Des vacances offertes à la surveillante pour oublier les insultes…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi juin 23, 2012 Under Chroniques

bus

Une info reprise dans les grandes lignes ici, mais je n’ai voulu ni en reprendre les photos originalas, ni les vidéos: les mots suffisent!

La vidéo d’une surveillante de bus, humiliée par des enfants lors d’un trajet, a ému les internautes.”Gros cul”, “tu es si grosse”, “tu es un troll”, “mais pourquoi tu ne fermes pas ta grande gueule ?” Tout a très mal commencé pour Karen Klein, surveillante d’un bus scolaire de l’État de New York. Lundi, elle a été violemment prise à partie par des écoliers de Greece qui dix minutes durant, multiplient insultes et humiliations.

“Gros tas”, “éléphant”, “gros cul”, tout y passe. Les élèves se moquent de son apparence, de son appareil auditif, de sa coiffure. Un des écoliers assure même vouloir “pisser sur sa porte” après lui avoir demandé son adresse.

Les jeunes s’en prennent même ensuite à la famille de la surveillante. “Tu n’as pas de famille parce qu’ils se sont tous tués, parce qu’ils ne voulaient pas être près de toi”, lui lance un élève. Sauf que le fils aîné de Karen Klein s’est suicidé il y a dix ans.

Finalement, les élèves réussissent à faire pleurer la vieille dame. Mais la tristesse de cette dernière n’attendrit pas les élèves qui continuent de plus belle. “J’ai simplement essayé de les ignorer. Habituellement je m’assois à l’arrière, et j’aurais dû en faire de même ce jour-là, mais je me suis assise un siège devant, de sorte qu’il y avait un garçon derrière moi et un autre devant. Et ils ont continué, pensant que c’était drôle”, confie-t-elle sur ABC News.

Interviewée toute la semaine par plusieurs chaînes de télévision américaines et canadiennes l’histoire de la surveillante émeut les internautes et les téléspectateurs. Plusieurs messages de soutiens sont publiés sur YouTube, où la vidéo de son agression, filmée en intégralité par le téléphone portable d’un élève a été mise en ligne le 18 juin. Depuis, elle a été visionnée pas loin de 4 millions de fois.

Indigné par le comportement des élèves, un internaute habitant de Toronto décide de lancer un appel aux dons sur le site indiegogo.com. Objectif : offrir des vacances à la surveillantes. Son initiative recueille un franc succès. L’objectif initial de 5.000 dollars a été instantanément pulvérisé. La collecte avait déjà récolté jeudi en fin d’après-midi plus de 340.000 dollars de 15.000 personnes.

Karen Klein s’est dite “impressionnée” par le mouvement de solidarité en cours, et les lettres et emails de soutien qu’elle avait reçus : “c’est vraiment super”.

Les autorités scolaires de Greece ont quant à elles affirmé que les quatre élèves en cause feraient face à une sanction disciplinaire. Revers de la médaille, les jeunes faisaient face jeudi à des menaces de toutes sortes dont des menaces de mort, a indiqué à l’AFP la police de Greece, leurs identités et numéros de téléphone ayant été publiés sur internet.”Un seul téléphone contenait 700 messages de menaces”, a indiqué le capitaine Steve Chatterton ajoutant que la police “faisait ce qu’il fallait pour qu’il ne leur arrive rien”. “Les gens doivent arrêter, cela n’a aucun sens, c’est un épisode de mauvais comportement dans un bus”.

Un concentré de notre époque contemporaine:  une surveillante certainement non formée qui ne parvient pas à cadrer des jeunes (ce qui n’est évidemment pas idéal dans la construction de soi, et ceci n’est en aucun cas une excuse!), des moyens de communication qui amplifient à outrance des faits malheureusement pas si rares, au moins dans l’esprit (faits filmés, mis sur Internet, messages en cascade,…), une charité publique qui vient matériellement compenser une blessure morale qui est générée par une société non contenante, etc, etc…

Bref, il y a encore matière à réflexion pour l’avenir: rendez vous à la rentrée.

Bel été!

