File dans ta chambre!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 25, 2009 Under Chroniques

Une firme commerciale spécialisée en matière de sécurité de contenu Internet a commandé une enquête, réalisée en France le mois dernier, sur l’utilisation d’Internet dans les familles et chez les jeunes en particulier. La présentation complète, communiquée par l’entreprise est ici. Plusieurs résultats sont frappants, j’en aborderai un aujourd’hui. L’enfant surfe sur Internet seul dans sa chambre, dans un cas sur trois et même presque dans un cas sur deux chez les jeunes parents (de 25 à 34 ans).

Au-delà du fait que l’on peut se demander combien de parents de 24 à 34 ans ont déjà des enfants de 9 ans (!), rappelons d’abord que Serge Tisseron, psychiâtre spécialiste des questions TV, Internet, jeux vidéos (il n’est absolument pas contre leur usage!), fixe trois âges: pas de TV en-dessous de trois ans, d’ordinateur en-dessous de 6, d’accès Internet en-dessous de 9! C’est un peu carré, mais c’est argumenté (voir cette rubrique). Pour ceux qui sont vraiment intéressés par ces questions, je vous conseille vraiment de prendre le temps de regarder l’enregistrement d’une conférence organisée avec S.Tisseron par YAPAKA: c’est ici, c’est long mais cela vaut la peine de regarder jusqu’au bout, y compris les questions/réponses.

Dans ce cas-ci comme dans d’autre similaires, il est inutile de croire qu’il faut laisser les enfants tout jeunes aller sur le Net, avec l’argument qu’ils doivent se familiariser très jeunes avec un outil incontournable du monde contemporain. Certes, Internet fait partie de l’éducation d’aujourd’hui, mais à heure et temps…

Les technologies nouvelles demandent toujours quelques années avant que leur usage ne se stabilise. Je suis convaincue que l’accord éducatif, dans dix ans, sera de ne pas laisser l’ordinateur dans la chambre de l’enfant! Non que l’ado, par exemple, ait nécessairement besoin d’être surveillé de près quand il est sur le Net (il a même besoin de savoir que les parents ne vont pas toujours aller lire ce qu’il écrit par dessus son épaule!) mais quand la connection est possible dans la chambre, c’est le temps passé sur le Net qui n’est plus contrôlable.

Certains restent éveillés jusqu’au milieu de la nuit, voire se relèvent quand les parents dorment pour continuer à surfer, à jouer en ligne, à communiquer via les messageries instantanées. C’est une tentation tout à fait compréhensible: la volonté de découvrir le monde (avec ou sans relation sociale) agit comme un puissant aspirateur dont il est bien difficile de se dégager. Le rôle des parents est ici primordial: c’est depuis qu’il est petit jusqu’à la fin de l’adolescence qu’ils doivent jouer un rôle contenant: ce n’est pas une question de confiance, là ne se place pas la confiance!

La chambre, le soir, c’est l’endroit du retour sur soi, du repos et du calme, retiré de l’agitation et de la fascination du monde infini qui s’offre au travers de l’écran…

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Maman a dit que je peux!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 18, 2009 Under Questions

Comment interprétez-vous la mimique des acteurs succesifs qui répondent à l’enfant?

Et le choix du jeune enfant qui joue le rôle principal?

Bonus: Dans un genre similaire, l’autre jour, je trouve sur ma voiture, dans le parking d’un centre commercial, un carton déposé sur le pare-brise avec un mot, qu’on dirait avoir été écrit par une enfant (page de cahier ligné, écriture enfantine, signé Marie, suivi d’une petite fleur). Par curiosité, j’ai été voir sur le site indiqué et j’ai trouvé ceci. Comme quoi, l’enfant incitateur d’achats a encore de beaux jours devant lui!

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Violence dans les écoles (3)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 11, 2009 Under Chroniques

J’éprouve toujours un malaise quand on parle de violence à l’école : à part les violences physiques claires (coups, bagarres,…), il y a les violences verbales (insultes, moqueries méchantes et répétées,…). Déjà, l’assimilation de l’un et de l’autre m’a toujours semblé injustifiée. Ne dit-on pas à un enfant ou un ados qui agresse physiquement qu’il y a toujours les mots pour dire ce qui vous blesse, escamotant un peu hypocritement que les mots peuvent faire aussi mal que les coups. Une lecture (Harcèlements à l’école, N.Catheline, Albin Michel, 2008) m’a offert un autre éclairage…

