L’amour à mort

26 06 2010

Parce qu’on n’en a jamais fini à essayer de comprendre ce que sont les adolescents d’aujourd’hui, ou plutôt la position dans laquelle les a assignés notre société occidentale, un petit morceau de leur culture pour nous éclairer. Prenez le temps de l’écouter et de le regarder d’un bout à l’autre!

Tout y est:

- Comment distinguer le réel de ce qu’on pense être le réel, le  “joué” (scènes du filmage insérées dans le clip). Les ados ne se posent certainement pas ces questions, mais, sur le terrain, on est chaque jour plus surpris de voir à quel point ce qu’ils disent du réel prend totalement la place du réel. Il n’est pas rare que, quand on se fait raconter une même réalité par deux jeunes différents, on se demande s’ils étaient dans le même espace-temps. Mais la parole a pris tant d’importance dans nos sociétés…

- Se projeter dans l’avenir en y voyant le meilleur (les enfants, la famille qui regarde la télé ensemble, l’image finale) mais surtout le pire (les disputes, le divorce, la mort): “j’aurai l’air d’un con quand je sauterai dans le vide”. Rappelez-vous l’hypothèse émise ici sur le rapport des adolescents au tabou de la mort dans nos sociétés.

Stromae est un chanteur belge de 25 ans suffisamment métissé, suffisamment policé, pour offrir  un point d’identification idéal aux jeunes adolescents d’aujourd’hui, un écho à leurs préoccupations peut-être les moins dites, sans doute les moins pensées.

Car la société offre tellement peu de repères de contenances, tellement d’injonction à vivre sa vie “à fond” (”l’amour à mort”)  que les adolescents en sont réduits à s’appuyer sur des idéaux proches de leur âge qui, pour des raisons artistiques bien légitimes, poussent à fond l’image et le son.

Ou, en plus, dans le meilleur des cas, ils peuvent se reposer sur des adultes qui sont  à la fois suffisamment limitants mais aussi consistants, vrais (au sens de “dans le réel”, à leur place) pour offrir un cadre le plus adéquat possible à ces adolescents.

A tous ces parents et/ou éducateurs qui doivent jour après jour tenir ce rôle difficile, j’envoie pour les deux mois à venir, par la magie du Net, une dose de courage, de détermination et d’humour.

Bon été, rendez-vous le 28 août!



“Tu aimes les fraises, toi?”

19 06 2010

Plus j’avance, plus je pense que la question de la place que l’on “tient” devant un adolescent est capitale. Par exemple, la pub suivante

nous montre une grand-mère qui ne tient pas sa place: passe encore sur le fait qu’elle conduise sa petite voiture comme un bolide, pas de commentaire à faire sur le fait qu’elle ne s’offusque pas de voir que sa petite fille utilise des préservatifs, mais de là à l’empocher! Elle se place ainsi d’égale à égale avec cette adolescente. En soi, ce n’est pas répréhensible mais ainsi, elle n’assume pas la différence de génération! Si elle le faisait, elle rendrait le préservatif en émettant un petit commentaire bienveillant. Ce serait moins drôle et donc moins porteur pour l’annonceur mais serait plus utile dans un monde où il est aujourd’hui si difficile à chacun de définir cette place.

Dernière chronique de l’année scolaire la semaine prochaine!



Des gothiques commencent un beau roman!

12 06 2010

J’ai déjà rencontré un grand nombre d’adolescents gothiques (dans le cadre de l’école où il n’y a pas d’interdit vestimentaire). L’angoisse existentielle qui les habitait (”un univers dans lequel on est maître”) et  le soin extrême apporté à leur aspect en sont les deux déclinaisons qui m’ont frappée.

Ce n’est visiblement pas qu’une mode d’ados…Pour preuve le mariage gothique ci-représentés:

En connaissez-vous plus sur leur diversité sociale, sur leurs prises de position par rapport au monde? Faites-nous en profiter!



“L’étrange pacte des ados enceintes”

