Internet remplace l’école? (1)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 30, 2010 Under Questions, Une touche d'optimisme

Dans vos commentaires, j’ai découvert, via un article en français, une initiative passionnante: Hole in the wall, trou dans le mur!

Il s’agit d’une association indienne Hole in the Wall Education Ltd (Hiwel) qui défend, met en oeuvre et étudie scientifiquement une pratique pédagogique originale.

En particulier, le concept (développé ici) d’”éducation envahissant au minimum” ainsi défini:   “Minimally Invasive Education is defined as a pedagogic method that uses the learning environment to generate an adequate level of motivation to induce learning in groups of children, with minimal, or no, intervention by a teacher.”

Après avoir exploré un peu ces pages, qu’en pensez vous?

P.S. Contrairement aux habitudes de la rubrique “questions”, je proposerai mes réflexions, à partir des vôtres, la semaine prochaine.

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“Elle est allée sur le profil Facebook de son fils”

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 23, 2010 Under Chroniques

Le  contre-pied de la situation décrite la semaine dernière où un père demandait des conseils et des techniques pour contrôler l’accès aux jeux en ligne pour son fils.

L’Actu vue par les Ados : Un pédophile piégé sur Internet

Moment-clef:

“Qu’est-ce que tu penses de l’attitude de la mère qui est allée sur le site de son fils?”

“Cest un peu “ruic” (?) mais c’est malin” (quelqu’un peut-il traduire “ruic”, même si on comprend le sens global?)

Deux attitudes différentes, sur lesquelles le but n’est pas de prendre position…

Mais deux preuve que la société actuelle, dans sa structure,  laisse les parents bien seuls pour agir au quotidien!

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Contrôle parental sur Internet

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 16, 2010 Under Questions

La semaine dernière, je posais la question: “Pourquoi les pouvoirs publics imposent-ils des lois en se voilant la face sur les moyens qu’il faudra mettre en oeuvre pour la faire respecter dans TOUS les medias?”, en parlant clairement de la question de l’accès des enfants et des jeunes sur Internet pour y voir des images bien plus choquantes que les photos de Larry Clarck.

Il y a une réponse simple à cette question: mais les pouvoirs publics ont agi. Depuis 2004, les fournisseurs d’accès sont obligés de procurer un logiciel de contrôle d’accès parental avec tout abonnement (je ne sais pas si une contrainte équivalente existe en Belgique). La preuve que ça marche, regardez:


Le contrôle parental sur internet
envoyé par travail-solidarite

La preuve que cela ne marche pas! Voici un extrait d’une discussion de forum d’un jeu en ligne (pour la version complète, voir ici, attention, il y a 3 pages)

“Mon fils a découvert l’univers merveilleux de RoM il y a 2 jours. Depuis, il ne parle plus que de ça, de monstres, d’expériences, de niveaux, d’exploration, et : “T’as vu, y’a ceci” et “ohh, on peut faire cela”. Bref, il adore, ce qui est somme toutes normal.

Le problème, c’est qu’il commence à devenir dépendant. Vous allez me dire : En deux jours, est-ce que je ne dramatise pas? Mais je vous répondrais que non, car j’ai eu exactement le même problème avec Dofus. Il y passait ses journées, ne parlait que de ça, ne pensait qu’à ça. En contre-partie, ses résultats scolaires dégringolaient et il devenait extrêmement désagréable quand il s’agissait d’accomplir une tâche ménagère qui allait le décoller 5 minutes de son écran, ou pire encore, lorsqu’il fallait aller dormir.

Ce cinéma a duré pendant plusieurs mois. Sa mère et moi avons d’abord essayé de limiter l’accès à l’ordinateur, mais il se levait en pleine nuit pour jouer. Pour finir, j’ai désinstallé le jeu avec interdiction formelle de le réinstaller, et après une période difficile de sevrage (c’est là que ça fait peur, car on aurait vraiment dit un drogué en manque (se mutilait, se balançait d’avant en arrière comme un autiste, restait prostré)), il est redevenu à peu près normal.

