Obéissance ou indépendance?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 25, 2008 Under Questions

Voici un tableau qui parle de lui-même:

Qualités souhaitées

En 1924, les mères interrogées pour leurs fils et leurs filles

En 1978, les mères interrogées pour leurs fils et leurs filles

Obéissance

45.4

24.8

Indépendance

25.8

75.8

Il est extrait du livre “Les adonaissants” de F.de Singly (Hachette Pluriel, 2006).

Vous m’aurez pas manqué de remarquer que les chiffres les plus récents datent de 30 ans (1978). A cette époque l’obéissance n’avait déjà plus bonne presse et on aurait pu remplacer ce mot par “respect des règles” qui évoque moins la soumission d’un être à un autre et plus l’acceptation d’une loi commune.

Comment pensez-vous que l’attente des mères (pourquoi a-t-on interrogé les mères d’ailleurs?)  aurait évolué aujourd’hui  ?

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Homosexuel(le), hier et aujourd’hui

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 18, 2008 Under Chroniques

On se représente souvent les années 70 comme un  happening permanent, plein de joie, de bonheur et d’insouciance. La réalité est parfois loin de ce mythe!

Prenons par exemple, le regard sur l’homosexualité.  Se rend-on bien compte aujourd’hui de la manière dont étaient regardés les homosexuel(le)s il y a moins de 40 ans? Une émission publique de Menie Grégoire le 10 mars 1971 peut être considérée comme un des actes fondateurs du mouvement homosexuel français (pour rappel, la dépénalisation de l’homosexualité date de 1972 en Belgique et de 1982 (!) en France), la transcription complète en est ici. Extraits choisis:

“Le psychanalyste: Je prendrais la même position que vous, tout au moins c’est ce que l’expérience m’a montré, à savoir que quand un homme est homosexuel, et qu’il adoptait un rôle féminin, c’est généralement que sa virilité, sa masculinité, ne s’est pas développée.(…) Ce n’est pas parce que j’ai dit que l’homosexualité est un accident et même, dans une certaine mesure, un accident regrettable, que je considère que, tant que l’individu est dans une situation d’homosexualité, il ne doit pas vivre sa vie le mieux possible… (…)Dans la plupart des cas, on peut dire que l’homosexualité est un accident et que normalement elle se résoudra. (Agitation dans la salle).

Menie Grégoire: Autrement dit, il y a des cas où elle est réversible, même pris très jeune?

Le psychanalyste: Très rarement irréversible, oui, absolument. (…)”

Ainsi donc, en 1971, l’homosexualité est rangée du côté de ce que l’on appellerait aujourd’hui “troubles du développement” à traiter dès que possible.

On se doute qu’un adolescent qui se découvrait une attirance vers des personnes du même sexe, cherchait à se étouffer en lui les pulsions qu’il ressentait abord et à les cacher aux autres, ne les admettant sans doute pas comme telles.

C’est ainsi qu’aujourd’hui encore des hommes se découvrent ou plutôt se reconnaissent comme homosexuels alors qu’ils sont père de famille, parfois de grands enfants. Avec toutes les blessures que cela peut provoquer chez leur compagne et/ou chez leurs enfants: toutes les séparations sont difficiles à “réussir”, mais ce type-là encore plus que d’autres.

Invitée il y a quelques mois à un mariage homosexuel, je ne comprenais pas bien pourquoi un couple (d’hommes en l’occurrence, aucun lien avec la photo ci-contre) avait à ce point besoin de cet acte social pour exister.

Sur place, j’ai compris (ce qui est pourtant une évidence) qu’en fait, ce désir était le même, quel que soit le type de couple que l’on forme, il dépend simplement des personnes qui le composent.

De plus, j’ai compris aussi, que la reconnaissance sociale que représente le mariage homosexuel avait des répercussions sociales bien plus profondes qu’on ne l’imaginait.

D’abord, il forçait certains, par amitié envers des personnes impliquées, à sortir du conformisme dans lequel ils étaient encore englués et on peut le comprendre quand on lit en entier le texte dont je vous ai extrait quelques passages.

Ensuite, et là on en arrive aux questions d’éducation, l’acceptation sociale de l’homosexualité comme un lien amoureux semblable aux autres, permet, je crois, à des adolescents de reconnaître et d’accepter en eux leur identité sexuelle dès qu’elle se confirme, c’est-à-dire dans la deuxième partie de l’adolescence. Ce n’est pas toujours simple, ni sans soubresaut. Le fait que le jeune puisse être accepté comme il est, sans jugement de valeur, de la part des parents, des enseignants est d’une importance capitale. Ce n’est déjà pas si facile de s’engager sur un chemin que beaucoup vont encore voir comme “hors norme”.

Raison de plus pour que tous les professionnels de l’éducation adoptent clairement une attitude cohérente avec la législation, la loi sociale énoncée, pour aider les parents pour lesquels ce cap reste souvent difficile à franchir…

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Tout pour l’enfant

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 11, 2008 Under Questions

La rubrique Actualité Droits du Télémoustique de cette semaine traite d’une question bien intéressante: qui est le père?

