L’école sur Facebook?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 26, 2012 Under Questions

groupe_ecole_facebook_mEncore un épisode Facebook, le dernier de cette série; sans doute pas le dernier tout court!

“Retour aux sources pour Facebook ? Initialement développé pour les universités américaines, le réseau social a rencontré le succès qu’on lui connaît bien au-delà du seul milieu scolaire. Et retourne un peu à cette origine, en annonçant la création des “Groupes des établissements scolaires”. De quoi s’agit-il ? Le principe de base est le même que celui des groupes classiques, mais avec des fonctionnalités supplémentaires qui devraient être bien pratiques pour les étudiants.

L’objectif est de faciliter les échanges entre étudiants de la même école, de la même classe, de la même association… Le principal avantage est la possibilité de s’échanger des fichiers allant jusqu’à 25 Mo. Autant dire que cela ne pourra pas servir de palliatif à MegaUpload, mais sera bien utile pour faire circuler documents intéressants, notes de cours, devoirs à faire et plannings. Pour le moment, les groupes pour les écoles ne sont accessibles qu’à certaines universités américaines, et seront déployées à un plus grand nombre d’établissements dans le monde entier plus tard, affirme Facebook.
Pour s’inscrire à ces groupes, il faudra montrer patte blanche, à savoir fournir l’adresse mail attribuée par votre école. Ce qui n’est pas sans rappeler les anciens “Réseaux”, dont se souviendront les adeptes de Facebook de la première heure. En attendant que les groupes écol
es soient déployés, vous pouvez toujours indiquer cette adresse mail pour être prévenu lorsque que votre école sera disponible.”

Autant la question de savoir si l’existence de Facebook est une bonne ou une mauvaise chose me semble ouverte (personnellement, je n’y suis pas, après avoir bien réfléchi), autant il me semble que la notion de réseau sociaux devrait rester dans la sphère du privé et ne pas entrer dans le professionnel.

Bien sûr, il y en a qui défendent le contraire, par exemple Yves Patte, ici; pour lui, il privilégie le fait qu’il est une et une seule personne (ce qui, en soi est une évidence) et que, comme tel, il n’y a pas de raison que ses élèves ne connaissent pas les différentes parties de sa vie. Notons toutefois qu’il réserve cette visibilité à ses grands élèves (Terminales), déjà sortis ou presque de l’adolescence. Sage précaution, tant pour lui que pour les plus jeunes : il me semble en effet qu’en terme de construction identitaire, si importante à cet âge de la vie, les adolescents n’ont pas besoin, pas besoin du tout, de tout savoir sur leurs professeurs ou, à un autre niveau, sur leurs parents.

De même, mêler le réseau social dans ce qu’il a de personnel et d’affectif avec la vie scolaire, ne me semble a priori pas un bon plan. Dans les frontières qui bougent, la frontière public/privé en est une importante. Mais la frontière travail (avec ce que cela suppose de concentration sur soi-même)/relation sociale en est une autre. Que les élèves créent entre eux des groupes d’entraide au travail est une chose (le travail en équipe est une compétence primordiale), que les écoles ouvrent des espaces sur Facebook en est une autre: sera-ce de la responsabilité de l’école que tout ce qui s’y trouve soit validé? A qui incombera de fait cette responsabilité et cette gestion? Et surtout est-ce la place de l’institution que de se placer dans un réseau social?

Vous aurez compris, à ma manière de poser la question, quelle est la réponse que je lui donne, aujourd’hui (car tout peut évoluer…)


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Sur Facebook à 10 ans: question sans réponse!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 19, 2012 Under Questions

Les nouveaux moyens de communication et de socialisation ont décidément le chic pour brouiller nos repères (mais aussi pour nous obliger à réfléchir, ce qui en est un grand avantage!) Jusqu’il y a quelques jours, je vous aurais répondu avec beaucoup d’assurance qu’il me semblait sûr qu’il ne fallait pas cautionner l’inscription des enfants de moins de 13 a,ns sur Facebook.