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“A perdre la raison”: un film qui aide à penser? (suite)

Posted by Françoise Guillaume on Lundi juin 18, 2012 Under Chroniques

Le billet de la semaine dernière a été publié sur le fil d’actualité de YAPAKA et a amené une réponse de Vincent Magos, directeur de la cellule et psychanalyste. Voici:

“Chère Françoise,

Je n’ai pas encore vu le film et je n’ai pas besoin de le voir pour discuter avec toi de la question gigantesque que tu ouvres:

“Mais en ce qui concerne l’intention de provoquer de la pensée, elle me semble loupée (en témoigne le fait que la critique parle d’un film éprouvant et bouleversant). C’est dommage car les parents d’aujourd’hui ont déjà suffisamment de raisons d’être angoissés, ce qui n’est jamais favorable à une posture éducative sereine. Et laisser entendre, comme le fait le film (à mon avis), que n’importe qui d’entre nous pourrait arriver à de telles extrémités car plongé dans un environnement toxique, éludant la question de la structure psychique fondamentale de l’individu, me semble susceptible de renforcer cette angoisse, déjà suffisamment alimentée par tous les messages émis par le monde dans lequel nous vivons.”

Il se fait que je co-anime un séminaire de psychanalystes autour de films. Et cette semaine, justement je présentais un film qui rejoint cette question. Le film (De bon matin également tiré d’une histoire réelle) montre un cadre de banque qui, un jour, vient au travail avec un révolver et tue son supérieur ainsi qu’un autre cadre. Il va ensuite s’asseoir à son bureau et se remémore les événements qui l’ont amené à de telles extrémités.
Ici aussi, le film fait quelques raccourcis, est parfois un peu simpliste et fait monter en nous l’émotion. C’est en général ce que l’on attend d’un film. Je crois que comme un pavé lancé dans une mare, ce type de film au-delà son impact initial, résonne longtemps en nous. Et, avec le temps, l’émotion peut lentement donner à penser.

Christophe Dejours dont on peut lire entre autre “Souffrance en France : La banalisation de l’injustice sociale” montre bien à quel point la vie au travail est essentielle à la vie psychique. Il montre aussi à quel point certaines nouvelles pratiques managériales détruit les pratiques de solidarités, les liens sociaux, les possibilités de sublimations qui sont toujours présentes dans le travail quand celui-ci offre des possibilités de se réaliser, d’être socialement valorisé,… L’inverse produit de la violence sociale et individuelle qui s’exprime par exemple par les suicides sur les lieux de travail.
La tuerie provoquée par le personnage joué par Jean Pierre Daroussin ne serait-elle que le fruit de sa « structure psychique fondamentale », je ne le crois pas. Certes il faut toujours s’interroger sur les choix (de couple, professionnels…) mais il est des rencontres avec des personnes ou avec l’Histoire qui viendront étayer notre structure psychique ou creuser nos fêlures.

« N’importe qui d’entre nous pourrait arriver à de telles extrémités » ? Dans l’histoire contemporaine, la question a commencé à hurler à l’ouverture des camps, je crains qu’elle ne crie encore longtemps en nous, elle nous oblige à je jamais se refermer, à ne jamais nous dédouaner ni de notre inconscient, ni de notre responsabilité politique.

Vincent Magos

Mise à jour du 18 juin 2012 : Après avoir vu le film, je ne retire pas une virgule de ce que j’ai écris en 2010, avant le tournage, ou ci-dessus. Avec subtilité et très loin d’un manichéisme fait de bourreaux et de victimes, il montre les mécanismes à l’oeuvre dans l’emprise.

“A perdre la raison”, un film qui aide à penser? Allez-y et voyez.”

J’y ai répondu:

“Cher Vincent,

Par ton commentaire, je me suis sentie plongée dans un abîme de perplexité, j’ai été voir la bande-annonce du film « De bon matin » ; en fait, les bandes-annonces des deux films pour réaliser qu’elles ne pouvaient pas rendre compte de l’ensemble du film (ça on le savait déjà !).

En fait, je comprends en lisant ta mise à jour qu’on ne parle pas de la mêm chose: rien à redire sur le fait de faire le film sur ce sujet, ni sur son caractère subti et non manichéen.

Mais, j’ai envie de répondre en m’adressant en particulier au(x) psychanalyste(s) et aux analysants passés et actuels, dont J. Lafosse fait partie, et moi aussi d’ailleurs.

« De bon matin » parle du monde du travail et pas n’importe lequel, il donne une bonne idée du cynisme et de cruauté du milieu professionnel actuel. Il ouvre « naturellement » la réflexion sur le social et le politique qui surgit sans doute facilement à la vision du film ; il pose aussi des questions à l’inconscient qui peuvent surgir dans chacun d’entre nous mais qui peuvent être médiatisées par la réflexion politique dans ce cas-ci.

