La maman, le fils et le forfait
Posted by Françoise Guillaume on Samedi déc 20, 2008 Under ChroniquesC’est encore sur une pub que je vais m’appuyer pour cette dernière chronique de l’année. Non que je croie que la pub soit oeuvre d’art ou reflet réaliste de la vie. Simplement, pour atteindre son but, vendre, elle doit appuyer sur des points névralgiques, ceux qui font écho dans des coins non rationnels tapis au profond de chacun, ceux qui libèrent les pulsions, en particulier celle d’acheter. Elle est donc révélatrice d’aspects souvents non dits de nos sociétés.
Deux pubs donc, du même annonceur, diffusées successivement ( à ma connaissance, relativement limitée!).
La première fois que je l’ai vue, j’ai été étonnée, stupéfaite même de la violence de la situation. C’est une scène caractéristique d’un film d’action, transposée à la cuisine familiale, inversée dans les rôles attendus…
Et puis, à la réflexion, les évocations sont remontées: combien de parents sont excédés de devoir limiter, jour après jour, heure après heure, l’usage du GSM ou de l’ordinateur portable de leur ados pour pouvoir laisser une place raisonnable à la vie de famille et/ou aux activités scolaires? Cette petite pub inoffensive, c’est, finalement, une petit moment de jubilation pour la maman (c’est sans doute bien intentionnellement que l’on a choisi la maman: le papa, cela aurait pu faire trop “vrai”, trop d’interférences avec les violences intra-familiales dont on parle tellement…)
Et pour l’ado alors? Sur quel bouton inconscient cette pub appuie-t-elle? Sans doute, sur le besoin (non reconnu, évidemment) de ressentir le côté rassurant, contenant de la limite. Ce qui fait écho au fait que le forfait proposé soit bloqué… Evidemment, les ados n’ont aucune envie que leur mère les traite de cette manière. Mais les publicitaires savent qu’ils sont tout à fait à même, bien entraînés qu’ils sont, de recevoir les images au second degré. Ce qui n’empêche pas le message de percoler vers des strates moins élaborées…
Cette pub est passée pendant un temps relativement court (toujours avec les mêmes réserves sur l’étendue de mon champ de connaissance à ce propos). Sans doute trop choquante pour les parents et donc contre-productive puisque le consensus entre parents et enfants optimise certainement la portée d’une pub!
La deuxième, par contre, est toujours diffusée à ce jour:
Ici, on est dans une situation décalée. La mère est toujours furieuse, mais “raisonnablement furieuse”. C’est une engueulade bien sentie à un grand gamin, sauf que ce n’est pas son fils!
Là encore, la mère peut s’identifier dans le caractère débordant du parent qui “pète les plombs” mais qui le regrette et se trouve un peu coupable et désarçonné quand il revient vers une réalité, ici redite par l’infirmière.
Et le message vers l’ado est plus subtil: oui, les parents peuvent redire la limite, oui, c’est légitime et rassurant… Mais c’est encore plus confortable quand c’est à d’autres qu’ils la disent et quand ils sont là pour vous câliner après, comme la mère qui gratouille le pied de son fils immobilisé. Les deux ados allongés dans deux lits côte à côte, c’est en fait les deux visages du même ado qui doit assumer les risques qu’il a pris…
Plus généralement, il faudra quelques années, semées d’embuches et de moments pas faciles, pour intégrer dans l’éducation, de manière claire et cohérente, l’hypercommunication dans laquelle baigne irréversiblement la société contemporaine.
Là aussi, ce n’est que par des échanges d’expériences, par de la réflexion collective que se construiront des repères qui aideront à baliser les négociations permanentes épuisantes ou les oukases définitifs tout aussi improductifs.
Une petite idée pour commencer: une étagère à GSM et ordinateur portable dans un endroit commun de la maison avec un code (espace et temps) élaboré conjointement avec les ados (ce qui ne veut pas dire édicté par les ados, ni construit symétriquement par les ados et les parents, ceux-ci restant les éducateurs) dès que le problème commence à se poser…
P.S. En bonus, une dernière pub du même opérateur qu’il faudrait analyser à un tel degré que je ne connais pas d’échelle suffisamment haute pour y arriver!
Bonne fin d’année à tous, profitez des quelques moments de liberté pour laisser un de ces commentaires qui manquent tellement et rendez-vous après la trêve des confiseurs…

Et pourtant, j’ai quand même demandé à l’éducateur (qui est un as du Net et de l’ordinateur en général) de lui expliquer le B-A-BA de l’utilisation de cet espace public.Parce que je crois que des parents sont dépassés par certains problèmes qui se présentent à eux (je ne connais pas cette maman personnellement!) et cherchent de l’aide où ils peuvent…
L’image ci-contre est significative: elle représente de manière stylisée un homme jeune, visiblement introverti, qu’on peut imaginer solitaire. Le conseil: inscris-toi sur Facebook, tu auras la vie sociale dont tu rêves!