Je n’ai pas forcément envie que tous les efforts faits avec ce jeu diabolique soient réduits à néant avec un jeu similaire. D’un autre côté, je ne veux pas non plus l’empêcher de s’amuser de temps en temps, du moment que ça ne devienne pas une obsession et qu’il ait des résultats scolaires satisfaisants.

Qu’il dépense son argent de poche dans les jeux en ligne, ma foi, c’est son problème, il en fait ce qu’il veut (plus ou moins). Mais de là à se forger un avenir de chômeur sans diplôme, là je dis non.

Dofus ne prévoyait rien du tout pour aider les parents, ils ont perdu un client payant.

J’aimerais beaucoup que RoM m’aide en instaurant un contrôle parental (plus un restricteur qu’un simple contrôle, en fait) qui me permettrait de limiter le temps de jeu et les moments où il peut se connecter (par exemple, pas entre minuit et 8h du matin).

Bien sûr, il m’incombe de faire l’éducation de mes enfants, et j’estime avoir rempli ce rôle en lui interdisant complètement l’utilisation de Dofus. Mais je pense qu’il accepterait plus facilement une contrainte venant du site lui-même que de ses parents, contre qui il entre dans sa phase de rébellion.

Nous en avons discuté, car même s’il est en pré-adolescence, le dialogue n’est pas encore rompu, mais le problème est qu’il ne se rend pas compte qu’il retombe dans les mêmes pièges, tout comme un drogué dirait “Bah, j’ai sû m’arrêter, je vais juste reprendre une petite dose et après j’arrête”

J’espère que vous aller pouvoir m’aider, ainsi que, je pense, de nombreux parents dans ce cas.

Merci.”

Plus loin, après quelques propositions techniques, un “mentor”, sorte de modérateur du forum de jeu, si j’ai bien compris, répond:

Nous comprenons tes craintes VavelVavel. Les jeux en ligne peuvent avoir ce genre de mauvaise réputation de rendre accro.
Mais je dirais que cela dépend uniquement de la personne.
Ton fils s’est-il rendu compte de sa dépendance à Dofus? Si oui cela devrait l’aider à ne pas refaire la même erreur avec RoM.
Je pense qu’un dialogue posé et cordial sera le plus efficace, dis-lui qu’il est autorisé à jouer la journée (pas la nuit bien sûr), du moment que ses devoirs sont faits et que ses résultats scolaires ne chutent pas. Il faudrait aussi qu’il accepte les quelques tâches ménagères que tu lui demandes et arrêtes quand tu lui demandes (pour venir à table, aller se laver) sans qu’il fasse tout un foin.
En lui demandant convenablement, il serait bête de sa part de refuser je trouve.
Ainsi une relation saine se créera entre le jeu et la vie de famille.

C’est la meilleure solution à mon sens.”

Il est soutenu par d’autres forumeurs, certains autres continuant de proposer des solutions techniques.

A la fin de la p.2, le père a trouvé une solution et commente, p.3:

“Bien sûr, mais disons qu’au moins, j’ai un support pour m’aider.

D’une part, ça m’enlève la responsabilité (c’est pas de ma faute si les serveurs ont l’air HS) (je sais, c’est un peu lâche), et d’autre part, ça me laisse plus de temps pour pouvoir discuter avec lui du fait que ce monde n’est que virtuel et que finalement, la vraie vie se passe ici, pas dans le jeu.

Enfin soit, problème (en partie?) résolu en ce qui me concerne. Et si ça peut aider d’autres parents, tant mieux.

J’aurais, c’est sûr, préféré ne pas avoir à en arriver là et réussir à le convaincre de prendre du recul, mais ça ne marche pas à tous les coups (en tout cas, avec moi ça ne marche pas). Préférez le dialogue, si possible, mais sachez que des outils existent quand même.”

Qu’en pensez-vous?



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Censure pour mineurs?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 9, 2010 Under Chroniques

Avertissement: le format original des photos ci-dessus n’est absolument pas respecté. C’est le produit d’une limite de mes capacités techniques et absolument pas d’une volonté de montrer un “joli” montage sans respect pour le cadre de l’artiste, si important en photo. J’invite donc le lecteur à cliquer sur les photos pour retrouver la photo originale (du moins, je l’espère…).