« A perdre la raison » parle d’un multi-infanticide, ce qui particulièrement dans la société dans laquelle nous vivons nous plonge tous dans la sidération, on peut en penser ce qu’on veut (ce qu’on ne manque pas de travailler à YAPAKA !)

Qu’il nous passe par la tête de tuer notre chef ou de tuer nos enfants n’a pas les mêmes effets. On peut sortir du film « A perdre la raison » en trouvant des points d’identifications suffisants avec Muriel pour se dire : « mais au fond, pourquoi pourrais-je, moi, me dégager d’une telle emprise ? » et sans y trouver beaucoup d’éléments pour se rassurer, pour rationaliser, pour sortir de l’angoisse,…

Tout cela pour expliquer que je ne suis pas loin de penser que « A perdre la raison » peut faire effraction dans l’inconscient de certains spectateurs (c’est ce que j’entendais, à demi-mot dans le premier billet en disant que l’objectif de faire penser me semblait loupée). Et cette effraction-là, elle est difficile, très difficile à métaboliser quand on n’est pas en cure (difficile ne veut pas dire impossible et le film est suffisamment subtil pour que l’effraction soit douce, c’est pour cela que je n’avais pas utilisé cette image d’abord).

Pour être claire, je pense que certaines personnes peuvent sortir du film en s’enfermant dans une angoisse de passer à ce type d’acte alors qu’ils ont en eux ce qu’il faut pour

De manière plus générale, cette effraction possible, les analystes et les analysants doivent, à mon avis, l’avoir sans cesse en tête, la soupeser quand ils adressent un message, une œuvre (ici, le film) à une personne ou à un groupe, (ici le public). Car si certains ont les ressources et les endroits pour travailler ces questions, combien ne l’ont pas ? combien sont laissés seuls à leurs angoisses ?

Ceux-là « se dédouanent de leur inconscient » ? Peut-être et ce n’est certes pas l’idéal mais il n’est du rôle de personne de secouer, plus ou moins volontairement, l’inconscient de l’autre sur des questions dont on sait qu’elles agitent déjà tellement la société que les facteurs contenants en sont de plus en plus aléatoires et que ceux qui peuvent les assumer (hors de la cure analytique, bien sûr ; je pense au professionnel de l’éducation de première ligne) ne savent déjà plus où donner de la tête et là, cette expression est à prendre au sens propre !

P.S. Convoquer la « grande histoire » et l’ouverture des camps pour mettre en perspective des évènements qui restent de « petites histoires » m’a semblé particulièrement lourd à porter!”

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“A perdre la raison”, un film qui aide à penser?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi juin 9, 2012 Under Chroniques

Le dernier film de Joachim Lafosse, “A perdre la raison”, s’inspire libre ment du quintuple infanticide que Geneviève Lhermitte a commis en 2007, à Nivelles (Belgique)

Image de prévisualisation YouTube

Il a suscité une vive polémique en Belgique, au moment où sa conception a été rendue publique, certains estimant qu’il y avait de l’indécence à prendre pour sujet, un fait divers aussi horrible et surtout, aussi récent.

Je ne suis pas de ceux qui partagent cet avis: je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de plus indécent que les comptes rendus d’audience divers et variés dont les médias nous abreuvent au moment des faits et lors du procès. Le caractère public d’une audience d’assise, qui me semble une base saine d’une justice démocratique, n’a rien à voir avec ce qu’en font les médias, de manière plus ou moins consciente ou cynique d’ailleurs.

En suivant attentivement ce que Joachim Lafosse dit de son film, on trouve cependant des contradictions troublantes. Il raconte, entre autres ici, à quel point il a été choqué lorsqu’il a appris les faits, s’en rappelant jusque dans les détails (dans sa voiture). Il défend, avec une loyauté non mise en cause, l’idée que, de faire une fiction de ce genre d’évènement permet d’élaborer de la pensée à partir d’une réalité tétanisante. Je l’ai entendu défendre ce point de vue plusieurs fois et je le partage.

Mais par ailleurs, on trouve  ici une interview qui dit : ”Travailler sur ce film a coûté deux ans et demi d’écriture à Joachim Lafosse et ses co-scénaristes, sans compter le reste. Aujourd’hui, c’est donc pour lui un “soulagement de voir que le film bouleverse le public, qu’il a du souffle, que les gens le voient comme un vrai film de cinéma. C’est sûr que cela a été une période de ma vie intense et je m’en souviendrai. Voilà, on ne peut pas faire un film comme ça pendant 4 ans sans être en psychanalyse, cela aide”, conclut-il.”

