Yelle et TTC, filles et garçons
Posted by Françoise Guillaume on Samedi nov 29, 2008 Under ChroniquesJe vous invite aujourd’hui à entrer dans l’univers d’une jeune chanteuse d’origine bretonne qui recueille le plus grand succès auprès des ados. Je vous propose la version sous-titrée (ou karaoké plus précisément) pour que vous puissiez apprécier le contenu. Une version où l’univers visuel, gestuel et vestimentaire de l’artiste est plus visible ici.
Saisissant, isn’t it?
Pour connaître la genèse de l’histoire, quelques clics ont suffit pour comprendre que le Cuizinier cité en premier lieu est un chanteur de rap d’un groupe s’appelant TTC et qui avait composé une chanson particulièrement mysogyne. Yelle a donc répondu! Voici l’oeuvre, sous-titrée elle aussi.
Après avoir fait fi d’un certain écoeurement provoqué par tant de platitudes, quelques commentaires viennent à l’esprit.
D’abord, la question fondamentale (mais totalement non résolue) de savoir comment les jeunes peuvent se construire comme êtres sexués dans un bain permanent d’hypersexualité. Ici, on en a une des images les plus extrêmes mais elle n’est jamais que le reflet d’une ambiance sociale généralisée: les affiches géantes à hauteur d’yeux sur les abribus représentant des femmes en lingerie fine hyper sexy, les pubs télévisées pour les rencontres de type plus ou moins sexuel sur toutes les chaînes de télés privées: nous baignons tous dans un contexte de sexualité exacerbée et extra-ordinaire, tout le temps.
Les adultes qui ont pu (pas tous, mais c’est un autre sujet) se forger une expérience de la relation amoureuse et sexuelle dans un climat plus neutre, ne sont sans doute pas conscients de l’effet (évidemment non dit) de cette atmosphère générale sur les jeunes. Il faudra certainement une ou deux générations d’ados devenus adultes pour qu’on en mesure toutes les conséquences.
Et puis, il y a ce terrifiant constat: le regard sur les filles a régressé depuis 30-40 ans. Ce n’est pas que le statut de la femme n’ait pas notablement et globalement évolué dans la société, c’est qu’il y a une frange irréductible de jeunes hommes qui croient ne pouvoir s’affirmer qu’en dominant les filles, en les considérant comme des êtres inférieurs, comme des objets sexuels ou, à l’inverse, comme des êtres incapables (ou à qui il est défendu) de choisir leurs partenaires.
La lecture d’un “guide du respect“, récemment paru, glace la cinquantenaire que je suis: si, il y a trente ans, on m’avait dit qu’il serait encore nécessaire d’écrire cela en 2008… C’est à en désespérer du progrès du monde… Et pourtant, ce n’est pas dans le genre (le fait qu’ils soient des mâles) qu’il faut chercher la cause principale à ce terrible recul.
Dans une société où les marginaux sont de plus en plus marginalisés (accès à l’emploi, mobilité géographique, possibilité de logement,…), où la loi du plus fort prévaut partout, comment s’étonner que les garçons s’arrogent le droit de dominer celles sur lesquelles ils peuvent encore se prévaloir d’un pouvoir, ne fût-ce que celui de la force physique.
Ce n’est qu’en ne laissant rien passer de ce type d’attitude dans tous les lieux éducatifs que l’on peut sortir, peu à peu, de ce type d’impasse. A coup de détermination et de courage… En espérant que ça marche!
P.S. Si vous allez voir le clip original de Yelle pour lequel j’ai pointé un lien ci-dessus, vous verrez que le look et la gestuelle n’ont rien à voir avec le hasard: elle a été habillée et relookée par Castelbajac, la chorégraphie est mi-enfantine, mi-lascive. Un savant dosage pour plaire à un maximum d’ados moyennes et entretenir un business rentable!

