Une bonne idée pour l’été!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi juin 29, 2013 Under Pédagogie active

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L’été, c’est un moment privilégié pour l’observation de la nature: les fourmis dans le jardins, les oiseaux dans les arbres, les herbes aromatiques qui poussent dans les pots ou dans le jardin,…

Pour ceux qui ne peuvent pas profiter d’un espace naturel à portée de main, voici une idée: un élevage de larves qui deviendront des papillons.

C’est un peu du green-marketing au service de la pédagogie active: tout y est pour une expérience réussie où les enfants peuvent observer, dessiner, revenir sur les différentes étapes, formuler des hypothèses auxquelles un adulte peut (ou non) répondre…

En tout cas une bonne idée d’occupation pour les vacances (il faut 3 à 5 semaines pour le processus complet).

Bel été et rendez-vous à la rentrée!

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Le GSM à l’école…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 4, 2013 Under Pédagogie active

GSM_ecoleL’anecdote remonte à il y a quelques années, quand j’étais directrice (proviseure-principale) de l’Ecole Decroly:

« Françoise, Delphine assurait la permanence de fin d’après-midi après ton départ, elle a donné ton numéro de téléphone privé à un parent furieux »
« Quoi ? »

Le lendemain:

« Delphine ? Pourquoi as-tu fait cela ? En fait, le père de Thomas a téléphoné au prof le soir pour protester contre le fait qu’il avait confisqué le GSM de son fils. Tu sais pourtant bien que ce genre de problème se règle à l’intérieur de l’école et qu’on ne donne pas les numéros de téléphone personnels des enseignants, encore moins de la direction ! »
« Oui, je sais, je ne sais pas ce qui m’a pris ; il était agressif. J’ai compris son inquiétude, c’est vrai qu’on est rassuré quand un enfant a son portable dans les transports en commun. »
« Mais tu avais fait tout pour assurer sa sécurité : le gamin a pu téléphoner de l’école à son père pour se mettre d’accord et le retrouver. Tout avait été réglé dans les meilleurs délais »
« Oui, c’est vrai, mais je me suis demandée aussi si le prof avait repris le téléphone chez lui et si oui, est-ce que c’était normal… »
« Mais dans ces cas, tu dois penser institutionnellement et pas personnellement. »
« Oui, c’est vrai, je suis désolée ! »

« Thomas, Monsieur S. t’a pris ton téléphone hier. Comprends-tu pourquoi ? »
« Oui, car il a sonné pendant le cours, mais c’était un oubli, je ne voulais pas perturber. Et puis, c’est un objet personnel, je trouve que le professeur n’a pas le droit de le prendre. »
« Si, c’est indiqué dans le règlement d’ordre intérieur. Il a donc le droit d’appliquer la règle. Et puis, comment s’est déroulée la suite du cours ? »
« J’ai été exclu de la classe »
« Pourquoi ? »
« Parce que je répétais en écho ce que disait un autre élève. »
« Etait-ce l’attitude à adopter après t’être laissé surprendre à laisser ton téléphone allumé ? »
« Non »
« Monsieur S. a donc agi comme peut agir un professeur quand un élève dérange de manière répétée le cours et empêche les autres de bien travailler. Ton téléphone est ici, dans mon bureau, en sécurité. Tu pourras le récupérer demain. »

Fin de n-ième épisode, de nombreux suivront…

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L’école, lieu d’apprentissage de la démocratie? (1)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 13, 2013 Under Pédagogie active

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Avant d’entrer dans le vif du sujet, la photo ci-dessus représente un distributeur de cocas qui offre une boisson fraîche si on lui fait un câlin, qu’on l’enlace. Rien que ce fait (imaginé par une agende de publicité (voir ici) nécessiterait un commentaire, mais ce n’est pas l’objet ici! Passons pour revenir à la réalité d’ici! Les faits remontent à une dizaine d’années mais pourraient se produire aujourd’hui…

Les coordonnateurs sont les délégués des délégués d’élèves et, à ce titre, les premiers interlocuteurs pour défendre la cause des élèves pour les questions qui les préoccupent dans la vie de l’école.

