“Entre les murs”, entre la tendresse et la démocratie…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi sept 27, 2008 Under Chroniques


En voyant “Entre les murs”, le film de Laurent Cantet, Palme d’Or de Festival de Cannes 2008, à chaud, des sentiment mêlés affleurent. Le parti-pris est clair: il s’agit d’une fiction principalement interprétée par François Bégaudeau, prof autrefois dans une classe similaire à celle du film, auteur d’un livre du même titre, scénariste de ce film. Un ensemble de jeunes qui ne forment pas une vraie classe dans la vie réelle, sont des acteurs amateurs formés par quelques mois par ce que l’on pourrait appeler de l’”impro dirigée” (par L.Cantet et F.Bégaudeau). Ils ont choisi d’axer le film sur des scènes où la familiarité dans la classe flirte avec la promiscuité (ce sont les propres mots de Fr.Bégaudeau à l’avant-première à Bruxelles ce 26 septembre). Des situations où le prof essaie de se rapprocher d’un idéal qu’il a en tête de “prof démocratique”.

Le résultat cinématographique est, à mon avis de totalement non-experte en la matière, assez réussi: plus de deux heures de film d’où émanent d’abord une immense tendresse pour l’école et pour les élèves en particulier, ensuite une énergie vitale qui, même si elle ne va pas toujours dans le sens espéré, bat en brèche le cliché de la génération molle que l’on nous présente trop souvent actuellement.

Je ne peux m’empêcher évidemment de lire derrière la fiction, les éléments de la réalité sur l’école qui y transparaissent inévitablement. Passons les brièvement en revue, il en est certains sur lesquels il faudra revenir.

Les situations scolaires tournent le plus souvent autour d’éléments très personnels à l’élève: “écris ton autobiographie”, “donne-moi des souvenirs de honte”: certains élèves protestent: “c’est mon intimité”, “j’ai rien à dire”. Voilà bien des sujets qui, à mon avis, sont nuisibles (je pèse le mot) à l’apprentissage. Sous prétexte de partir du vécu des élèves (encore un de ces principes des pédagogies nouvelles mal compris), on entretient chez eux une agitation psychique qui freine, voire empêche tout apprentissage. Les questions intimes doivent rester dans l’intimité. Elles peuvent, il est même souhaitable qu’elles puissent faire l’objet de conversations personnelles avec l’un ou l’autre enseignant que l’élève choisit. Il est malsain, et surtout contre-productif en terme d’apprentissage qu’elles soient prises comme base d’étude.

Et puis, il y a ce monstrueux fantasme d’école démocratique: la présence des élèves et des parents aux conseils de classes y est bien montrée comme la caricature de la démocratie actuelle: chacun, prof et élève, y défend des points de vue personnel et ne rapportent pas de parole collective. Les élèves, extrêmement peu attentives au moment même, racontent à leurs condisciples des versions fragmentaires et interprétées (c’est normal) de ce qui y est dit. Bref, le brouhaha généralisé qui ne permet à rien d’avancer. Croire que l’école peut être démocratique alors que toute éducation est, par définition, asymétrique, est un leurre. Mais, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit: l’école doit éduquer à la citoyenneté démocratique (ce qui n’est pas la même chose: voir p.166 du livre).

Et enfin, le dernier aspect frappant de cette tranche de vie scolaire est la pauvreté du travail collectif des enseignants: les rapports hiérarchiques sont formalisés, les transgressions des élèves ne font pas l’objet d’entretiens un tant soit peu approfondis, éventuellement suivis de sanctions graduées,… Bref, le règne du chacun pour soi… Même si l’atmosphère générale entre profs est à la bienveillance et au soutien mutuel. Le rôle du principal (directeur) reste très formel, les problèmes de base ne font jamais l’objet d’une discussion de fond entre enseignants, conseiller principal d’éducation et principal.