5 06 2010

ado enceinte“Des couloirs désertés. Des salles de classe vides. Le lycée de Gloucester, dans le Massachusetts, a fermé pour l’été. Les 1 200 élèves sont partis en vacances. Mais ce calme est trompeur. L’établissement est au coeur d’une tourmente médiatique qui secoue cette petite ville de 35 000 habitants, au nord de Boston. Depuis que le magazine « Time » a révélé que dix-sept adolescentes de moins de 17 ans scolarisées à Gloucester sont tombées enceintes cette année, c’est le branle-bas de combat au département de l’Education. L’information, publiée le jour même où Jamie Lynn Spears (la petite soeur de Britney) accouchait à 17 ans, a ébranlé l’Amérique. Car ce n’est pas une affaire de grossesse précoce comme les autres : selon le principal du lycée, les gamines auraient passé un « pacte » pour faire leurs bébés en même temps et les élever ensemble. Un étrange serment qui donne à ce port de pêche déjà sinistré l’image d’une ville où les jeunes sont livrés à eux-mêmes. « Il n’y a aucune preuve de cet accord », a asséné le  maire la semaine dernière devant les médias. Officiellement, il s’agit d’une coïncidence. Une des futures mères a d’ailleurs témoigné à la télé : si les filles ont bien rêvé que leurs enfants deviennent les meilleurs amis du monde, c’était « après être tombées enceintes, pas avant ». Mais les autres ados gardent le silence. En partie pour protéger les pères (dont un SDF de 24 ans), qui pourraient être poursuivis en justice pour « détournement de mineure ».

Une chose est certaine : une dizaine d’ados ont bien « planifié » leur grossesse. Les infirmières scolaires ont remarqué, dès l’automne, qu’elles venaient régulièrement réclamer des tests de grossesse – certaines avaient à peine 13 ans. Déçues quand ils étaient négatifs, mais sautant de joie quand ils s’avéraient positifs. Au bout de cent cinquante tests, le directeur du centre médical et l’infirmière ont même démissionné faute d’avoir le droit de prescrire la pilule sans le consentement des parents. Dix-sept cas plus tard, tout le monde s’interroge : pourquoi ce désir d’être enceinte ? Faut-il pointer du doigt « Juno », le film révélation de l’année, dans lequel une ado garde un enfant non désiré ? Blâmer Hollywood, où promener son gros ventre est devenu le must du glamour ? La faute à Angelina Jolie, Nicole Richie, Halle Berry ? « On parle des grossesses des célébrités comme de leurs accessoires : ces chaussures, ce ventre, ce sac… Ce n’est pas étonnant que les filles soient tentées », a dénoncé Sarah Bro wn, directrice de la Campagne nationale pour prévenir les grossesses involontaires. D’autres dépeignent des raisons plus profondes : dans cette ville où les jeunes n’ont pas d’avenir, être mère, c’est déjà quelque chose. Ou encore le besoin immense d’affection dû à la démission parentale. « Elles étaient si heureuses à l’idée d’avoir quelqu’un qui les aimerait sans conditions », a confié une jeune mère qui, elle aussi, a eu son bébé au lycée. L’établissement abrite d’ailleurs une crèche pour aider les filles mères à terminer leur scolarité et, pendant l’année, les poussettes se mêlent aux élèves dans les couloirs. Cette garderie aurait-elle fait croire que tout serait facile ? Les autorités de Gloucester, ville très catholique, ne pourront en tout cas continuer longtemps à refuser l’accès de ces jeunes à la contraception. Qu’il y ait eu ou non un pacte.” (Isabelle Duriez, Elle, ici )

Hypothèse personnelle: la fontion contenante et soutenante de la société s’est délitée à un tel point que les ados cherchent de l’étayage partout où ils peuvent. Par exemple, dans l’”amour sans conditions” du bébé, dans la relation fusionnelle dans un groupe de pairs (ce qui est bien illustré par le pacte).

P.S.1. En Belgique, le nombre de grossesses d’adolescentes reste stable, à proportions égales. Fait intéressant: le fait pour une jeune fille d’être enceinte lui ouvre d’office les mêmes droits aux allocations sociales que les personnes majeures.

P.S.2. En 2008, une série américaine dont l’affiche est représentée ci-dessus et dont vous pouvez faire connaissance ici, mettait en scène une adolescente de 15 ans qui “tombe” enceinte. Prochainement sur TF1!!!



“Ma mère fume-t-elle?” Alors, soignons le mal par le mal!

29 05 2010

Une étude récente montre que, quand la femme enceinte fume, le bébé nait accro à la nicotine, ce qui est, dixit la chercheuse “un très gros problème” (ici). Qu’à cela ne tienne, soignons le mal par le mal:

Trêve de plaisanterie, ces deux faits signent des aspects très différents: d’abord ils font porter un poids sur la mère qui est chaque jour plus grand. Ainsi, certaines filles vont passer en quelques années, quelques mois, quelques jours parfois du statut d’adolescente où toutes les expériences sont permises, si pas encouragées, à celui de future mère où plus rien de cet ordre (l’étude porte sur des femmes fumant plus de 10 cigarettes par jour) n’est anodin: tabac, alcool, autres substances,… leur corps devient (de plus en plus?) un sanctuaire pour le bébé à venir.