« Madame, on voudrait demander de faire installer un distributeur de sodas dans l’école. »

« Vous savez que je ne suis pas vraiment favorable à votre cause mais vous pouvez préparer une argumentation pour la réunion générale des professeurs qui est l’instance qui peut prendre ce genre de décision dans l’école. »

« Mais pourquoi les professeurs? Si on fait un vote chez les élèves, le résultat est certain. »

« Oui, mais dans l’école, les décisions qui ont des conséquences pédagogiques ou éducatives sont du ressort exclusif de la réunion générale des professeurs, c’est écrit dans les statuts. »

« Bon, est-ce que nous pouvons y aller pour les convaincre ? »

« Oui, bien sûr. »

« Vous verrez que nous y arriverons ! »

Le jour dit, arguments pour (souvent par les élèves mais parfois aussi par les enseignants) et arguments contre (toujours par les enseignants) sont avancés :

« La consommation de sodas est mauvaise pour la santé, un distributeur dans l’école incitera inévitablement à en boire. »

« Mais toutes les études disent que les jeunes ne boivent pas assez et éduquer à une consommation raisonnable des sodas est aussi important que d’en interdire l’accès. »

« L’installation de distributeurs dans l’école augmente la circulation d’argent, introduit une forme de publicité présente en permanence dans un lieu de vie des jeunes. »

« C’est à l’école de prévenir les élèves contre les pièges de la publicité. Puis, s’il n’y a pas de distributeur, nous sortons de l’école et les boissons nous coûtent beaucoup plus cher que ce qu’elles coûteraient à l’école. »

« Les consommations achetées à l’école rapporteraient un peu d’argent à celle-ci qui pourrait ainsi améliorer son équipement ou son cadre de vie. »

Deux argumentations qui se tiennent chacune mais qui sont guidées par des motivations et des valeurs très différentes.

Après une heure de discussion acharnée, l’ensemble des professeurs a voté : contre le distributeur. Et pourtant, c’était une chaude après-midi de juin où un soda bien frais aurait été bienvenu ! (Extrait du livre: “L’enfant: petit homme ou petit d’homme?” ici)

Alors, eut-on parler d’apprentissage de la démocratie? Il s’agit, à mes yeux, d’un excellent exemple de l’exercice de la liberté d’expression, d’association prévue par la Convention des Droits de l’Enfant de 1989,, tout en restant dans un cadre éducatif : le suffrage universel n’est pas l’équation réduite de la démocratie, l’argumentation a été vraiment entendue et la décision n’était pas prise d’avance mais remise en jeu dans le cadre clair de l’école.

Tout ce qui apparaît comme des détails est, en fait, capital: par exemple, si l’école est décidée à ne rien changer, inutile de laisser les élèves se démener pour construire un dossier. Ils ne feraient qu’en ressortir avec l’idée de “à quoi bon s’investir si c’était déjà décidé d’avance!”. On donne ainsi d’emblée une idée bien négative de la démocratie. De plus, organiser la discussion entre les enseignants et les délégués d’élèves montre à ceux-ci qu’ils n’ont pas un corps monolithique devant eux, que les adultes ont aussi des divergences de point de vue mais tout le monde se ralliera à l’avis de la majorité.

Dans des cas plus fréquent, où il est clair que l’école ne changera pas de position (accorder des libertés de sortir de l’école pendant la journée à de très jeunes adolescents seuls), il m’arrivait  de rediscuter avec des élèves de telle ou telle règle. Ils ferraillent (souvent bien) pour faire valoir un autre avis que celui qui prévaut dans l’école. A la fin d’un dialogue quand chacun a exposé ses arguments, je clôture en disant: “Vous avez un raisonnement qui se tient (et qui montre que vous êtes intelligents et bien formés!), j’en ai un autre et c’est celui-là qui prévaudra parce que je parle au nom de l’institution qui a déjà bien réfléchi, collectivement, à ces questions.”

Il faut parfois répéter plusieurs fois cette dernière phrase, de plusieurs manières, pour faire accepter que la situation n’évoluera pas comme ils le voudraient, pour être clair sur le fait que ce n’est pas un acte de pouvoir pur, d’asservissement, mais une décision éducative, pour faire comprendre que ce n’est pas personne (eux) contre personne (moi),… Mais bon, si on ne veut pas expliquer, on ne doit pas exercer métier d’éducation!