La scène finale où l’on demande aux enfants ce qu’ils ont appris sur l’année les montre très apaisés mais avec des exemples de savoirs ou de compétences, appris à l’école,  pauvres, voir faux (le moment où Carl parle de ce qu’il a appris en chimie est un monument de n’importe quoi! Alors que la terrible Esmeralda parle avec délice de la République de Platon qu’elle a emprunté à sa sœur. Ainsi donc le savoir le plus “scolaire” qu’elle a appris, c’est en dehors de l’école qu’elle l’a pu y accéder.

Peut-être n’est-ce qu’un effet cinématographique, une bonne chute mais, pour l’école qui se regarde dans ce miroir, c’est une dure chute!

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Transmettre, c’est pervertir?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi sept 20, 2008 Under Chroniques, Questions

Une longue intro avant d’arriver au propos. Patience!

Les frères Podalydès travaillent tous les deux dans le cinéma. Devant un journaliste, ils évoquent leur enfance, leur complicité qui a perduré jusqu’à aujourd’hui : « Bruno réalise, Denis joue. Comme avant, quand ils faisaient comme les grands. « Il fait un bon Rouletabille, avec ses yeux comme des billes », dit Bruno qui s’efface volontiers derrière la gloire de son frère. Ce n’est pas de la nostalgie : « Juste une enfance heureuse, qui fait partie de nous. » L’enfance, qui s’est terminée avec la séparation des parents puis le suicide de leur jeune frère Eric, et qu’ils prolongent dans les tournages. « Aujourd’hui on partage peu, sauf le cinéma. C’est bon de passer du temps ensemble sans se poser de questions. » Le soir, ils mettent un vieux Moustaki et se racontent leur coffre à Lego, ou la canonnière du Yang Tsé avec Steve McQueen. En cachette des deux enfants de Bruno, 6 et 13 ans : « J’ai peur de leur parler de tout cela, peur de les influencer. Je veux qu’ils trouvent ce qu’ils aiment tout seuls. » (extrait d’un article du 8 septembre 2005)
C’est cette dernière phrase qui m’a frappée : pour en arriver à évoquer des souvenirs agréables anciens « en cachette » afin de ne pas influencer ses enfants, il faut vraiment voir toute transmission comme négative. Faire partager à ses enfants des chansons, des jeux que l’on a aimés, sans nécessairement croire pour cela qu’il vont les apprécier autant, c’est le B-A BA de la transmission de génération à génération. Si, même cela, les parents ne s’autorisent pas à le faire, croyant que cela pourrait comme pervertir ce que leur enfant découvrirait, qu’est-ce qui pourra encore faire l’objet d’une transmission ?
Pourtant, à partir du moment où l’on accepte avec bienveillance que chaque génération doit faire son expérience (« Ah si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ! »), pourquoi se priver d’exprimer ce que l’on aime, soi, pourquoi confisquer ces moments à nos enfants ?
Et vous, que partagez-vous de votre jeunesse avec vos enfants ?

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Espace de discussion?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi sept 13, 2008 Under Questions

Après l’interruption des vacances, j’ai posté deux chroniques avec la régularité que je me suis imposée, chaque samedi.

A ce jour, même si vous visitez le site, aucun commentaire! Ce silence me consterne et j’en cherche les causes. La plus évidente: les billets n’amènent pas facilement de commentaire. J’y développe un point de vue sur un aspect particulier de la vie des enfants et des adolescents d’aujourd’hui. Sans doute cela demande-t-il un temps trop important de construire un commentaire pour ou contre… L’argumentation sur un point particulier, même brève, me semble simple mais n’appelle peut-être pas suffisamment à la discussion… Et puis  je baigne tout le temps dans ces questions, ce qui n’est pas le cas de tous les lecteurs!

Ce qui était clair dans mon esprit, c’est que ce blog doit être un espace de discussion. Pas un lieu où vous posez les questions et où j’y réponds (comme je l’ai pourtant fait une ou deux fois) mais un lieu de rencontre, simple, convivial et bienveillant où les intervenants se répondent les uns aux autres, proposent eux-mêmes des sujets de discussion,… On en est très, très loin.

