PISA dirige l’école!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 29, 2011 Under Chroniques

PISADans un entretien dont j’ai déjà parlé précédemment sur le thème “Peut-on réinventer l’école (ici), Marcel Gauchet disait: “Les politiques éducatives ont quitté la sphère du rationnel pour la division Education de l’OCDE”. D’où une dépossession du politique au profit d’une expertocratie au statut problématique: l’enseignement est piloté en vue de l’économie.

C’est radical mais, à mes yeux, juste!

L’OCDE ne s’en cache pas, il s’agit d’une organisation d’études économiques qui, depuis quelques années, a jeté son dévolu (je suppose une petite partie de son dévolu!) sur l’enseignement via les célèbres tests PISA, test réalisé au même moment dans tous les pays de l’OCDE sur un échantillon aléatoire d’élèves de 15 ans, tous niveaux scolaires confondus, et pour lesquels ni la France, ni la partie francophone de la Belgique n’obtient de brillant résultat, ce qui agite beaucoup les politiques qui portent d’énormes efforts à améliorer les performances de ces tests.

Le site “Ecole démocratique” (ici) est encore plus précis: “PISA c’est une batterie de tests standardisés qui mesurent à quel point les élèves de 15 ans ont atteint ces compétences de base et rien d’autre. Comme l’explique clairement le rapport que vient de publier l’unité de l’Université de Liège, qui coordonne l’étude PISA en Communauté française :« La question est moins de savoir ce que les élèves de telle année peuvent faire, mais bien comment les élèves de 15 ans sont préparés à entrer dans la vie adulte. C’est pour cette raison que PISA évalue la culture mathématique ou scientifique, et pas les mathématiques ou les sciences. Ce qui pourrait sembler être un détail terminologique traduit la volonté de l’OCDE de voir si la culture des jeunes en mathématiques et sciences est suffisante par rapport aux demandes des sociétés industrialisées » [2]. En langue maternelle, par exemple, on n’évalue ni les techniques de base, ni l’orthographe, ni la vitesse de lecture, ni la maîtrise d’un vaste vocabulaire, ni bien sûr le plaisir que l’on prend à lire, ni la qualité de ce qu’on lit, ni l’imagination dont on fait preuve dans la rédaction d’un texte… mais principalement la capacité de comprendre un texte dans un contexte directement opérationnel. Car c’est cela qui est demandé par les marchés du travail, particulièrement dans les emplois à faible niveau de qualification.”

Comment s’étonner que l’école prise entre des contraintes de ce type et des injonctions de bien-être et d’épanouissement des jeunes s’en retrouve en crise!

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SAGES sagesses!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 22, 2011 Under Questions

Ce billet m’a été inspiré par la découverte de l’image suivante, datant de 2009, mais certainement toujours contemporaine!

delinquant_apercuLe dispositif s’appelle SAGES  pour Sanctuarisation globale de l’espace scolaire: tout un programme!

Un article (ici) en dit long sur la difficulté contemporaine à considérer que l’objectif est qu’un certain nombre de limites soient INTERIORISEES, sans nécessairement être physiquement marquées.

Le résultat progressif de l’éducation devrait être que les ados respectent la limite territoriale de l’école, sans même que la grille soit fermée. Admettons que, selon les endroits, ce soit plus ou moins facile à obtenir. Mais cela doit rester l’objectif!

Chaque fois que des élèves étrangers s’introduisaient dans l’école, j’appelais la police qui débarquait dans les 5 minutes. Ce type de dispositif respecte le caractère éducatif de l’école et marque ses limites aussi: le chef d’établissement et le corps enseignant ne peuvent agir sur les jeunes qui ne sont pas élèves dans l’école.

Est-ce utopique de penser qu’il y a moyen d’arriver à un consensus social sur ce type de dispositif?

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Un ado qui rit des ados!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 15, 2011 Under Chroniques

Après une série de billets sérieux, un moment de divertissement d’un ado (19 ans) pour les ados (et les autres d’ailleurs!). Plus vrai que nature…
Kev Adams : un ado comme les autres par youhumour

Ce n’est pas vraiment extraordinaire mais ça fait du bien de voir un ado qui rit de lui-même et qui fait rire les autres d’eux-mêmes!

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Comment soutenir l’autorité dans l’école?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 8, 2011 Under Chroniques

école sociétéSuite au billet de la semaine dernière, un ami me faisait remarquer: “Oui mais, pourquoi pas? Avant, on demandait au curé ou d’ailleurs au maître d’école des conseils pour éduquer ses enfants. Dans tous les changements de repère dont tu parles si souvent, pourquoi ne pas se fixer sur celui de l’école?”

Certes, je partage cet avis. Encore faut-il se demander quel mandat la société donne à l’école pour accomplir ces tâches?

Où se situe encore l’autorité de l’école aujourd’hui, autorité au sens de “s’autoriser à donner un avis autorisé” (la redondance est voulue!)?

A l’intérieur de l’école elle-même, comment se construit l’autorité? Je ne parle pas du charisme naturel qu’ont certains qui apparaissent et sont écoutés sans autre forme d’intervention. Je parle de ces nombreux jeunes profs qui doivent assumer la déception d’arriver avec un cours intéressant et de se voir malmenés par un groupe d’ados qui, cherchant la limite presque par définition, la dépassent avec celui qui a le moins d’expérience.

