éducation est l’un des plus méconnus dans nos sociétés contemporaines : tout le monde est persuadé qu’en prévoyant des écoles et aussi quelques institutions pour prendre le relais des parents déficients, on a réglé le problème du droit à l’éducation. Il apparait aujourd’hui de plus en plus clairement qu’il faut se déprendre de l’idée répandue que l’enfant croit comme une belle plante, du moment qu’elle est plantée dans un terreau riche et régulièrement arrosé.

Dans l’exemple ci-dessus, si les enfants en viennent à des comportements inacceptables (bagarres, intimidation,…), c’est aux éducateurs autour d’eux à prendre la situation en charge. Qui mieux qu’un instituteur ou un surveillant de récréation peut laisser les enfant expliquer ce qui s’est passé, rappeler chacun à une attitude correcte et respectueuse, voire, si nécessaire, imposer une sanction (si possible, mais pas obligatoirement) de l’ordre de la réparation qui permette à chacun d’intégrer la Loi et de tourner la page ?

Combien de fois n’entend-on pas répéter : « C’est bien joli de parler des droits des enfants, mais quand leur parle-t-on de leurs devoirs ? ». Cette notion même de « devoirs de l’enfant » n’a aucune validité en tant que telle car elle suppose que, non seulement l’enfant connait ces devoirs (ce qui est tout à fait possible) mais aussi qu’il peut toujours se contenir pour s’y astreindre. Or là précisément se trouve le long travail de l’éducation. Si on pouvait s’en passer en faisant apprendre aux enfants quels sont leurs devoirs, cela se saurait !

Croire qu’un enfant peut connaitre et respecter ses « devoirs » hors de tout regard, supervision, action d’un adulte relève du malentendu fondamental. On est bien ici dans le domaine du droit à l’éducation !

L’article 29 est explicite: “Les États parties conviennent que l’éducation de l’enfant doit viser à :
a) Favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et des ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités ;
b) Inculquer à l’enfant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies ;
c) Inculquer à l’enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ;
d) Préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité entre les sexes et d’amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d’origine autochtone ;
e) Inculquer à l’enfant le respect du milieu naturel.”

Tout y est! Par exemple le mot “inculquer”  qui signifie “faire entrer durablement quelque chose dans l’esprit de quelqu’un”, s’y trouve 3 fois. Il est cependant intéressant de noter que la version anglophone utilise “development”, qui se distingue quand même un peu du terme inculcation, n’ayant pas la connotation un peu négative de ce mot.

Tout est donc là pour rendre l’idée que la relation d’éducation est bien une relation de sujet à sujet, mais une relation asymétrique, en ce sens que l’adulte est une sujet (censé être) arrivé à la maturité et “portant la responsabilité du monde” (H.Arendt), tandis que l’enfant est un sujet se construisant et s’insérant petit à petit dans la communauté humaine, avec l’aide des adultes.

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Les droits de l’enfant (2)

Posted by Françoise Guillaume on Vendredi mai 17, 2013 Under Enfance

2013-16201903-silhouette-belle-mere-avec-un-bebe-en-echarpeDu droit à vivre avec ses parents

« Le 17 octobre 2002, Tabitha, une petite fille congolaise de 5 ans, est renvoyée à Kinshasa après avoir passé deux mois dans le centre 127 à l’aéroport de Zaventem. Tabitha est alors, dans le jargon du droit des étrangers une MENA, c’est-à-dire une mineure étrangère non accompagnée.

Elle était arrivée du Congo avec son oncle, de nationalité néerlandaise, qui avait l’intention de lui faire rejoindre sa maman, réfugiée au Canada. Ne disposant pas des documents de voyage, seule la petite Tabitha est retenue lors du transit à Bruxelles.

Son avocat essayera par tous les moyens d’obtenir sa libération et son placement en famille d’accueil. En vain. Les autorités belges décident de la refouler vers son pays. A Kinshasa, personne ne l’attend. Une fonctionnaire congolaise la prend en charge, jusqu’à ce que, suite à la pression médiatique, les deux premiers ministres belges et canadiens facilitent la réunion de Tabitha avec sa maman au Canada. »

Des enfants dans les centres fermés : plus qu’un mauvais souvenir ? » Centre AVEC, Bruxelles, décembre 2009)

L’article 9 de la Convention prévoit que « l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités ne décident, (…) que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant !

Mais nos pays de Cocagne considèrent sans doute que le souci de préserver l’espace sans cesse mieux fortifié dans lequel nous nous retranchons est un intérêt encore supérieur à celui de l’enfant.