A titre indicatif d’abord, je vous montre un graphique décrivant les résultats à la question: “à quel âge pensez-vous que les enfants doivent avoir un profil sur Facebook?” (source: ici)

83029-parents-facebook

Le moins qu’on puisse dire est que ceux qui estiment qu’il est bon qu’un enfant participe à un réseau social avant 13 ans est totalement minoritaire. Et pourtant, dans notre entourage, tous les enfants et tous les parents nous disent le contraire! Entre le dire et le faire, il y a, comme souvent, une fameuse marge…

Puis, la semaine dernière, j’ai entendu Pascal Minotte, spécialiste liégeois de ces questions (voir ici); il soutenait l’idée suivante: de manière générale, quand un enfant est plus jeune, il est plus facile de le guider, de le mettre en garde, d’ouvrir le dialogue avec lui. De plus, l’âge limite de 13 ans pour s’inscrire sur Facebook ne tient absolument pas à une volonté éducative de Mark Zuckerberg (on s’en serait douté!) mais d’une prescription légale californienne qui interdit de rendre publiques des données personnelles pour les enfants en dessous de 13 ans).

Alors, oui, d’un côté, à partir de 13 ans , le dialogue avec un enfant devient plus difficile. Cela fait partie de son développement normal de s’opposer à l’adulte, voire d’être inaccessible aux raisonnement de bon sens pour commencer à exister par lui-même.

Mais, d’un autre côté, il est quand même ennuyeux que les parents outrepassent avec l’enfant une limite légale, qui est elle aussi, basée sur le bon sens.

Alors, comment décider?

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Sur Facebook dès 10 ans?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 5, 2012 Under Questions

boy and his computer

Voici un échange trouvé sur un forum (qui correspond à des questions courantes dans toute famille);

- ”Je voudrais savoir ce que vous pensez de l’utilisation des réseaux sociaux pour un enfant de 10 ans ? En effet, mon aîné voudrait s’inscrire sur Facebook mais moi je suis un peu partagée… J’entends des choses positives et à la fois de très négatives. N’y connaissant pas grand-chose, je ne pourrais pas le guider, ni lui montrer comment protéger ses informations… Help les mamans ! Qu’en pensez-vous ?”

- “Tout d’abord, la question ne devrait même pas se poser puisque FB est interdit aux moins de 13 ans! Si les enfants grugent en mentant sur leur âge c’est qu’ils n’ont pas la maturité pour utiliser ce genre d’outils. C’est ce que j’ai expliqué à mon fils de 10ans qui m’a tanné des mois durant pour en avoir un! Je pense qu’il ne faut pas céder à la pression de cette société qui essaie de faire de nos enfants des adultes avant l’heure, ça ne rapporte que des problèmes. Il y a un temps pour tout et un âge pour chaque chose. Bien à vous et bon courage :)

- “Merci pour vos réponses. Là encore, c’est assez contrasté parmi vos avis. De mon côté, c’est toujours en discussion avec mon fils. Il dit qu’il se sent exclu parce qu’il rate des blagues, des petites informations… Qu’en dîtes-vous ?”

- “Je le comprends, car certainement que toute sa classe (comme ma fille) est sur FB, ne le privez pas mais surveillez le … et donnez lui un temps pour y aller, comme je fais avec ma fille, elle y va avant de manger pendant une demi heure et l’on surveille un peu qu’elle discute qu’avec les personnes de sa classe et la famille …

- “Merci  pour vos conseils. Je vais donc en rediscuter avec mon fils pour voir s’il veut bien que je regarde ce qu’il fait (les garçons sont un peu pudiques, vous ne trouvez pas ??!!)

- “Bonjour, j’ai été confronté au meme problème avec ma fille de 10 ans … alors j’étais confiante, puisque je savais que l’on n’a pas le droit avant 14 ans et bien elle a menti sur sa date de naissance pour s’inscrire et j’ai pu remarqué que toute sa classe est également sur FB alors du coup j’ai laissé faire en surveillant ses amis (les demandes d’amis) je lui ai interdit d’accepter des personnes qu’elle ne connait pas et pratiquement tous les soirs, je regarde avec elle ses ami(es) … vu que sa soeur de 17 ans est sur FB ainsi que mon mari, ils surveillent en meme temps … vous ne pouvez pas vraiment interdire ce que font tous ses amis, mais il faut surveiller et mettre également un controle parental … les enfants sont bien plus évolués que leur parent ….. on n’y peut rien, ce sont les nouvelles générations et elles nous dépassent un peu ….”

