On se représente souvent les années 70 comme un happening permanent, plein de joie, de bonheur et d’insouciance. La réalité est parfois loin de ce mythe!
Prenons par exemple, le regard sur l’homosexualité. Se rend-on bien compte aujourd’hui de la manière dont étaient regardés les homosexuel(le)s il y a moins de 40 ans? Une émission publique de Menie Grégoire le 10 mars 1971 peut être considérée comme un des actes fondateurs du mouvement homosexuel français (pour rappel, la dépénalisation de l’homosexualité date de 1972 en Belgique et de 1982 (!) en France), la transcription complète en est ici. Extraits choisis:
“Le psychanalyste: Je prendrais la même position que vous, tout au moins c’est ce que l’expérience m’a montré, à savoir que quand un homme est homosexuel, et qu’il adoptait un rôle féminin, c’est généralement que sa virilité, sa masculinité, ne s’est pas développée.(…) Ce n’est pas parce que j’ai dit que l’homosexualité est un accident et même, dans une certaine mesure, un accident regrettable, que je considère que, tant que l’individu est dans une situation d’homosexualité, il ne doit pas vivre sa vie le mieux possible… (…)Dans la plupart des cas, on peut dire que l’homosexualité est un accident et que normalement elle se résoudra. (Agitation dans la salle).
Menie Grégoire: Autrement dit, il y a des cas où elle est réversible, même pris très jeune?
Le psychanalyste: Très rarement irréversible, oui, absolument. (…)”
Ainsi donc, en 1971, l’homosexualité est rangée du côté de ce que l’on appellerait aujourd’hui “troubles du développement” à traiter dès que possible.
On se doute qu’un adolescent qui se découvrait une attirance vers des personnes du même sexe, cherchait à se étouffer en lui les pulsions qu’il ressentait abord et à les cacher aux autres, ne les admettant sans doute pas comme telles.
C’est ainsi qu’aujourd’hui encore des hommes se découvrent ou plutôt se reconnaissent comme homosexuels alors qu’ils sont père de famille, parfois de grands enfants. Avec toutes les blessures que cela peut provoquer chez leur compagne et/ou chez leurs enfants: toutes les séparations sont difficiles à “réussir”, mais ce type-là encore plus que d’autres.
Invitée il y a quelques mois à un mariage homosexuel, je ne comprenais pas bien pourquoi un couple (d’hommes en l’occurrence, aucun lien avec la photo ci-contre) avait à ce point besoin de cet acte social pour exister.
Sur place, j’ai compris (ce qui est pourtant une évidence) qu’en fait, ce désir était le même, quel que soit le type de couple que l’on forme, il dépend simplement des personnes qui le composent.
De plus, j’ai compris aussi, que la reconnaissance sociale que représente le mariage homosexuel avait des répercussions sociales bien plus profondes qu’on ne l’imaginait.
D’abord, il forçait certains, par amitié envers des personnes impliquées, à sortir du conformisme dans lequel ils étaient encore englués et on peut le comprendre quand on lit en entier le texte dont je vous ai extrait quelques passages.
Ensuite, et là on en arrive aux questions d’éducation, l’acceptation sociale de l’homosexualité comme un lien amoureux semblable aux autres, permet, je crois, à des adolescents de reconnaître et d’accepter en eux leur identité sexuelle dès qu’elle se confirme, c’est-à-dire dans la deuxième partie de l’adolescence. Ce n’est pas toujours simple, ni sans soubresaut. Le fait que le jeune puisse être accepté comme il est, sans jugement de valeur, de la part des parents, des enseignants est d’une importance capitale. Ce n’est déjà pas si facile de s’engager sur un chemin que beaucoup vont encore voir comme “hors norme”.
Raison de plus pour que tous les professionnels de l’éducation adoptent clairement une attitude cohérente avec la législation, la loi sociale énoncée, pour aider les parents pour lesquels ce cap reste souvent difficile à franchir…