L’interdiction aux mineurs de l’exposition de l’oeuvre de Larry Clarck au Musée d’Art Moderne de Paris (Mam) a suscité les plus vifs commentaires cette semaine, sans doute parce que c’est la première fois que la loi de 2007 est appliquée. Le Mam s’en explique sur le site de l’exposition: il tient à respecter la loi! “Selon l’article 227-24 modifié du code pénal, le fait de, soit fabriquer, transporter ou diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d’un tel message, constitue un délit qui est puni de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende dès lors que ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur.”

On voit immédiatement qu’il s’agit d’une invitation à réfléchir sur cette loi puisque S.Tisseron, spécialiste en la matière, est invité à commenter la décision sur la même page et n’hésite pas à dire que cette loi est absurde.

” Du point de vue du contenu, il n’y a aucune raison d’interdire ces images. La question à se poser n’est pas celle du contenu mais celle du lieu où elles sont montrées : A la différence d’une galerie privée, de festival, le  musée public est un endroit où l’on vient chercher des repères. Tout ce qui est exposé dans un musée est, par définition « muséifié ». Ce qui est montré devient une référence. Je ne serais pas heurté de voir la série « Teenage lust » exposée dans un festival avec un simple avertissement, par exemple. Ou sur internet où l’on trouve bien pire.”

Là, je tique: qui, dans les adolescents et même dans les adultes, opère une différence entre ce qu’il voit dans un musée public et dans une exposition privée? Une photo accrochée au mur prend le statut immédiat d’oeuvre d’art et d’objet accepté socialement en tant que tel. Certes, il est plus cohérent que ce soit un musée public qui, respectant la loi, lance le débat. Mais cela ne justifie pas, si on trouve la loi juste, que des instances privées en soient dédouanées.

Parler de censure, c’est être dans le vieux monde car la question de la censure est celle du refoulement : on cache, on repousse loin du regard. Dans nos démocraties, il n’y a plus de censure concernant les images de la violence et de la sexualité: on trouve tout sur internet, les images circulent sans limite. Le fait d’établir des règles dans un musée ne veut pas dire que l’on censure. On rappelle que le musée est un espace particulier.
Ceux qui attaquent l’exposition prétendent que la Mairie prive les adolescents parisiens de l’accès à ces photos. Moi je trouve beaucoup plus grave que Larry Clark prive tous les adolescents du monde de ses photos en ne les mettant pas sur internet.”

Je n’ai pas de problème à ce que les photos de Larry Clarck se retrouvent sur le Net, la preuve, j’en affiche ci-dessus! Pourquoi? Parce que je crois que, fondamentalement, rien ne peut choquer, influencer des adolescents dans ce type d’images. Mais là non plus, le discours de Tisseron n’est pas très clair: en instituant le musée comme espace particulier, (ce qu’il est), il cautionne implicitement l’idée que dans un espace accessible au public (comme le Net) mais non financé publiquement (comme le Musée), les règles ne doivent pas être les mêmes. Etrange!

En fait le problème vient du fait qu’ici on parle d’oeuvre dont le caractère sexuel ou violent est indéniable mais finalement peu problématique (selon l’opinion développée dans le paragraphe précédent). Mais en restant dans ce champ, on biaise un peu la question générale.

Par exemple, je suis convaincue que  l’accès libre de très jeunes à des films pornographiques, rend l’entrée dans la sexualité beaucoup plus problématique qu’avant. Et je pense moins aux quelques-uns qui passent à l’acte après avoir visionné à saturation ce genre d’image, qu’aux autres, infiniment plus nombreux, qui se demandent comment ils vont entrer dans le monde sexué des adultes si c’est “ça” la sexualité!

Il me dérange beaucoup plus que l’on utilise comme argument contre la position du Mam (ce que ne fait pas Tisseron mais il élargit peu son propos ici): “on voit bien pire sur le Net, alors pourquoi interdire cela?” Il n’y a actuellement, à propos du Net, que des positions extrêmes qui soit le diabolisent, soit le déifient, les deux positions évitant d’enclencher une vraie discussion sur la manière dont on va réguler ce nouveau moyen de communication comme il est utile et nécessaire qu’il le soit, en particulier en fonction de l’âge de ceux qui y ont accès.