On est bien loin de la volonté de faire naître de la pensée à partir de l’émotion. Et d’ailleurs, je pense que ce film empêche presque de penser. Détaillons.

Je pense d’abord que la forme cinématographique, l’image en général (par opposition à l’écriture), n’est pas l’expression la plus propice à l’exercice de la pensée: on est pris dans une réalité extérieure qui laisse peu de place à la vie intérieure de chacun. Par exemple, on est séduit par le personnage de Muriel (la future mère) au début du film, rayonnante de bonheur, pétante de vie (qui sait si elle était aussi lisse que ne le laisse voir cette image). On est choqué par l’intrusion de Pinget, le mentor, mais comprend-on pourquoi le jeune couple l’a laissé faire, depuis le début? etc,etc,etc…

Puis, il y a quelques parti pris scénaristiques qui rendent la compréhension encore plus difficile qu’elle ne l’est pour la réalité: par exemple, rien n’est su de Muriel avant sa rencontre avec Mounir. Or, on n’arrive pas “psychiquement vierge” au mariage et beaucoup de clés se trouvent sans doute dans l’avant. On copmprend qu’on ne puisse pas être exhaustif mais la fiction, justement, permet d’évoquer quelques hypothèses.

Enfin, puis je m’arrêterai là, Muriel tue ses enfants quand ils sont très jeunes (l’aînée de ses filles a environ 6 ans) alors que Geneviève a commis l’infanticide quand l’aînée de ses filles avait 15 ans. Tant d’années où l’usure s’installe, où des tentatives d’en sortir échoue peut-être. Je n’en sais rien évidemment, mais ces partis pris de fiction me semblent réduire encore la compréhension possible des faits, si du moins il y en a une.

Je n’émettrai aucun avis sur la qualité cinématographique du film (j’en suis bien incapable) qui, hors des considérations dites plus haut, m’a semblé toujours éviter le sordide et rendre une réalité avec délicatesse et sans aucun voyeurisme, ce qui est déjà une performance en soi.

Mais en ce qui concerne l’intention de provoquer de la pensée, elle me semble loupée (en témoigne le fait que la critique parle d’un film éprouvant et bouleversant). C’est dommage car les parents d’aujourd’hui ont déjà suffisamment de raisons d’être angoissés, ce qui n’est jamais favorable à une posture éducative sereine. Et laisser entendre, comme le fait le film (à mon avis), que n’importe qui d’entre nous pourrait arriver à de telles extrémités car plongé dans un environnement toxique, éludant la question de la structure psychique fondamentale de l’individu, me semble susceptible de renforcer cette angoisse, déjà suffisamment alimentée par tous les messages émis par le monde dans lequel nous vivons.

P.S. L’occasion de vous rappeler l’existence d’un livre collectif appelé “Penser l’émotion”, publié par Yapaka à l’occasion du procès Dutroux en 2004 ( voir ici)

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L’école sur Facebook?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 26, 2012 Under Questions

groupe_ecole_facebook_mEncore un épisode Facebook, le dernier de cette série; sans doute pas le dernier tout court!

“Retour aux sources pour Facebook ? Initialement développé pour les universités américaines, le réseau social a rencontré le succès qu’on lui connaît bien au-delà du seul milieu scolaire. Et retourne un peu à cette origine, en annonçant la création des “Groupes des établissements scolaires”. De quoi s’agit-il ? Le principe de base est le même que celui des groupes classiques, mais avec des fonctionnalités supplémentaires qui devraient être bien pratiques pour les étudiants.

L’objectif est de faciliter les échanges entre étudiants de la même école, de la même classe, de la même association… Le principal avantage est la possibilité de s’échanger des fichiers allant jusqu’à 25 Mo. Autant dire que cela ne pourra pas servir de palliatif à MegaUpload, mais sera bien utile pour faire circuler documents intéressants, notes de cours, devoirs à faire et plannings. Pour le moment, les groupes pour les écoles ne sont accessibles qu’à certaines universités américaines, et seront déployées à un plus grand nombre d’établissements dans le monde entier plus tard, affirme Facebook.
Pour s’inscrire à ces groupes, il faudra montrer patte blanche, à savoir fournir l’adresse mail attribuée par votre école. Ce qui n’est pas sans rappeler les anciens “Réseaux”, dont se souviendront les adeptes de Facebook de la première heure. En attendant que les groupes écol
es soient déployés, vous pouvez toujours indiquer cette adresse mail pour être prévenu lorsque que votre école sera disponible.”

