Enfants d’ici, enfants d’ailleurs

Posted by Françoise Guillaume on Samedi août 29, 2009 Under Chroniques

En cette fin d’été, souvenirs de voyage…

J’ai vu un enfant d’environ 5 ans passer 9h dans un bus, sans jouet, sans occupation particulière mais avec l’attention constante de son père dont il partageait le siège. Pas un cri, pas un pleur mais une immense impression de calme que l’on ressent souvent en Indonésie, même dans de très grands rassemblements… Et je me suis dit: l’attitude générale des adultes dans un groupe mais aussi le regard social sur l’enfance peuvent donc, à ce point, modifier le comportement des enfants!

J’ai vu une petite fille, curieuse de voir mais rendue prudente par des bruits inconnus, sortir prudemment la tête tout en restant derrière la porte qui la protégeait (au Nord du Vietnam, 2004). Et j’ai pensé: tous les enfants ont cette soif de connaître le monde, de se rendre compte par eux-mêmes de se qui s’y passe…

J’ai vu un garçon blond d’environ 12 ans qui portait une caisse de sachets de “nouilles-minutes” qu’il distribuait à des porteurs de soufre qui  parcourent tous les jours 11 km pour remonter puis redescendre les blocs de soufre (70 à 80 kg!)  jaillis du cratère et transportés à dos d’homme (Kawa Ijen à Java). Et j’ai intérieurement tempêté: comment mieux inculquer à un enfant occidental la bonne conscience paternaliste, à bas coût?

J’ai vu deux gamins jouer à tapoter un buffle mort qui venait d’être égorgé dans une de ces nombreuses cérémonies de funérailles mi chrétiennes, mi-païennes, telle qu’elles sont encore assidument pratiquées en pays Toraja sur l’île de Sulawesi (il faut nourrir la terre pour qu’elle nourrisse le mort). Et j’ai constaté que, partout dans le monde, à condition que les adultes le trouvent acceptable, les enfants jouent avec tout ce qui les entoure.

Le regard sur l’enfance est, s’il fallait encore le dire, totalement du côté de la culture avec quelques traces, infimes et vite recouvertes, de nature.

Et puis, nous, comme Occidentaux, nous regardons l’enfant comme un sujet en soi mais finalement pas de manière si humaniste qu’on veut le croire car ce sujet,  il devra s’insérer dans une société où la productivité est devenue vitale, où il faut agir tout le temps et vite… Nous avons tellement bien réussi à agiter le miroir aux alouettes face au reste du monde qu’il ne reste (presque) plus personne pour croire qu’on a peut-être été trop loin, qu’on a cru que cette évolution n’était que progrès alors qu’elle est aussi perte.

Petites réflexions avant d’être à nouveau plongée dans le quotidien,…

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