- “Non non et non. Un enfants de 10 ans n’a pas besoins de Facebook.”( Source: ici)

Le dialogue est repris tel qu’il est et rien que la maîtrise de la langue montre qu’il s’agit de parents qui ne manquent pas de ressources pour réfléchir . Et pourtant…

Comme il est dit, les conditions d’accès à FB demandent un âge minimal de 13 ans. Mais, près dun enfant français entre 8 et 12 ans a un profil FB, dont 97 % avec l’accord e,des parents! L’étude complète est ici.

Qu’en pensez-vous?

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Hunger games, éducatif? (1)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 7, 2012 Under Questions

Hungergames1Le livre Hunger Games est un succès foudroyant auprès des adolescents, réactivé par la sortie récente du film.

Quoi d’étonnant quand on sait qu’il s’agit d’une science fiction (une contre-utopie plutôt) qui décrit une lutte à mort entre 24 adolescents, dont un seul sortira vivant (et riche pour la vie), tout cela sous l’oeil das caméras? Cette semaine, je vous parlerai du livre, la semaine prochaine du film. Il s’agit, d’après moi, d’une activité extrêmement intéressante à mener et discuter avec un ou des adolescents, encore plus dans la comparaison livre-film.

Le livre décrit un pays, Panem (et circenses?) divisé en  districts, tous tenus sous la coupe d’un Capitole central, après une révolte matée, qui a imposé à chaque district la sujétion au Capitole et la spécialisation dans une production particulière. Katniss, l’héroïne est issue du 12ème district (sur 13) où se trouvent les mines, son père est mort d’un coup de grisou et sa mère a perdu pied, laissant à la jeune fille la responsabilité de survivre, elle et sa soeur, dans des conditions extrêmement rudes. Katniss, rebelle, n’hésite pas à braver les interdits pour nourrir sa famille.

Chaque année, les Hunger games sont organisés, pour, au travers d’un spectacle obligatoire, rappeler à tous l’emprise du Capitole sur les districts.

Bien que ce ne soit jamais clairement énoncé, il me semble évident que le livre est une critique très radicale de la société de consommation (et donc aussi du spectacle) dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Le récit est entièrement rédigé à la première personne et Katniss doit, quand elle quitte, affamée le district où elle vit, se plonger rapidement dans le combat où rien n’est donné, même l’eau, sauf par des sponsors, si on a séduit! Tout est dur pour ces jeunes et, les rares personnes qui sont là pour les aider, n’y mettent qu’une énergie bien inégale (mais bon, il faut bien des bons et des méchants partout). Les jeunes, sortis du cocon (très relatif) de leur district, sont propulsés, moyennant quelques épreuves et relooking pour plaire aux regards, dans une jungle où rien ne leur est épargné.

Vous pouvez lire les lignes qui précèdent comme un résumé du récit ou comme une métaphore de la société d’aujourd’hui.

Une société qui, au nom de la toute puissance du marché et de la finance, sacrifie pas 24 mais une multitude de jeunes. Il suffit de consulter les graphiques à cette page pour se rendre compte que ce n’est pas un vain mot: 22,4 % des jeunes de moins de  25 ans sont chômeurs alors que la moyenne européenne tous âges confondus est de 10%! Et c’est sans compter ceux qui reculent leur entrée sur le marché du travail parce qu’ils essayent d’accumuler les spécialisations pour se donner plus de chances.

Je ne sais pas s’il faut parler de génération perdue comme le font certains car je ne vois pas l’intérêt de répandre un pessimisme qui a déjà bien à se nourrir de la réalité, sans y ajouter les mots extrêmes.

Mais la question cruciale est: comment évoluerons-nous vers un autre monde, où chacun aura une place digne?

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SAGES sagesses!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 22, 2011 Under Questions

Ce billet m’a été inspiré par la découverte de l’image suivante, datant de 2009, mais certainement toujours contemporaine!

delinquant_apercuLe dispositif s’appelle SAGES  pour Sanctuarisation globale de l’espace scolaire: tout un programme!

Un article (ici) en dit long sur la difficulté contemporaine à considérer que l’objectif est qu’un certain nombre de limites soient INTERIORISEES, sans nécessairement être physiquement marquées.

Le résultat progressif de l’éducation devrait être que les ados respectent la limite territoriale de l’école, sans même que la grille soit fermée. Admettons que, selon les endroits, ce soit plus ou moins facile à obtenir. Mais cela doit rester l’objectif!