Autant la question de savoir si l’existence de Facebook est une bonne ou une mauvaise chose me semble ouverte (personnellement, je n’y suis pas, après avoir bien réfléchi), autant il me semble que la notion de réseau sociaux devrait rester dans la sphère du privé et ne pas entrer dans le professionnel.

Bien sûr, il y en a qui défendent le contraire, par exemple Yves Patte, ici; pour lui, il privilégie le fait qu’il est une et une seule personne (ce qui, en soi est une évidence) et que, comme tel, il n’y a pas de raison que ses élèves ne connaissent pas les différentes parties de sa vie. Notons toutefois qu’il réserve cette visibilité à ses grands élèves (Terminales), déjà sortis ou presque de l’adolescence. Sage précaution, tant pour lui que pour les plus jeunes : il me semble en effet qu’en terme de construction identitaire, si importante à cet âge de la vie, les adolescents n’ont pas besoin, pas besoin du tout, de tout savoir sur leurs professeurs ou, à un autre niveau, sur leurs parents.

De même, mêler le réseau social dans ce qu’il a de personnel et d’affectif avec la vie scolaire, ne me semble a priori pas un bon plan. Dans les frontières qui bougent, la frontière public/privé en est une importante. Mais la frontière travail (avec ce que cela suppose de concentration sur soi-même)/relation sociale en est une autre. Que les élèves créent entre eux des groupes d’entraide au travail est une chose (le travail en équipe est une compétence primordiale), que les écoles ouvrent des espaces sur Facebook en est une autre: sera-ce de la responsabilité de l’école que tout ce qui s’y trouve soit validé? A qui incombera de fait cette responsabilité et cette gestion? Et surtout est-ce la place de l’institution que de se placer dans un réseau social?

Vous aurez compris, à ma manière de poser la question, quelle est la réponse que je lui donne, aujourd’hui (car tout peut évoluer…)


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Sur Facebook à 10 ans: question sans réponse!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 19, 2012 Under Questions

Les nouveaux moyens de communication et de socialisation ont décidément le chic pour brouiller nos repères (mais aussi pour nous obliger à réfléchir, ce qui en est un grand avantage!) Jusqu’il y a quelques jours, je vous aurais répondu avec beaucoup d’assurance qu’il me semblait sûr qu’il ne fallait pas cautionner l’inscription des enfants de moins de 13 a,ns sur Facebook.

A titre indicatif d’abord, je vous montre un graphique décrivant les résultats à la question: “à quel âge pensez-vous que les enfants doivent avoir un profil sur Facebook?” (source: ici)

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Le moins qu’on puisse dire est que ceux qui estiment qu’il est bon qu’un enfant participe à un réseau social avant 13 ans est totalement minoritaire. Et pourtant, dans notre entourage, tous les enfants et tous les parents nous disent le contraire! Entre le dire et le faire, il y a, comme souvent, une fameuse marge…

Puis, la semaine dernière, j’ai entendu Pascal Minotte, spécialiste liégeois de ces questions (voir ici); il soutenait l’idée suivante: de manière générale, quand un enfant est plus jeune, il est plus facile de le guider, de le mettre en garde, d’ouvrir le dialogue avec lui. De plus, l’âge limite de 13 ans pour s’inscrire sur Facebook ne tient absolument pas à une volonté éducative de Mark Zuckerberg (on s’en serait douté!) mais d’une prescription légale californienne qui interdit de rendre publiques des données personnelles pour les enfants en dessous de 13 ans).

Alors, oui, d’un côté, à partir de 13 ans , le dialogue avec un enfant devient plus difficile. Cela fait partie de son développement normal de s’opposer à l’adulte, voire d’être inaccessible aux raisonnement de bon sens pour commencer à exister par lui-même.

Mais, d’un autre côté, il est quand même ennuyeux que les parents outrepassent avec l’enfant une limite légale, qui est elle aussi, basée sur le bon sens.

Alors, comment décider?