Certes, il y a de quoi être tétanisé par le caractère mondial et tentaculaire de la question mais, à chaque nouvelle configuration de civilisation se sont posés des problèmes de ce genre et la régulation, avec ces aspects positifs et négatifs, s’est opérée. Pourquoi ne pas s’y atteler aujourd’hui? Pourquoi les pouvoirs publics imposent-ils des lois en se voilant la face sur les moyens qu’il faudra mettre en oeuvre pour la faire respecter dans TOUS les medias?

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Si pas pédagogie sur Facebook, pédagogie sur Internet?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 2, 2010 Under Une touche d'optimisme

ordinateur école 1

A vous lire (dans les commentaires) et à explorer les sources que vous me proposez (voir ici; merci, Catherine!), sans rien renier de ce que je vous disais, je me rends compte que mes réactions devant les innovations engendrées par les nouvelles technologies sont encore trop empreintes des débuts (pas si lointains!) de ces modes de communication. Du temps où régnait l’enthousiasme teinté de confusion devant ce nouvel espace qui semble infini.

Il est vrai que : «En passant par l’écrit, les élèves améliorent leur mode d’expression. Ce qu’ils mettent en ligne est entièrement public, ils réfléchissent donc également à leur identité virtuelle et à leur vie privée. Et puis inconsciemment, cette réflexion collective renforce la cohésion, crée une identité de classe et d’établissement. Comme du team building!» Ce n’est pas que j’adore le concept de team building, mais ce qui précède me semble exact et important.

Il est exact aussi que ce mode de communication permet de construire des projets originaux: «En 48 heures, onze étudiants ont reconstitué sur Twitter la bataille de Gettysburg, dit-il. Chacun devait endosser le rôle d’un des personnages, dont celui de Lincoln. Pour cela, ils ont dû reconstruire les faits, trouver des informations et les synthétiser… Très intéressant! Avec des collègues, nous allons donc développer un nouveau scénario en français» Effectivement, idée porteuse!

Enfin: “François Lombard, chargé d’enseignement en biologie auprès des professeurs du secondaire à Genève, utilise ces wikis depuis plus de sept ans. «Mes élèves vont chercher et trier des informations, qu’ils mettent ensuite dans le wiki pour nous les faire partager. Ils produisent leur propre savoir! Cela remet totalement en question le rapport maître-élèves. Celui qui enseigne n’a pas la science infuse, puisque les étudiants eux-mêmes sont porteurs de compétences et d’idées. 90% de ce qu’ils apprennent ne vient pas de moi». Là aussi, on touche à une des bases de la relation prof-élèves: bien sûr le prof a la compétence et le recul qu’il faut pour pouvoir guider les élèves dans la jungle des savoirs. Mais il ne sait pas tout! Et cette donnée de base est capitale dans la manière dont l’élève se construit.

Qu’on ne me fasse cependant pas dire ce que je n’ai pas dit; les nouveaux outils numériques ne sont pas la panacée, ils sont un moyen comme d’autres (les livres, les exposés en classe, les affiches de synthèses accrochées au mur de la classe,…) pour rechercher, organiser, synthétiser son savoir.

Comme avec tous les nouveaux outils, il faut sans cesse pouvoir se poser la question de savoir si on agit sur la motivation ou sur la séduction, question qui n’a pas de réponse universelle (et je n’en proposerai certainement pas pour les cas décrits que je ne connaît pas plus que par ces quelques lignes)… mais dont les réponses induisent des processus radicalement différents, qui peuvent aller du meilleur au pire (car la séduction est un moyen d’obtenir ce qu’on veut, pas un moyen de faire apprendre)

Bref, par ces aspects nouveaux aussi, enseigner ne s’est pas simplifié ces dernières années!

P.S 1. Je vous recommande le blog de l’enseignante qui utilise Twitter dans ses cours (découvert toujours grâce à Catherine)

P.S.2 Il est clair que tout ce raisonnement ne tient que pour des élèves à partir de, disons, 10 ans et mieux, à partir de 14 ans. Rappelons les repères de S.Tisseron: pas de TV avant 3 ans, d’ordinateur avant 6 ans, d’Internet avant 9 ans.( voir ici, pour les repères d’âge: en fin de billet)

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