Inutile d’épiloguer longuement, les faits parlent d’eux-mêmes. Comme quoi, les droits les plus élémentaires ne sont toujours pas garantis dans nos pays. Pardon, une zone de transit ne fait pas partie du territoire national …

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Les droits de l’enfant (1)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 11, 2013 Under Enfance

2013-jumeauxDe la notion d’« intérêt supérieur de l’enfant »

Saskia et Régis sont deux jumeaux, douze ans. Ils arrivent dans mon bureau, un vendredi, au moment où l’école se vide et devient calme. Ils sont très agités :

« Madame, des copains nous ont dit que la police nous attendait devant la porte, on ne sait pas ce qu’il faut faire… »

« La police ? Pourquoi ? »

« Mais, oui, on ne veut plus aller chez notre père et il a le droit de visite un weekend sur deux. Alors, il envoie les policiers pour nous obliger à aller chez lui ! Il l’a déjà fait chez maman.»

Me voilà bien ennuyée, moi qui prends systématiquement soin de ne jamais entrer dans les rivalités familiales et qui essaie toujours de convaincre les parents de laisser les conflits hors de l’école pour préserver, autant que faire se peut, l’apprentissage pour les enfants. Ce père-là m’a pris au pied de la lettre, mais au mètre près !

Je la connais, cette famille : 5 enfants, des parents qui se déchirent au point de se battre devant les enfants, les objets volent, les insultes pleuvent et les gosses trinquent. Chaque conversation avec les parents (séparément) n’est qu’une longue plainte sur l’attitude de l’autre. Bien sur, le bien des enfants importe le plus mais c’est à l’autre qui fait ceci que je dois dire cela. Ils sont d’une totale sincérité, englués dans leur haine mutuelle.

Ce vendredi-là, je m’en suis tirée sans trop de mal : j’ai envoyé les enfants à la bibliothèque avec pour mission de commencer leur travail scolaire, avec l’aide de l’éducatrice qui en profiterait pour les ramener au calme et voir ce qu’ils voulaient vraiment.

J’ai attendu un quart d’heure et suis sortie de l’école ; plus personne à l’horizon !

Contactant le père par téléphone, je lui ai expliqué que cette procédure me semblait une bien mauvaise idée. S’il voulait que les enfants soient déconcentrés chaque fin de semaine, qu’il continue ! Il s’est rendu à mes arguments (peut-être seulement pour cette fois-ci). Je lui ai proposé de faire téléphoner les enfants, devant moi, pour lui dire où ils désiraient rentrer  ;il leur répondrait ce qu’il croyait devoir répondre.

Les enfants l’ont fait, un peu contraints mais se rendant à l’argument que le père avait droit au moins à une explication. Ils ont exposé des faits très simples : club de sport et école des devoirs très matinaux le lendemain. Le père a accepté leurs arguments, sans doute parce qu’il savait que j’écoutais…

Ce n’était qu’un épisode dans la vie de ces enfants, l’école n’a qu’une action limitée et symbolique !

L’article 3 de la Convention prévoit  que : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. » Les procédures de divorces sont les cas les plus représentatifs de la difficulté à savoir que mettre derrière ce concept.

Le vocable « intérêt supérieur de l’enfant », concept-pilier de la Convention, y apparat huit fois, tel quel, ce qui témoigne de la position-clé qu’il occupe dans l’ensemble.

Le problème (mais il faut s’en accommoder), c’est que cette notion est tout à fait imprécise. Robert Badinter dit que c’est un « concept mou mais pas inutile» comme ceux de « bon père de famille » ou de « bonnes mœurs ». Il est évident qu’un nombre non négligeable de parents l’utilisent dans l’acception qui leur convient le mieux, dans des conflits souvent destructeurs, de séparation de couples.

Les parents, aveuglés par leur haine mutuelle, croient sincèrement qu’ils agissent dans l’intérêt de l’enfant. Ils tiennent souvent des raisonnements qui ont l’air très sensés pour défendre leur point de vue mais ils n’arrivent en aucun cas à se décentrer de leur position, à adopter un angle de vue différent qui leur permettrait de trouver des solutions apaisantes pour eux et donc pour les enfants. Et les avocats ne sont pas toujours source de calme. Souvent, c’est eux qui suggèrent et insistent auprès du parent : « Mais si, demandez donc à l’école de vous faire une attestation pour dire que le père n’est jamais venu aux réunions de parents ! ». Même si c’est difficile, il faut dire non ; prendre parti serait amener le conflit dans le cadre de l’école, ce qui est nécessairement néfaste à l’enfant. Là au moins, l’intérêt supérieur de l’enfant est très clair ! Et puis, ce n’est pas parce qu’un père suit moins bien la scolarité de ses enfants qu’il est mauvais père. Qui ira rédiger une attestation disant qu’il emmène ses fils faire de longues promenades à vélo dans la forêt le dimanche ?