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Sur Facebook dès 10 ans?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 5, 2012 Under Questions

boy and his computer

Voici un échange trouvé sur un forum (qui correspond à des questions courantes dans toute famille);

- ”Je voudrais savoir ce que vous pensez de l’utilisation des réseaux sociaux pour un enfant de 10 ans ? En effet, mon aîné voudrait s’inscrire sur Facebook mais moi je suis un peu partagée… J’entends des choses positives et à la fois de très négatives. N’y connaissant pas grand-chose, je ne pourrais pas le guider, ni lui montrer comment protéger ses informations… Help les mamans ! Qu’en pensez-vous ?”

- “Tout d’abord, la question ne devrait même pas se poser puisque FB est interdit aux moins de 13 ans! Si les enfants grugent en mentant sur leur âge c’est qu’ils n’ont pas la maturité pour utiliser ce genre d’outils. C’est ce que j’ai expliqué à mon fils de 10ans qui m’a tanné des mois durant pour en avoir un! Je pense qu’il ne faut pas céder à la pression de cette société qui essaie de faire de nos enfants des adultes avant l’heure, ça ne rapporte que des problèmes. Il y a un temps pour tout et un âge pour chaque chose. Bien à vous et bon courage :)

- “Merci pour vos réponses. Là encore, c’est assez contrasté parmi vos avis. De mon côté, c’est toujours en discussion avec mon fils. Il dit qu’il se sent exclu parce qu’il rate des blagues, des petites informations… Qu’en dîtes-vous ?”

- “Je le comprends, car certainement que toute sa classe (comme ma fille) est sur FB, ne le privez pas mais surveillez le … et donnez lui un temps pour y aller, comme je fais avec ma fille, elle y va avant de manger pendant une demi heure et l’on surveille un peu qu’elle discute qu’avec les personnes de sa classe et la famille …

- “Merci  pour vos conseils. Je vais donc en rediscuter avec mon fils pour voir s’il veut bien que je regarde ce qu’il fait (les garçons sont un peu pudiques, vous ne trouvez pas ??!!)

- “Bonjour, j’ai été confronté au meme problème avec ma fille de 10 ans … alors j’étais confiante, puisque je savais que l’on n’a pas le droit avant 14 ans et bien elle a menti sur sa date de naissance pour s’inscrire et j’ai pu remarqué que toute sa classe est également sur FB alors du coup j’ai laissé faire en surveillant ses amis (les demandes d’amis) je lui ai interdit d’accepter des personnes qu’elle ne connait pas et pratiquement tous les soirs, je regarde avec elle ses ami(es) … vu que sa soeur de 17 ans est sur FB ainsi que mon mari, ils surveillent en meme temps … vous ne pouvez pas vraiment interdire ce que font tous ses amis, mais il faut surveiller et mettre également un controle parental … les enfants sont bien plus évolués que leur parent ….. on n’y peut rien, ce sont les nouvelles générations et elles nous dépassent un peu ….”

- “Non non et non. Un enfants de 10 ans n’a pas besoins de Facebook.”( Source: ici)

Le dialogue est repris tel qu’il est et rien que la maîtrise de la langue montre qu’il s’agit de parents qui ne manquent pas de ressources pour réfléchir . Et pourtant…

Comme il est dit, les conditions d’accès à FB demandent un âge minimal de 13 ans. Mais, près dun enfant français entre 8 et 12 ans a un profil FB, dont 97 % avec l’accord e,des parents! L’étude complète est ici.

Qu’en pensez-vous?

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Pourquoi les ados aiment-ils le risque?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 28, 2012 Under Une touche d'optimisme

risque adoPour changer et surtout parce que je trouve cette explication plausible, simple et intéressante, un article de S.Bohler repris d’ici

“Les adolescents – on le sait – ont souvent des conduites à risques. Comportement sexuel, alcool, conduite automobile, consommation de psychotropes, etc. Et les chiffres de la mortalité routière sont accablants pour les jeunes entre 18 et 25 ans. Parents,éducateurs et législateurs cherchent à comprendre ce phénomène, car il en va de la santé des jeunes, de leur rapport au monde éducatif, de leur responsabilité pénale également puisque les jugements rendus à leur encontre prennent en compte, de plus en plus, les connaissances acquises par les psychologues et les neuroscientifiques permettant de mieux cerner leur niveau de responsabilité et de conscience des risques.

Les adolescents recherchent-ils les sensations fortes, ou ont-ils des difficultés à anticiper les conséquences éventuellement négatives de leurs choix ? Une expérience récente apporte de nouveaux éléments au débat.