« Une recherche comparative passionnante a été menée au début des années 2000 dans 14 pays (dont la France) afin d’étudier la façon dont ces violences étaient nommées, la variété des formes d’intimidation ou de harcèlement et surtout les représentations qui y sont attachées. La recherche a consisté à montrer à des enfants (…8 et 14 ans…) des dessins représentant toutes sortes de situations de violence entre élèves (un grand attaque un petit, deux garçons empêchent un troisième de jouer avec eux, un enfant en insulte un autre, etc.) à l’exception de deux ou trois dessins qui représentaient des situations accidentelles. Les chercheurs avaient préalablement constitué des listes de termes choisis dans les dictionnaires et les études nationales sur le sujet susceptibles de caractériser ces situations. Ensuite, ils ont testé ces termes auprès d’un échantillon d’élèves pour voir quels étaient les mots qui leur venaient le plus souvent dans la bouche des enfants. La France faisait exception dans ce panel. En effet, là où la Grande-Bretagne emploie six termes différents (…), le Portugal également six, là où tous les autres pays proposent au moins trois ou quatre synonymes, la France n’a qu’un terme généralement admis, celui de « violence », assorti de qualificatifs (directe ou indirecte). L’étude s’est limitée à savoir si les enfants jugeaient tel acte violent ou non, telle violence physique ou verbale, etc. »

Je ne sais pas qui sont ces chercheurs, ni pourquoi ils ont choisi d’ignorer que la violence entre enfants et adolescents se déclinent sous une infinité de forme et que la langue française ne manque pas de subtilité pour les circonscrire. Peut-être parce qu’ils ont estimé que ce n’était pas si important que cela et que ce n’est pas dans la désignation des actes que devaient se choisir les mots.

Car l’essentiel, c’est la place de la mise en mot d’un acte particulier de « violence » (reprenons ce mot générique large) entre enfants, quand il est porté à la connaissance de l’adulte. Oui, il y a de nombreux cas où les enfants n’ont pas suffisamment confiance dans l’intérêt que les adultes leur portent (comme personne et pas comme élève) et hésitent à venir le trouver dès qu’ils se sentent en réelle souffrance, tout simplement parce que l’adulte trouvera que ces actes font partie de la régulation normale des relations entre enfants.

Et pourtant, non, tout acte ressenti comme agressif par l’enfant doit faire l’objet d’une mise en mot qui redise le plus précisément possible, de la manière la plus adaptée à la situation où est la Loi des hommes : du côté de la bienveillance et de la solidarité et pas de la force, de la compétition ou du faire-valoir. Pour redire aussi que, dans les questions de relations régulières (quand on se voit tous les jours, toutes les semaines), il y a toujours de la responsabilité des deux protagonistes quand la relation se passe mal, souvent très inégalement partagée, mais partagée.

Renforcer celui qui est agressé, limiter (en sanctionnant parfois) celui qui agresse, écouter chacun des deux en insistant sur la part active de chacun, même quand il y a un geste posé ou une parole dite, là est l’œuvre permanente de l’éducation. Et l’école ne peut pas se dédouaner ou minimiser la part qu’elle a dans cette régulation sociale.

La plupart des enfants, beaucoup de parents et même des éducateurs ou enseignants, croient que s’ils interviennent, cela envenimera encore plus les relations entre enfants. C’est peut-être vrai à partir d’un certain âge ou dans certains endroits très limités où, hors de l’école, s’est construite une vie sociale totalement parallèle à celle de l’école.

On pense évidemment à l’école de Entre les murs dont on a parlé ici, ou (la même) de La journée de la jupe, l’objet d’un commentaire (le 3 avril), qui donnent une même image de l’école (même si les adultes y jouent des rôles radicalement différents), image qui biaise tout discours sur l’école, voire toute attitude envers l’école.

Je crois évidemment que toutes les écoles ne sont pas à pied d’égalité pour traiter les questions de violences qui se passent dans ou aux alentours de leurs murs. Mais même si on ne peut tout voir ou régler tout , il est capital de se montrer déterminé à traiter un maximum de cas, quel que soit le membre du personnel de l’école qui agit comme représentant de l’institution.