Evidemment, les juristes sont bien embarrassés par cette notion floue d’ « intérêt supérieur de l’enfant ». Il en est pour réclamer une définition (« même réductrice ! ») de ce concept. Comme si c’était possible et comme si les mots pouvaient englober entièrement toutes les situations où il faudra bien examiner l’intérêt supérieur de CET enfant-là en particulier !

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Le GSM à l’école…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 4, 2013 Under Pédagogie active

GSM_ecoleL’anecdote remonte à il y a quelques années, quand j’étais directrice (proviseure-principale) de l’Ecole Decroly:

« Françoise, Delphine assurait la permanence de fin d’après-midi après ton départ, elle a donné ton numéro de téléphone privé à un parent furieux »
« Quoi ? »

Le lendemain:

« Delphine ? Pourquoi as-tu fait cela ? En fait, le père de Thomas a téléphoné au prof le soir pour protester contre le fait qu’il avait confisqué le GSM de son fils. Tu sais pourtant bien que ce genre de problème se règle à l’intérieur de l’école et qu’on ne donne pas les numéros de téléphone personnels des enseignants, encore moins de la direction ! »
« Oui, je sais, je ne sais pas ce qui m’a pris ; il était agressif. J’ai compris son inquiétude, c’est vrai qu’on est rassuré quand un enfant a son portable dans les transports en commun. »
« Mais tu avais fait tout pour assurer sa sécurité : le gamin a pu téléphoner de l’école à son père pour se mettre d’accord et le retrouver. Tout avait été réglé dans les meilleurs délais »
« Oui, c’est vrai, mais je me suis demandée aussi si le prof avait repris le téléphone chez lui et si oui, est-ce que c’était normal… »
« Mais dans ces cas, tu dois penser institutionnellement et pas personnellement. »
« Oui, c’est vrai, je suis désolée ! »

« Thomas, Monsieur S. t’a pris ton téléphone hier. Comprends-tu pourquoi ? »
« Oui, car il a sonné pendant le cours, mais c’était un oubli, je ne voulais pas perturber. Et puis, c’est un objet personnel, je trouve que le professeur n’a pas le droit de le prendre. »
« Si, c’est indiqué dans le règlement d’ordre intérieur. Il a donc le droit d’appliquer la règle. Et puis, comment s’est déroulée la suite du cours ? »
« J’ai été exclu de la classe »
« Pourquoi ? »
« Parce que je répétais en écho ce que disait un autre élève. »
« Etait-ce l’attitude à adopter après t’être laissé surprendre à laisser ton téléphone allumé ? »
« Non »
« Monsieur S. a donc agi comme peut agir un professeur quand un élève dérange de manière répétée le cours et empêche les autres de bien travailler. Ton téléphone est ici, dans mon bureau, en sécurité. Tu pourras le récupérer demain. »

Fin de n-ième épisode, de nombreux suivront…

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Obama à ses filles: “si vous vous faites tatouer, moi aussi”

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 27, 2013 Under Adolescence
Obama à ses filles: si vous vous faites tatouer, moi aussi
(Belga) Le président des Etats-Unis Barack Obama a affirmé qu’il avait mis en garde ses filles quant à l’idée de se faire tatouer, leur promettant que dans ce cas il ferait de même, dans un entretien diffusé mercredi.
“Michelle (sa femme, NDLR) et moi avons eu recours à cette stratégie en matière de tatouages” avec leurs filles, Sasha, 11 ans, et Malia, 14 ans, a révélé M. Obama au micro de la télévision NBC. “Ce que nous avons dit aux filles, c’est que +si vous décidez de vous faire tatouer, alors papa et maman demanderont le même tatouage, au même endroit, et on ira sur YouTube pour montrer à tout le monde que c’était un tatouage familial+”, a ajouté M. Obama. “L’idée est que cela pourrait les dissuader de penser que c’est une bonne façon de se rebeller”, a conclu le président américain. (Belga)
L’idée ne me serait sans doutepas venue mais ne me semble pas mauvaise. Bien sûr, il y a moyen de dire “non, point-barre”. L’alternative choisie par le parents Obama semble en tout cas amener la réflexion des jeunes sur les notions de signes et de groupes d’appartenance ce qui, à l’adolescence, n’est jamais superflu!
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