Chaque fois que des élèves étrangers s’introduisaient dans l’école, j’appelais la police qui débarquait dans les 5 minutes. Ce type de dispositif respecte le caractère éducatif de l’école et marque ses limites aussi: le chef d’établissement et le corps enseignant ne peuvent agir sur les jeunes qui ne sont pas élèves dans l’école.

Est-ce utopique de penser qu’il y a moyen d’arriver à un consensus social sur ce type de dispositif?

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L’enfance de l’art

Posted by Françoise Guillaume on Samedi juin 11, 2011 Under Questions

Catherine, fidèle lectrice, m’a envoyé un lien des plus intéressants!

aelita andreAinsi donc, Aerline Andre, cette demoiselle de 4 ans expose dans une galerie new-yorkaise et ses oeuvres se vendent jusqu’à 7000 euros. Ses parents, artistes australiens, vous tiennent tout un discours sur ses qualités d’artistes (dont je ne peux pas juger, peu experte en la matière!).

Un site lui est consacré (ici), en exergue du quel une phrase (non vérifiée) de Picasso: “Cela m’a pris quatre ans de peindre comme Picasso mais toute ma vie de peindre comme un enfant”

Peut-être mais tout ce temps-là était-il “pour du beurre”?

En tout cas, au-delà de ce qui pourrait n’être qu’une polémique supplémentaire sur l’art contemporain, on peut se poser la question de savoir comment va se développer cette enfant si ses élucubrations d’enfants sont à ce point prises pour “paroles d’Evangile” par les adultes (cette position me fait d’ailleurs penser à ces enfants que l’on place en réincarnation divine dans certaines religions orientales).

Ca passe ou ça casse! Mais, en tout cas, on lui aura volé son enfance…

Le 12 juin, commentaire de Catherine, pour ne pas le rater…

“Je ne savais pas qu’il y avait un site et en plus cette phrase de Picasso, qui est très intéressante dans ce cas. On le voit bien avec les dessins de nos enfants, qui sont d’une liberté totale (quand on les laisse faire) et qui au moment de l’adolescence rentrent dans des codes et perdent leur spontanéité. Mais cette perte est intéressante, car le vrai travail commence, celui dont parle Picasso. Avec cette petite fille, ce qui grince, c’est bien la façon dont le monde adulte s’empare de sa créativité d’enfant et la formate à l’aune de ses références, artistiques et économiques. N’empêche, quand on la voit peindre, c’est manifestement un moment de plaisir et de jeu.”

P.S. Prochain billet à la fin du mois d’août! Bel été!

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La “violence légale” du don anonyme de gamètes?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 5, 2011 Under Chroniques, Questions

Court extrait d’une interview d’Irène Théry, spécialiste en la matère, qui parle de la violence de la loi qui impose le don d’anonymat de donneurs de gamètes, point de vue radicalement différent de celui de la semaine dernière (ici)

La “violence légale” de l’anonymat des dons d’engendrement
envoyé par laviedesidees. -

Entendons bien:

“La société organise un certain nombre de processus qu’on ne parvient jamais à énoncer dans son ensemble”, d’où violence car l’enfant est issu de l’art du médecin, procréateur d’enfants qui va chercher les gamètes dans les placards alors qu’ils n’ont fait que transmettre la vie.” Il y a là une première violence! Bigre! La société a toujours permis, voire organisé des processus de filiation qui taisaient la provenance biologique des gamètes. Relisez la deuxième partie du billet, ici… L’origine de l’enfant, dans nos sociétés contemporaines, c’est le désir d’enfant d’au moins un des deux parents (le plus souvent la mère quand ce n’est pas des deux), ni plus, ni moins!

Continuons: “la constitution d’une unique catégorie d’enfants qui, seul parmi toutes les autres, à jamais, ne pourrait pas avoir de réponse à la question “à qui dois-je d’être né?”(…) Ces enfants seraient nés d’eux-mêmes puisqu’on ne pourrait jamais remonter dans l’histoire au-delà du matériau qui les a constitués, ce qui constitue la plus grande violence”.