Philippe Meirieu disait (ici, quelque part dans l’exposé): “L’attention doit dépasser la tension”. Le rôle du chef d’établissement est primordial dans ce processus. J’avais une technique éprouvée pour aider un jeune prof en difficulté de gestion de classe: je lui proposais d’aller passer une heure de cours complète dans la classe; il mènerait son cours normalement mais le terminerait une dizaine de minutes avant l’heure et entamerait une discussion entre la classe, lui et moi. Je commençais toujours la discussion par “ce cours-ci s’est-il passé comme d’habitude?” La réponse était invariablement: “non!” Puis je demandais “Pourquoi selon vous? Qu’avez-vous à dire sur le cours?” Les réponses étaient le plus souvent modérées, dites poliment, pointaient le plus souvent la difficulté de l’enseignant à imposer son autorité, à obtenir un calme suffisant pour que le cours se déroule normalement.

J’essayais toujours de détecter quelques petites consignes pratiques que je formulais devant la classe et l’enseignant, du genre: “désormais, le professeur n’entrera dans la classe que quand tout le monde sera à sa place et prêt à suivre le cours”.

J’essayais aussi de reformuler d’une manière soutenante pour l’enseignant d’éventuelles remarques sur le contenus du cours, du genre “ça va trop lentement, on s’ennuie”.

Jamais, je ne donnais ouvertement raison aux élèves contre l’enseignant, tout en essayant de rester à l’écoute: sauf cas exceptionnels, l’institution doit soutenir ceux qui la représentent et le portent.

Toujours, cet épisode était suivi d’un entretien en tête-à-tête avec le prof pour lui faire part de quelques remarques de fond et/ou techniques (s’adresser à toute la classe et pas seulement à quelques-uns, par exemple) et j’insistais lourdement sur la nécessité de s’en tenir le plus rigoureusement possible aux quelques résolutions pratiques prises, dans la visée qu’elles s’étendent à l’ensemble du cours.

Ce type de démarche donne plus ou moins d’effet selon l’agitation du groupe (l’alchimie des groupes d’ados est toujours quelque chose de très particulier et d’imprévisible avant que la classe ne soit constituée), selon la détermination du prof à appliquer les consignes prises “d’un commun accord”.

L’expérience compte tellement dans l’enseignement!

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On demande beaucoup à l’école!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi oct 1, 2011 Under Chroniques

coloriage-chemin-ecoleSes parents ayant demandé à me rencontrer, Laetitia arrive en tête, l’air combatif. Ils m’expliquent qu’elle ne veut plus se lever pour venir à l’école le matin, qu’elle veut être inscrite à l’enseignement à distance, qu’elle a déjà quelques absences non justifiées et que la situation est de plus en plus tendue à la maison, le conflit étant permanent. “Que peut faire l’école pour nous aider?”, demande le père.

Bigre, vaste mission!

Je commence par interroger la fille qui m’explique qu’elle est “dégoûtée” (pour reprendre ses mots) du monde tel qu’il est mais “comme je n’ai pas le courage de me suicider, je veux vivre retirée, sans sortir de chez moi”. Là, je commence à comprendre que la situation n’est pas simple et que, sous des airs de grande assurance, cette jeune est vraiment en souffrance.

Mais bon, moi, comme directrice d’école, mon rôle est de rappeler la loi; je lui explique donc qu’on va tout faire pour l’aider à s’en sortir mais qu’elle est obligée de venir à l’école et que l’enseignement à distance doit faire l’objet d’un accord préalable de l’administration qui n’est pas si facilement obtenu (ce dont je ne suis pas si sûre, mais bon!).

Au fil de l’entretien, je sens aussi la détresse des parents; Laetitia est fille unique de parents qui ne veulent certainement que le bonheur de leur fille et qui sont confrontés à son désespoir manifeste. Elle joue d’ailleurs habilement de ce fait: “S’ils voulaient vraiment mon bonheur, ils accepteraient!”

Le discours social dominant soutient peu les parents d’adolescents en crise: le bien-être est présenté comme un idéal absolu, si pas comme un droit. Comme le disait P.Meirieu dans l’entretien dont je vous parlait la semaine dernière: “Nous sommes à la première génération où ce sont les enfants (quasi tous désirés) qui font le bonheur de la famille. Il s’agit d’un renversement par rapport à des millénaires où les familles faisaient le bonheur des enfants” J’ajouterai: quand elles le pouvaient et ce n’était sans doute pas leur priorité!

L’injonction implicite de faire le bonheur de ses parents est intenable pour un certain nombre d’adolescents qui manifestent durement leur résistance à se voir assigner à cette place. La “preuve” que, dans le cas de Laetitia, quelque chose devait tourner autour de cela, c’est que, quand elle allait chez les grands-parents, elle se levait et se préparait en 20 minutes pour venir à l’école!

La famille s’est tellement privatisée et les enjeux affectifs en son sein sont si énormes qu’elle en arrive vite à des impasses de ce genre. Il est évident que l’école est alors le premier interlocuteur auquel on pense et pourtant, elle ne peut pas grand-chose!

J’ai conseillé à Laetitia et à ses parents d’aller consulter un(e) psychologue; je sais que le premier rendez-vous ne s’est pas bien passé et qu’ils en sont resté là. Jusqu’à la prochaine crise?

Pour la petite histoire, Laetitia m’a donné une occasion en or de clôturer cet entretien. A un moment donné, elle s’est écriée: “Mais tout cela, c’est des caprices de gamine et mes parents, ils n’ont qu’à résister aux caprices de gamine!” J’ai répliqué: “je crois qu’on a tout dit, tu peux retourner en classe”.Elle était interloquée mais elle l’a fait. J’ai ensuite parlé un peu avec les parents pour les renforcer dans leur rôle et plus tard, j’ai revu Laetitia pour lui dire qu’on essayerait de la soutenir, pas en argumentant sur le bien-fondé de sa demande, mais par une attention particulière dans l’école. Elle a terminé l’année sans encombre, mais sans doute n’était-ce que le premier acte d’une pièce encore à venir!

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