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L’échographie du bébé de l’institutrice a-t-elle une place en classe?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 9, 2013 Under Pédagogie active

echographieCe matin, lors d’un colloque plein d’intérêt (ici), une question a été soulevée dans la salle: que penser d’une jeune institutrice qui amène et montre à ses élèves de 7-8 ans une image de l’échographie du bébé qu’elle porte? La question en soi amenait le doute…

Une première réponse avançait l’idée que l’échographie relevait actuellement plus de la photo de famille que d’une image de diagnostic. Le médecin faisait remarquer que ce point du vue, largement partagé, posait d’ailleurs problème car des parents venaient parfois avec leurs enfants aînés à l’échographie et que, quand il s’agissait d’annoncer une mauvaise nouvelle, la situation se compliquait considérablement si toute la famille se trouvait là!

Une autre manière de voir a été formulée dans l’assemblée: on peut imaginer que l’institutrice a amené la photo en question pour parler du développement du foetus, de la naissance en classe. Une belle occasion de partir du concret, en somme!

Sauf qu’il y a concret et concret. Le concret de l’intimité et de la vie privée de quelqu’un (que ce soit l’enseignant ou l’enfant) n’est jamais un bon point de départ pour l’apprentissage. Quand des interférences émotionnelles entrent trop en phase avec des activités cognitives, les enfants n’apprennent plus rien. Il faut avoir l’esprit suffisamment libre de tout envahissement affectif pour pouvoir apprendre. En d’autres mots, un peu d’affectif comme moteur de la relation prof-élève, oui; trop, attention danger!

On pourrait aussi aborder la frontière public-privé, aujourd’hui tellement malmenée. Avec de petits enfants comme ceux-là, ce n’est peut-être pas si grave mais là aussi, il y a une forme d’apprentissage à donner par l’école. Qui ne commence jamais assez tôt.

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Un article sur un accident de vélo est-il un bon sujet d’apprentissage?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 2, 2013 Under Pédagogie active

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Deux étudiants en sciences de l’éducation viennent chercher des indications sur la manière d’enseigner dans le cadre d’une pédagogie Decroly.

Ils me présentent la situation suivante: “Un enfant de 10-12 ans arrive en classe avec un article de journal de son papa. Cet article parle d’un accident survenu lors de la journée sans voiture. Un enfant s’est fait renverser par une voiture. Il est choqué car il vient tous les jours à vélo et cela pourrait lui arriver.” Ils imaginent plusieurs sujets à exploiter: “le plan, l’écologie, la sécurité routière, le code de la route, le vocabulaire lié au vélo”,…

Nous voici devant un bon exemple de ce qui est apparemment une bonne porte d’entrée pour rencontrer l’intérêt des élèves et qui, en fait, n’en est pas une. Pourquoi?

L’argument le plus important est que tout sujet qui touche affectivement un enfant (en admettant que cela soit le cas ici, car c’est le père qui donne l’article, l’enfant n’a donc peut-être rien voulu!) est un mauvais sujet pour aborder des apprentissages. Non qu’il faille refuser d’en parler avec l’enfant: il a sans doute besoin d’une oreille attentive, éventuellement du réconfort de l’enseignant et/ou du groupe, éventuellement plusieurs fois. On peut rappeler des règles de bases du code de la route, de la prudence sur le chemin de l’école mais l’apprentissage ne peut se réduire à ces quelques aspects factuels. Et si on tire sur un fil qui se présenterait dans ce cadre, le risque majeur est que l’élève n’ait pas assez de disponibilité intellectuelle pour entrer dans le cognitif, parasité qu’il est par l’émotion. Tout sujet susceptible d’engendrer angoisse, réactions affectives fortes, doit donc être traité pour ce qu’il est d’abord et non comme une porte d’entrée dans l’apprentissage.

De plus, toutes les questions de sécurité routière sont à l’intersection des savoirs de l’école et des comportements éducatifs de la famille. Comment espérer que les enfants qui voient leur(s) parent(s) conduire dangereusement (et cela arrive certainement) peuvent-ils traiter le savoir qu’il leur est demandé de travailler à l’école?

En un mot, traitons les sujets humainement difficiles dans le champ de l’humain, je crois qu’il est des missions de l’école d’aborder ces questions aussi! Mais pas comme base d’apprentissage pour de nombreux jours, voire semaines!

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