La  réponse est du même ordre: “A qui dois-je d’être né?”  Au couple qui a décidé de demander cette gamète! A personne d’autre, et certainement pas à soi-même! Verra-t-on apparaître des arbres généalogiques avec une double branche, donneur de gamète/ père social, voire avec une triple branche du côté de la mère, donneuse de gamète/porteuse de l’embryon/mère sociale?

Certes, certains jeunes adultes actuels peuvent souffrir de “ne pas tous savoir”, alors que les médecins ont des informations (désincarnées et dont ils ne font rien sauf cas médical grave) qu’ils voudraient détenir eux-aussi justement pour les incarner. Mais “ne pas tout savoir” n’est-il pas la caractéristique commune à tous les humains? Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas accompagner ces jeunes adultes dans leur souffrance mais la révélation de l’identité du donneur n’est pas LA solution. (Je me rappelle d’une jeune fille adoptée qui avait vu sa maman biologique pour la première fois depuis plus de 10 ans et qui avait dit “je ne l’aime pas, elle est grosse!”; c’est un peu lapidaire  mais cela montre que le choc avec la réalité peut parfois être plus difficile à vivre que la frustration de la non-rencontre…)

D’autant plus que la non-connaissance n’est ici pas issue d’un secret mais socialement organisée sous la forme de l’anonymat, ce qui n’est pas comparable en terme de construction psychique.

Toute organisation sociale a engendré certaines souffrances chez certains de ses membres (pensons aux mariages de raison, par exemple; ou aux enfants-rois plus récemment). La société actuelle croit qu’elle peut définitivement s’affranchir de toute souffrance imposée par une organisation collective. Croyez-vous que ce puisse être vrai?

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La connaissance de ses origines est-elle un droit ?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi fév 26, 2011 Under Questions

“La traçabilité, concept inventé pour les animaux d’élevage, va-t-elle bientôt s’appliquer à l’Homme ?

yves montandLe droit de la filiation est un domaine dans le quel il est intéressant de comparer l’évolution du droit et celle de la société. Il en est par exemple ainsi du recours à la preuve biologique, dans les actions en recherche de paternité.

Depuis les lois de 1972 et de 1993, l’approche juridique de la paternité s’est trouvée modifiée du fait des progrès réalisés en matière d’analyses sanguines.

L’ordonnance du 4 juillet 2005 est venue compléter et achever l’évolution législative puisqu’elle a modifié l’article 310-3 alinéa 2 du code civil, qui prévoit désormais qu’en matière d’actions relatives à la filiation, celle-ci se prouve et se conteste par tous moyens, y compris l’expertise biologique.

Mais la Cour de Cassation, dans son arrêt du 28 mars 2000, est allée beaucoup plus loin en indiquant que « l’expertise biologique est de droit en matière de filiation, sauf s’il existe un motif légitime de ne pas y procéder ».

Ainsi, lorsqu’une action en recherche de paternité est engagée par un enfant ou sa mère, le père potentiel n’a quasiment d’autre choix que celui de se soumettre à un test biologique.

Or, la Cour de Cassation, mais aussi les juridictions du fond, semblent se fonder, de façon quasi exclusive, sur le droit de l’enfant à connaître ses origines pour ordonner l’expertise biologique.

Cependant, existe-t- il réellement un droit à connaître ses origines, qui s’imposerait aux parents, et plus particulièrement aux pères faisant l’objet d’une action en recherche de paternité ?

Les textes internationaux, spécifiques aux droits de l’enfant, prévoient en effet cet accès aux origines.

L’article 7 de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant reconnaît à celui-ci « dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents ».

La Convention internationale de La Haye du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale prévoit, dans son article 30 que « les autorités compétentes de l’Etat contractant veillent à conserver les informations qu’elles détiennent sur les origines de l’enfant, notamment celles relatives à l’identité de sa mère et de son père (…). Elles assurent l’accès de l’enfant ou de son représentant à ces informations, avec les conseils appropriés, dans la mesure permise par la loi de leur Etat ».

Cependant, ces deux conventions internationales ne posent pas un droit impératif à l’accès aux origines dont pourraient se prévaloir les particuliers. Elles ne fixent que des objectifs vers lesquels doivent tendre les législations des Etats signataires, dont fait partie la France.

De plus, leur contenu reste limité. La Convention de New York inscrit le droit de connaître ses origines « dans la mesure du possible ». De plus, la Convention de La Haye ne prévoit que la conservation des informations sur les origines de l’enfant, elle n’envisage pas leur mise à disposition.