Puis, il y a ce bébé gros fumeur (plus de 40 cigarettes) à 2 ans, en Asie. Ces images choquantes en Occident où les méfaits du tabac sont connus de tous, sont à remettre dans le contexte: la pollution, les dangers vitaux de toutes nature sont tels dans certaines régions de ces pays que la cigarette apparait comme bien inoffensive :  l’Indonésie occupe la 133ème place dans le classement mondial de l’espérance de vie à la naissance, la Belgique le 33ème et la France le 8ème (voir ici).

Cet épisode montre surtout que ce n’est pas seulement en Occident que le statut de l’enfant a changé et qu’il est considéré comme un petit adulte. Mais peut-être ici les raisons économiques n’ont-elles jamais permis qu’on le regarde comme un enfant!



“Mon père bande-t-il?”

22 05 2010

troubles érection Entendu de nombreuses fois à la radio (le plus souvent en voiture) un message de type publicitaire: “J’ai acheté de la nouvelle lingerie, il ne l’a même pas remarqué”. Un homme sur 3 de plus de 40 ans a des troubles de l’érection. Parlez-en, parlons-en!”

A chaque écoute, la même pensée: si j’étais un homme de 45 ans en voiture avec son fils de 15-16 ans, qu’est-ce que je ressentirais? Et si j’étais le garçon, comment pourrais-je m’empêcher de me demander: “Mon père est-il dans ce tiers d’homme?”

Parlons-en? Bien sûr que le message induit plutôt la discussion entre couple mais que peut-on faire avec ce type d’irruption irrépressible dans la relation père-fils? C’est la question de la semaine…

Le sommet, c’est qu’en explorant un peu pour trouver la version audio du spot  (sans succès!), il est apparu que cette campagne n’est absolument pas une campagne d’information de santé publique mais bien une campagne de publicité pour des médicaments qui “résolvent” ce genre de problème voir ici, l’avis d’une organisation de consommateurs, ici, le site de la campagne et , l’avis du Jury d’éthique publicitaire, qui approuve). Du pur commercial en fait…

Qui, de plus, laisse entendre qu’en parlant, on peut (à juste titre)  résoudre ces questions mais qui, de fait, vous conduira chez le médecin qui vous prescrira une de ces innombrables pilules du bonheur que notre société s’est fabriquées!



Autres temps, autres enfants, autres vêtements,…

15 05 2010

Et autres fantasmes de parents!



Observer, écouter, comprendre,accompagner

8 05 2010

ados vicdélVoilà un livre qui donne envie d’espérer. Espérer que l’on commence à dépasser les clivages stériles, voire destructeurs, dans lesquels voudraient nous cantonner les experts de tous bords. Comme ceux qui obligent à cataloguer les jeunes dans des catégories comme “victime” ou “délinquant”. L’auteur nous donne plusieurs exemples où la double vision s’impose.

Et avec elle, une approche un peu moins dichotomique des jeunes “à problème”. L’ouvrage décline plusieurs lieux de vie où évoluent ces jeunes. Il pose plus de questions qu’il n’y répond mais c’est très bien ainsi.

Il propose surtout une approche plus globale de l’aide à ces jeunes. “Se positionner dans la relation clinique, c’est d’abord prendre conscience de sa position dans le monde. La façon de se positionner dans le monde influence directement les postures cliniques qui, elles conditionnent l’efficacité de la relation clinique.” (p.122)

Dépassant la querelle des psys qui misent tout sur la parole (alors que certains jeunes souffrent justement de ne plus croire en aucune forme de parole) et des neuro… qui fournissent une explication biologique (et donc un remède de même type) à tout problème, Daniel Derivois propose un nouveau concept, plus ébauché que complètement cerné dans l’ouvrage: “Nous tendons vers une clinique de la mondialité qui suppose un décentrage nécessaire. Les cliniciens (…) n’ont pas le choix. Ils doivent composer avec la complexité clinique et la mondialité dans leurs pratiques et leurs démarches d’élaboration, de compréhension, d’interprétation et de restitution du travail effectué avec leurs “patients”.

Les cliniciens de demain seront ceux qui, tout en se situant et se pensant dans le même monde que leurs “patients”, saurons écouter en eux le mondial dans l’intrapsychique et co-sentir l’intime dans le global. Ce seront ceux qui sauront entendre et écouter les battements du monde dans chaque mot, chaque geste, chaque souffle survenu dans la relation clinique. Ce seront ceux qui sauront d’abord se penser, pour ensuite penser les patients et les aider à se penser avant tout dans l’environnement monde.” (p.139)

Quel programme! On sent bien qu’il est ambitieux et encore trop imprécis et cependant, il rejoint la conviction qui monte chaque jour en moi, que c’est dans la qualité de la relation humaine, dans l’engagement (professionnel) que l’adulte y investit, que l’on tisse avec un adolescent des liens tels qu’il peut, parfois par-devers ou supplémentairement à des thérapies spécifiques, prendre pied dans le si complexe monde actuel!