Le simple fait de marquer la limite (éventuellement en prenant une sanction si l’acte est grave ou si on a déjà prévenu lors d’un acte précédent) ramène l’enfant ou le jeune adolescent vers des terrains plus calmes. Il y aura bien, parfois, des mots de menace ou des attitudes de vengeance mais, si l’éducateur a clairement prévenu qu’elles ne seraient pas passées sous silence, elles sont rares et fugaces. Plus pour le principe d’avoir le dernier mot que pour la réalité.

Evidemment, c’est une posture de tous les instants de la vie d’éducateur mais elle vaut vraiment la peine de l’énergie qu’elle sollicite. On disait bien ici que l’école avait changé…

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Père à 13 ans, mère à 15 ans?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 4, 2009 Under Chroniques

Vous avez certainement vu cette image saisissante d’un couple d’enfants devenus parents, en Angleterre. Elle a 15 ans, lui 13. Le voyant lui, en particulier, on se dit: “il y a un problème!”

Grâce à cette affaire (mais aussi grâce à celle de la mort en direct de Jade Goody), la fréquentation du site en ligne du journal “The Sun” a explosé (voir ici, remarquez l’humeur britannique du lecteur aux pieds maculés de boue noir, absorbé par son journal);

Le père a commencé à monnayer cet intérêt médiatique (40.000 euros pour la vidéo au Sun, 57.000 pour le sujet sur la chaîne Channel 4). Sommée par la juge des enfants, la presse avait bien prévu une limite à cette intrusion dans la vie privée des enfants: le test ADN serait tenu secret (site du Daily Mirror)

Capture d'écran du site du Daily Mirror

Source: site Le Post

Mais la tentation était trop forte et le Daily Mirror de ce 26 mars consacrait encore une page entière à la question: Alfie n’est pas le père de l’enfant.

Au-delà du retentissement hallucinant que peuvent donner les médias à des questions privées, du trafic d’argent qui s’ensuit (ce qui n’est pas dans le propos ici), il y a un autre élément troublant: pourquoi des adolescents souhaitent-ils devenir parents?

Le phénomène consterne tous les professionnels qui remarquent que, quelle que soit l’information dont disposent les adolescents à propos de la contraception, de la pilule du lendemain, voire de l’avortement, un certain nombre d ‘entre elles (car la décision revient de fait souvent à la fille) souhaitent vraiment devenir mère alors qu’elles sont elles-mêmes à peine sorties de l’enfance.

Il faut y voir, à mon avis, une volonté de devenir adulte à part entière, d’être considérée comme telle de manière définitive dans une société qui accepte de plus en plus les adolescents comme adolescents.

Prenons un autre exemple qui semble à mille lieues: un mère d’une adolescente de 17 ans me téléphone, sa fille est en voyage scolaire et pendant le voyage de nuit en train, on a volé Ipod et GSM. Après recherche de quelques informations, je comprends que les filles n’ont pas fermé la porte du compartiment à clé et que s’y introduire était donc facile.

“Votre fille n’a jamais voyagé sans vous, Madame?”

“Si, mais vous savez bien, ce sont des adolescents. Je trouve vraiment que les enseignants n’ont pas rempli leur tâche, ils devaient se relayer dans le couloir pendant toute la nuit pour voir si les élèves respectaient les règles qu’ils avaient données”.

L’idée n’est pas d’épingler cette dame en particulier qui était, en fait, morte d’angoisse à l’idée de ce qui pouvait arriver à sa fille. Simplement, je remarque que le commun des mortels accepte l’idée qu’être adolescent prime sur toute autre considération, à commencer par celle que, au fur et à mesure que l’on grandit, on doit avoir de plus en plus de plomb dans la cervelle.

D’une certaine manière, on assigne ainsi les adolescents à une place de non-responsabilité, de rébellion envers et contre tout, place qui, certainement, ne convient pas à tous. Alors le meilleur moyen de ne pas se laisser imposer une place sociale, c’est d’en prendre une autre, radicalement différente, c’est-à-dire, ici, celle de parents.

Et puis, l’image de la maternité qui s’impose est celle du bonheur, de l’épanouissement, de la réalisation de soi (même si la réalité est souvent moins enchanteresse) que les adolescentes peuvent aussi avoir l’impression de sortir d’une situation qu’elles ressentent comme négative pour entrer dans un statut qu’elles pressentent comme plus positif, plus valorisant.

La réalité se charge parfois durement de leur montrer qu’entre le rêve des publicitaires et la réalité du quotidien, il y a parfois un gouffre! Et, c’est des ados qui s’y précipitent… Cela ne peut pas nous laisser indifférents…

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