Jessica Cohen, psychologue à l’Université de Los Angeles, a observé des adolescents jouant aux cartes : il s’agissait d’opter soit pour des stratégies peu risquées, mais peu lucratives, soit pour des stratégies hasardeuses, mais potentiellement très gratifiantes. Elle a constaté qu’ils optent plus souvent pour la seconde solution, ce que l’on savait. Mais surtout, dans leur cerveau, c’est un ensemble de zones (le striatum, le cortex pariétal et le cortex préfrontal ventrolatéral) qui s’activent davantage que chez l’adulte ou l’enfant. Ce système cérébral constitue ce qu’on nomme le circuit de détection des erreurs de prédiction, et permet de comprendre ce qui se passe chez un jeune prenant une décision risquée.

Lorsqu’il choisit de miser une somme d’argent sur une option qui a peu de chances de se réaliser, mais qui peut rapporter beaucoup, son cerveau prévoit que les chances de l’emporter sont faibles. Si la prédiction est déjouée (c’est-à-dire si l’option risquée choisie l’emporte), un circuit de détection de l’erreur de prédiction, constitué des zones mentionnées, entre en jeu. Le plaisir de gagner est lié à cette détection de l’erreur de prédiction : il s’attendait à perdre, et il gagne ! Ce que les expériences de J. Cohen montrent, c’est que ce système de détection des erreurs de prédiction est plus sensible chez les adolescents que chez les adultes ou les enfants. Quand un adolescent prend un risque, son cerveau fait une prédiction : par exemple, je prends beaucoup de risques en roulant si vite avec ma mobylette. S’il n’a pas d’accident, son cerveau détecte une erreur de prédiction, et comme le circuit dévolu à cette détection est extrêmement sensible, il en retire un plaisir intense.

Cette hypersensibilité des circuits de détection des erreurs de prédiction est probablement liée au développement du cerveau. Dès lors, pour aider un adolescent à se protéger, mieux vaut développer en lui la conscience des conséquences potentielles de ses actes. Ce travail peut être conduit par la parole, l’information, la sensibilisation, l’entretien de liens de confiance entre l’adulte et le jeune. Un jour, la conscience du risque finit par contrebalancer l’attrait que ce risque exerce sur un cerveau épris de sensations.”

Une explication scientifique qui laisse toute sa place à l’éducation.

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Nouvelles communications, nouvelle socialisation?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 21, 2012 Under Conférences

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Tant les outils (GSM, ordinateur portable) que les possibilités qu’ils offrent (connexion permanente, réseaux sociaux) posent la question de savoir si le développement personnel et social et l’enfant et de l’adolescent en sont affectés ? Comment les éducateurs que nous sommes peuvent-ils accompagner ces changements au mieux ?

Bienvenue à tous (entrée gratuite)!

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Hunger game, éducatif? (2)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 14, 2012 Under Chroniques

Hungergames2La semaine passée, je vous parlais du livre de Susan Collins, Hunger Games. Aujourd’hui, comparons avec le film actuellement en salle.

C’est un lieu commun de dire que la plupart des adaptations cinématographiques appauvrissent le livre dont elles sont tirées. Mais, dans ce cas, c’est particulièrement vrai. Prenons les points les plus importants:

Dans le film, l’accent est mis plus sur une société du spectacle où tout est scénarisé, planifié pour que le peuple ait “du pain et des jeux”, alors que dans le livre, ces aspects spectaculaires sont moins mis en avant et il faut réfléchir pour voir dans la situation, une critique de la société de consommation. On peut dire que le spectacle représente la consommation dans son ensemble, mais ce n’est pas tout à fait vrai, il n’en est qu’une manifestation.  Par exemple dans les districts, la misère est visible , mais la misère est belle (on pourrait dire la même chose du film Home de Yann Arthus-Bertrand); Katniss doit chasser pour manger mais on ne voit pas les risques qu’elle prend pour de faibles effets car la faim règne sur les districts ; la voracité (qui découle d’années de privations) dont elle fait preuve dans le livre quand elle entre dans le train du Capitole n’apparaît pas du tout dans le film.