Je vais donc essayer une autre manière de procéder. Poser une question amenant des réponses axées sur la vie courante, en espérant que le débat s’amorcera ainsi…

Par exemple, partons de la chronique d’il y a 15 jours, sur le coucher des enfants. Comment cela se passe-t-il chez vous, ou pour vos petit-enfants si vous êtes grands-parents ou chez des amis dont vous pourriez préserver l’anonymat en épargnant certains détails? Qu’est-ce qui marche et pourquoi, selon vous? Quels sont les problèmes et comment les solutionnez-vous (ou non)?

Allez, à vos claviers…
P.S Vous pouvez aussi m’envoyer des suggestions pour faire évoluer le blog, en me demandant explicitement de ne pas les poster sur le site, ce que je respecterai, évidemment!

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Prochaines rencontres

Posted by Françoise Guillaume on Samedi sept 13, 2008 Under Conférences

Juste après la rentrée scolaire, deux moments sont encore programmés:

- Rencontre-débat à l’Harmattan, rue des Ecoles, 21bis, Paris 5ème, le 18 septembre à 19h.

- Rencontre-débat à la libraire Graffiti, Waterloo, le 25 septembre à 20h

L’entrée à chacune de ces activités est gratuite! Bienvenue!

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Blog sur blog

Posted by Françoise Guillaume on Samedi sept 6, 2008 Under Chroniques

La place que prennent les blogs dans la vie des ados interpelle.

En voici un, pris au hasard du net (cliquez ici)

La fille de 14 ans se présente par deux images, la première placée dès qu’on arrive sur le blog, la seconde dans son “profil”.

Au fur et à mesure que l’on parcourt le blog, on voit les images de gentille petite fille à son papa et sa maman (ici, posté le 8 août), les inévitables autoportraits dont regorgent les blogs (ici, posté le 20 février), les provocations propres à cet âge (ici, posté le 1er août), les revendications pour faire évoluer le monde (ici, posté le 31 mai), les regards jetés sur l’autre sexe et les essais-erreurs pour s’y ajuster (ici, posté le 21 mai et ici posté le 24 juillet).

On voit que les préoccupations de cette ado, assez représentative de beaucoup d’autres (mais pas de toutes!), sont assez proches de celles des ados des générations précédentes. Avec une évolution importante cependant dans la sexualisation de toutes les représentations du monde (les deux images de présentation en sont la preuve flagrante)…

Ce qui a, par contre, radicalement changé, c’est le mode de communication et donc le rapport à l’image de ces ados.

Les appareils photos inclus dans presque tous les téléphones portables ont multiplié à l’infini les prises de vue. Un(e) ado est susceptible d’être pris en photo à n’importe quel instant (y compris à l’école si celle-ci n’y prend garde) pour se retrouver sur un blog le soir-même. Tout naturellement, l’importance que l’on accorde à son image extérieure (coiffure, vêtements,…) s’en trouve inévitablement décuplée et cette énergie-là n’est pas disponible pour autre chose.

Alors que la plupart d’entre eux est très consciente du danger de prédateurs extérieurs, les ados ne mesurent presque jamais à quel point ils se dévoilent de manière durable aux yeux des autres. Ce qui n’était qu’un petit moment de délire vite oublié pour un ados de la génération précédente, devient un polyptyque à multiples volets pour des personnes extérieures qui veulent se faire une idée sur eux aujourd’hui.

Car on considère trop souvent ces blogs comme l’équivalent des journaux intimes, des “carnets de poésie” du passé. Les parents eux-mêmes ont l’impression de se positionner en intrus et en voyeurs s’ils vont visiter le blog de leur enfant. Le propre d’Internet est cependant d’être public et croire que l’information est cachée et l’intimité préservée parce qu’on est sur l’immensité de la Toile, relève de la naïveté.

Parents, enseignants, intéressez-vous à ce qui représente une grande partie des intérêts de vos enfants, ne considérez pas que ce n’est pas pour vous, vos enfants ont besoin que vous décryptiez ces images (d’eux ou des autres) en leur compagnie pour apprendre à les voir d’un oeil extérieur et mieux juger s’ils veulent vraiment les voir entrer dans le domaine public

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