“C’est ainsi qu’un jugement du tribunal de la jeunesse fait actuellement l’objet d’un appel de la part d’un demandeur originaire, père biologique d’un enfant né quelques années plus tôt dans le cadre d’une liaison extraconjugale. Du fait de cette liaison, il avait déjà quitté son épouse. Sa maîtresse avait tardé à en faire de même de son côté, puis s’était réconciliée finalement avec son époux. Elle avait alors décidé de garder l’enfant et de l’élever comme le leur… au grand dam du père biologique! Se sentant lésé de cette paternité, celui-ci a, dès avant la naissance, lancé des procédures pour voir reconnaître le lien de filiation biologique et les droits corrélatifs (éducation, visites…) à l’égard de cet enfant qu’il n’a jamais vu.

Le tribunal a débouté le demandeur en considérant que l’intérêt de l’enfant l’emporte sur celui du père biologique et interdit d’imposer à l’enfant, aussi longtemps qu’il n’en ressent pas le besoin et qu’il n’en exprime pas la demande, des contacts qui seraient de nature à déstabiliser sa relation avec ses parents légaux…”

Qu’en pensez-vous?

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Du contrat égalitaire

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 4, 2008 Under Chroniques

La dernière page du Monde de l’Education est chaque mois consacrée à une interview sur le thème de « Mon école ». En septembre, c’est Laurent Cantet, réalisateur du film « Entre les murs » qui est sur la sellette.

Il y parle de ses parents, tous deux enseignants : « Ils étaient également engagés du point de vue pédagogique, proches de l’Ecole moderne (de Célestin Freinet), développant une approche participative de l’enseignement. Comme beaucoup d’enseignants, ils remettaient toujours en questions leurs pratiques. C’est ce qui me plaît encore chez les profs. Des gens qui ont les mains dans le cambouis, confrontés à des situations face auxquelles il faut réagir au quart de tour en prenant en compte les données très diverses d’une classe, tout en gardant en même temps du recul sur ce qu’il sont en train de faire ! Ça, je l’ai senti très tôt chez mes parents.

D’une certaine manière, mon film rend justice à cet état d’esprit, et à une certaine façon de penser l’école comme un endroit où on n’est pas juste là pour apprendre des règles de grammaire, mais aussi devenir des citoyens lucides. L’école, c’est l’endroit où j’ai appris à penser et développé la curiosité de comprendre. D’ailleurs, le film montre que, même si on a le sentiment qu’aucun travail n’y est accompli, l’intelligence y est en jeu, stimulée par le prof. Et ce, à travers une sorte de contrat égalitaire, grâce auquel, je pense, peuvent se communiquer les choses les plus importantes. »

La citation est longue, mais elle résume l’ambiguïté du film tournant autour du « contrat égalitaire ». Et c’est sans doute une des notions fondamentales au sujet de laquelle l’Education nouvelle, l’Ecole moderne, n’a pas été suffisamment claire : écouter la parole d’un élève en considérant a priori qu’elle a de la valeur, qu’elle peut être un moteur pour apprendre (que ce soit dans le domaine des savoirs ou dans celui de la socialisation) ne revient pas à la considérer comme « égale » à celle de l’adulte.

Comme prof de maths, j’avais l’habitude de leur faire remarquer à quel point le signe « égal » a une valeur forte : sur l’infinité des nombres existants, un seul est égal à lui-même.

On n’ira pas jusqu’à confondre les significations mathématiques et usuelles du concept d’égalité mais il y a un lien !

L’adulte se trouve sans cesse à l’interface entre la parole de l’enfant, de l’adolescent et la représentation du monde qu’il assume en tant qu’éducateur, introduisant à la communauté humaine. A l’école, cet espace de médiation est principalement occupé par les savoirs, pas les règles de grammaires ou les résolutions d’équations (mais aussi, parfois) mais par tous les savoirs qu’il faut approcher pour s’y retrouver comme un homme ou une femme qui ne subit pas le monde.

Car aujourd’hui plus que jamais, il y a des choix pédagogiques qui relèvent de l’idéologie : dire que les enfants sont à l’école pour comprendre et appliquer ne relève pas du même objectif que d’affirmer qu’ils sont là pour apprendre à penser et développer leur curiosité du monde. Aux premiers, les programmes axés sur les règles de grammaire et la maîtrise du calcul. Aux second, les programmes ancrés dans l’observation et les sciences (ce qui nécessite aussi l’apprentissage de la langue), guidés par l’enseignant qui n’est jamais un égal, même s’il écoute ce qui vient des élèves avec attention. Celui-là a une longueur d’avance sur ceux-ci et cette asymétrie doit être assumée. Le contrat ne sera donc jamais égalitaire, il misera simplement sur le fait que chacun, par le travail, va construire de la pensée, des liens entre ce qu’il connait déjà, l’enseignant étant le garant de ce chemin qu’il va parcourir avec les élèves avec toutes ses compétences acquises, tant en ce qui concerne les savoirs relatifs au monde (les sciences de la vie et de la terre, la langue maternelle, …) que ceux se rapportant au développement de l’enfant.

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