Accueillir, suspendre le diagnostic, travailler en équipe et suivre,…

1 05 2010

A l’opposé de ce que je décrivais la semaine dernière, une institution dans un hôpital universitaire bruxellois (ici), institution accueillant des adolescents en grosse détresse psychique, s’est donnée 4 lignes de conduite (d’après un exposé entendu en décembre):

- à l’arrivée de l’adolescent, suspendre le diagnostic. Car le diagnostic enferme l’adolescent, il induit des solutions qui brident de fait toute créativité, il installe l’adolescent dans un posture de malade alors qu’il est peut-être simplement en crise passagère. Mais, en Belgique, la prise en charge par la Sécurité sociale, implique un diagnostic de type DSM IV (voir semaine dernière). D’où impasse!adolescente en difficulté

- prescrire les médicaments a minima

- dans l’équipe, répartir les fonctions éducatives sur tous les permanents

- s’abstenir d’établir des contrats sur les comportements, les symptômes.

Le travail en équipe et le suivi des adolescents sont les lignes d’actions bien décrites sur le site (lien ci-dessus).

En comparaison avec le processus de dépistage, diagnostic, remédiation décrit la semaine dernière, vous voyez qu’on est presque à l’exact opposé.

Oui mais, me direz-vous, on est aussi à un autre stade: adolescence vs enfance, difficultés avérées vs dépistage de masse préventif. Certes! Et cependant, ces distinguos ne sont pas, pour moi, significatifs: c’est à chaque étape que la philosophie de l’approche de l’enfant pressenti ou en difficulté, doit suivre les mêmes principes: l’humain avant tout, la confiance dans le fait qu’il peut sortir de ses difficultés, en partenariat avec les adultes.

La semaine prochaine, dernier épisode, dans un livre qui présente ce type d’approche sur le terrain…



Dépister, diagnostiquer, traiter…

24 04 2010

dominic interactif Dépister pour prévenir, tel est le mot d’ordre aujourd’hui. Dans une société qui produit des plus en plus de normes (pas les mêmes normes qu’auparavant, mais des normes: l’âge où il faut marcher, parler, lire; l’allaitement maternel; les comportements attendus dans les relations avec les autres: trois exemples parmi mille autres), il y a, mécaniquement, de plus en plus d’écarts à ces normes, souvent qualifiés de troubles. Qui dit troubles, dit remédiation ou médication qui seraient des solutions simples et des  traitements  rapides, “qui donnent des résultats”.

Voici l’outil qui correspond à ce processus “efficace”: le Dominic interactif.

Une petite explication:

“Le Dominique interactif est un questionnaire informatisé auto-administré, basé sur la symptomatologie de l’axe I du DSM-IV, qui permet une appréciation des tendances aux sept problèmes de santé mentale les plus fréquents chez les enfants. Parmi les troubles intériorisés, il s’agit 1) de la phobie simple, 2) de l’angoisse de séparation, 3) de l’hyperanxiété et anxiété généralisée, 4) de la dépression simple et dysthymie. Parmi les troubles extériorisés, il s’agit 5) de l’hyperactivité avec déficit de l’attention, 6) du trouble d’opposition et 7) des troubles de conduites. L’instrument a été spécialement conçu pour les élèves du primaire et donne, en 10 à 15 minutes, une lecture des tendances de l’enfant aux sept problèmes de santé mentale. Il contient également une échelle de forces et de compétences qui identifie des comportements positifs. L’instrument a initialement été développé pour une utilisation en entrevue individuelle auprès d’échantillons cliniques.” (source: ici)

Pour savoir ce qu’est (a minima) l’axe I du DSM IV, lire ici (y compris controverse, à la fin)

Oui, vous avez-bien compris: pour apprécier les tendances aux troubles mentaux, on met l’enfant devant un ordinateur et on lui demande de répondre à quelques questions où il s’identifie à un personnage, Dominic. La version, commerciale évidemment, existe dans plusieurs langues et est adaptée à plusieurs cultures.

Mais où donc est l’humain dans tout cela? Comment peut-on croire que ce n’est pas par l’observation de l’enfant dans de nombreuses activités que l’on peut cerner une éventuelle difficulté avant de (ou à la place de) dépister un trouble? Comment des humains peuvent-ils croire que ce n’est pas dans l’humain, et quasi exclusivement dans l’humain, qu’ils peuvent aider des “petits humains” à être eux-mêmes, tout en intégrant peu à peu la communauté globale?