Une autre différence, encore plus frappante: le  côté rebelle de Katniss est à peine visible dans le film, son ambiguïté entre ce qu’elle doit montrer pour gagner (rester en vie) et ce qu’elle ressent est à peine évoqué: l’actrice est trop lisse et fraîche (même après plusieurs jours dans l’arène (forêt), elle est encore propre et à peine décoiffée, etc, etc… Il faut dire que le livre est entièrement écrit en “je”, ce qui permet d’entrer plus facilement dans le personnage et produit des développements de la pensée et des effets de surprise qui sont absents dans le film.

De manière générale, la dureté de la vie dans la forêt pendant le jeu est minimisée: Katniss trouve tout de suite de l’eau par exemple, alors que dans le livre, il lui faut de nombreux jours et une grande souffrance.

Dans le livre, comme dans le film, un élément reste étonnant dans la construction de l’histoire: comment expliquer que dans un jeu de survie, où un seul restera, une coalition s’opère entre plusieurs joueurs qui ne se fissure pas, alors qu’ils mourront nécessairement tous, sauf un! Autre point commun, cette mort est vue comme une métaphore par l’auteur car aucun élément de révolte par rapport à cet enjeu de pouvoir disproportionné n’apparaît vraiment, ni dans le livre, ni dans le film, ni n’est d’ailleurs suscité chez le lecteur/spectateur.

Si vos enfants ont lu le livre, un conseil, lisez-le aussi et allez voir le film avec eux, de préférence tôt car il y en a pour une bonne soirée de discussion…

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Hunger games, éducatif? (1)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 7, 2012 Under Questions

Hungergames1Le livre Hunger Games est un succès foudroyant auprès des adolescents, réactivé par la sortie récente du film.

Quoi d’étonnant quand on sait qu’il s’agit d’une science fiction (une contre-utopie plutôt) qui décrit une lutte à mort entre 24 adolescents, dont un seul sortira vivant (et riche pour la vie), tout cela sous l’oeil das caméras? Cette semaine, je vous parlerai du livre, la semaine prochaine du film. Il s’agit, d’après moi, d’une activité extrêmement intéressante à mener et discuter avec un ou des adolescents, encore plus dans la comparaison livre-film.

Le livre décrit un pays, Panem (et circenses?) divisé en  districts, tous tenus sous la coupe d’un Capitole central, après une révolte matée, qui a imposé à chaque district la sujétion au Capitole et la spécialisation dans une production particulière. Katniss, l’héroïne est issue du 12ème district (sur 13) où se trouvent les mines, son père est mort d’un coup de grisou et sa mère a perdu pied, laissant à la jeune fille la responsabilité de survivre, elle et sa soeur, dans des conditions extrêmement rudes. Katniss, rebelle, n’hésite pas à braver les interdits pour nourrir sa famille.

Chaque année, les Hunger games sont organisés, pour, au travers d’un spectacle obligatoire, rappeler à tous l’emprise du Capitole sur les districts.

Bien que ce ne soit jamais clairement énoncé, il me semble évident que le livre est une critique très radicale de la société de consommation (et donc aussi du spectacle) dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Le récit est entièrement rédigé à la première personne et Katniss doit, quand elle quitte, affamée le district où elle vit, se plonger rapidement dans le combat où rien n’est donné, même l’eau, sauf par des sponsors, si on a séduit! Tout est dur pour ces jeunes et, les rares personnes qui sont là pour les aider, n’y mettent qu’une énergie bien inégale (mais bon, il faut bien des bons et des méchants partout). Les jeunes, sortis du cocon (très relatif) de leur district, sont propulsés, moyennant quelques épreuves et relooking pour plaire aux regards, dans une jungle où rien ne leur est épargné.

Vous pouvez lire les lignes qui précèdent comme un résumé du récit ou comme une métaphore de la société d’aujourd’hui.

Une société qui, au nom de la toute puissance du marché et de la finance, sacrifie pas 24 mais une multitude de jeunes. Il suffit de consulter les graphiques à cette page pour se rendre compte que ce n’est pas un vain mot: 22,4 % des jeunes de moins de  25 ans sont chômeurs alors que la moyenne européenne tous âges confondus est de 10%! Et c’est sans compter ceux qui reculent leur entrée sur le marché du travail parce qu’ils essayent d’accumuler les spécialisations pour se donner plus de chances.

Je ne sais pas s’il faut parler de génération perdue comme le font certains car je ne vois pas l’intérêt de répandre un pessimisme qui a déjà bien à se nourrir de la réalité, sans y ajouter les mots extrêmes.

Mais la question cruciale est: comment évoluerons-nous vers un autre monde, où chacun aura une place digne?

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