Le droit français s’est aussi préoccupé de l’accès aux origines de l’enfant.

La loi du 22 janvier 2002, relative à l’accès aux origines des personnes adoptées et des pupilles de l’Etat, a ajouté dans le code de l’action sociale et des familles « l’importance pour toute personne de connaître ses origines et son histoire » (article L222-6 du casf). Mais il n’est jamais fait mention d’un droit à connaître des origines.

Il n’existe donc pas de droit fondamental à la connaissance des origines, qui s’imposerait de façon absolue aux états et aux particuliers français.

C’est d’ailleurs ce qu’a indiqué la Cour européenne des droits de l’homme, dans arrêt Odièvre c/ France du 13 février 2003.

La France n’a pas été condamnée par la Cour, qui a considéré que l’accouchement sous X ne constituait pas, pour l’enfant, une atteinte au droit de connaître ses origines, dans la mesure où la loi française prévoit la possibilité de réversibilité du secret de l’identité de la mère (article L222-6 du CASF) et la création d’un Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (articles L 147-1 à l147-11 du CASF).

L’impératif de connaissance des origines de l’enfant est donc, pour la Cour, compatible avec le droit au respect de la vie privée de la mère.

Dès lors, s’il n’existe pas de droit fondamental des enfants à connaître ses origines, pourquoi les juridictions du fond, soutenue par la cour de cassation, ordonnent-elles de façon systématique une expertise biologique dans les affaires de filiation ?”

Extrait d’un site juridique, ici.

Suite de la réflexion la semaine prochaine. Pour vous mettre en bouche, regardez ceci:

les matins – Irène Théry
envoyé par franceculture. – L’actualité du moment en vidéo.

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Une série ado contemporaine…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi jan 15, 2011 Under Questions

Sugar Rush (élégamment traduit en français par “Plein de meufs”!) est une série ado britannique qui passe actuellement sur les chaînes télé privées en version française. L’extrait est un peu long mais il vaut la peine.

Mise en contexte: Kim est une adolescente lesbienne qui a une relation avec Sugar, actuellement enfermée et qu’elle visite en prison. L’extrait commence le lendemain matin d’un soir où Kim a été draguée par une femme dans une boîte de nuit.


Sugar rush 2×01 part2

Deux questions me viennent en tête en regardant cela:

- Dans une société débarrassée de vieux tabous, quelle relation parents-enfants autour de la sexualité? Tant pour le père (qui repasse l’uniforme qui a servi aux jeux sexuels de sa fille), que pour la mère (qui a une position complexe et ambiguë)? Plus précisément, quelle position de femme tenir face à sa fille qui entre dans la sexualité?

- Quel modèle d’identification les jeunes (filles en particulier, ici), spectateurs de ce type de série, ont-elles venant de la génération précédente, des parents comme êtres sexués? Une situation aussi explicite que celle présentée ici peut-elle apporter quoi que ce soit au jeune?

La seule donnée dont je suis sûre en regardant cette série, c’est qu’il est bon de montrer de jeunes homosexuels assumant leur identité sexuelle sans complexe et en étant bien dans leur peau. La réalité montre que la levée des tabous n’a pas, dans la vraie vie, permis de vivre sa différence avec plus de sérénité. La reconnaître est plus facile, l’assumer, non, en tout cas pas toujours (tant pour les parents que pour les enfants). Une prochaine étape, peut-être pas si proche?

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Psy familial en ligne

Posted by Françoise Guillaume on Samedi nov 27, 2010 Under Questions

Un de vos commentaires (ici) remarquait que, en parlant d’interactivité avec l’ordinateur, j’occultais la relation qui pouvait s’instaurer entre internautes.

Certes et sans nier l’apport potentiel, peut-on vraiment croire que ce type de relation remplace le contact direct? Tout ce qui est non-verbal (à supposer que l’écrit puisse transcrire exactement le verbal, ce qui est loin d’être sûr) n’intervient-il pas massivement dans la relation: la longueur d’un silence, les tortillements sur le siège, les petits gestes apparemment sans sens,…?

psy en ligneAinsi peut-on croire qu’un site de psy en ligne comme celui-ci (prenez le temps de le parcourir) va remplacer un “vrai” entretien avec un psy?

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