Pourquoi les ados aiment-ils le risque?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 28, 2012 Under Une touche d'optimisme

risque adoPour changer et surtout parce que je trouve cette explication plausible, simple et intéressante, un article de S.Bohler repris d’ici

“Les adolescents – on le sait – ont souvent des conduites à risques. Comportement sexuel, alcool, conduite automobile, consommation de psychotropes, etc. Et les chiffres de la mortalité routière sont accablants pour les jeunes entre 18 et 25 ans. Parents,éducateurs et législateurs cherchent à comprendre ce phénomène, car il en va de la santé des jeunes, de leur rapport au monde éducatif, de leur responsabilité pénale également puisque les jugements rendus à leur encontre prennent en compte, de plus en plus, les connaissances acquises par les psychologues et les neuroscientifiques permettant de mieux cerner leur niveau de responsabilité et de conscience des risques.

Les adolescents recherchent-ils les sensations fortes, ou ont-ils des difficultés à anticiper les conséquences éventuellement négatives de leurs choix ? Une expérience récente apporte de nouveaux éléments au débat.

Jessica Cohen, psychologue à l’Université de Los Angeles, a observé des adolescents jouant aux cartes : il s’agissait d’opter soit pour des stratégies peu risquées, mais peu lucratives, soit pour des stratégies hasardeuses, mais potentiellement très gratifiantes. Elle a constaté qu’ils optent plus souvent pour la seconde solution, ce que l’on savait. Mais surtout, dans leur cerveau, c’est un ensemble de zones (le striatum, le cortex pariétal et le cortex préfrontal ventrolatéral) qui s’activent davantage que chez l’adulte ou l’enfant. Ce système cérébral constitue ce qu’on nomme le circuit de détection des erreurs de prédiction, et permet de comprendre ce qui se passe chez un jeune prenant une décision risquée.

Lorsqu’il choisit de miser une somme d’argent sur une option qui a peu de chances de se réaliser, mais qui peut rapporter beaucoup, son cerveau prévoit que les chances de l’emporter sont faibles. Si la prédiction est déjouée (c’est-à-dire si l’option risquée choisie l’emporte), un circuit de détection de l’erreur de prédiction, constitué des zones mentionnées, entre en jeu. Le plaisir de gagner est lié à cette détection de l’erreur de prédiction : il s’attendait à perdre, et il gagne ! Ce que les expériences de J. Cohen montrent, c’est que ce système de détection des erreurs de prédiction est plus sensible chez les adolescents que chez les adultes ou les enfants. Quand un adolescent prend un risque, son cerveau fait une prédiction : par exemple, je prends beaucoup de risques en roulant si vite avec ma mobylette. S’il n’a pas d’accident, son cerveau détecte une erreur de prédiction, et comme le circuit dévolu à cette détection est extrêmement sensible, il en retire un plaisir intense.

Cette hypersensibilité des circuits de détection des erreurs de prédiction est probablement liée au développement du cerveau. Dès lors, pour aider un adolescent à se protéger, mieux vaut développer en lui la conscience des conséquences potentielles de ses actes. Ce travail peut être conduit par la parole, l’information, la sensibilisation, l’entretien de liens de confiance entre l’adulte et le jeune. Un jour, la conscience du risque finit par contrebalancer l’attrait que ce risque exerce sur un cerveau épris de sensations.”

Une explication scientifique qui laisse toute sa place à l’éducation.

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Nouvelles communications, nouvelle socialisation?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 21, 2012 Under Conférences

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Tant les outils (GSM, ordinateur portable) que les possibilités qu’ils offrent (connexion permanente, réseaux sociaux) posent la question de savoir si le développement personnel et social et l’enfant et de l’adolescent en sont affectés ? Comment les éducateurs que nous sommes peuvent-ils accompagner ces changements au mieux ?

Bienvenue à tous (entrée gratuite)!

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Hunger game, éducatif? (2)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 14, 2012 Under Chroniques

Hungergames2La semaine passée, je vous parlais du livre de Susan Collins, Hunger Games. Aujourd’hui, comparons avec le film actuellement en salle.

C’est un lieu commun de dire que la plupart des adaptations cinématographiques appauvrissent le livre dont elles sont tirées. Mais, dans ce cas, c’est particulièrement vrai. Prenons les points les plus importants:

Dans le film, l’accent est mis plus sur une société du spectacle où tout est scénarisé, planifié pour que le peuple ait “du pain et des jeux”, alors que dans le livre, ces aspects spectaculaires sont moins mis en avant et il faut réfléchir pour voir dans la situation, une critique de la société de consommation. On peut dire que le spectacle représente la consommation dans son ensemble, mais ce n’est pas tout à fait vrai, il n’en est qu’une manifestation.  Par exemple dans les districts, la misère est visible , mais la misère est belle (on pourrait dire la même chose du film Home de Yann Arthus-Bertrand); Katniss doit chasser pour manger mais on ne voit pas les risques qu’elle prend pour de faibles effets car la faim règne sur les districts ; la voracité (qui découle d’années de privations) dont elle fait preuve dans le livre quand elle entre dans le train du Capitole n’apparaît pas du tout dans le film.

Une autre différence, encore plus frappante: le  côté rebelle de Katniss est à peine visible dans le film, son ambiguïté entre ce qu’elle doit montrer pour gagner (rester en vie) et ce qu’elle ressent est à peine évoqué: l’actrice est trop lisse et fraîche (même après plusieurs jours dans l’arène (forêt), elle est encore propre et à peine décoiffée, etc, etc… Il faut dire que le livre est entièrement écrit en “je”, ce qui permet d’entrer plus facilement dans le personnage et produit des développements de la pensée et des effets de surprise qui sont absents dans le film.

De manière générale, la dureté de la vie dans la forêt pendant le jeu est minimisée: Katniss trouve tout de suite de l’eau par exemple, alors que dans le livre, il lui faut de nombreux jours et une grande souffrance.

Dans le livre, comme dans le film, un élément reste étonnant dans la construction de l’histoire: comment expliquer que dans un jeu de survie, où un seul restera, une coalition s’opère entre plusieurs joueurs qui ne se fissure pas, alors qu’ils mourront nécessairement tous, sauf un! Autre point commun, cette mort est vue comme une métaphore par l’auteur car aucun élément de révolte par rapport à cet enjeu de pouvoir disproportionné n’apparaît vraiment, ni dans le livre, ni dans le film, ni n’est d’ailleurs suscité chez le lecteur/spectateur.

Si vos enfants ont lu le livre, un conseil, lisez-le aussi et allez voir le film avec eux, de préférence tôt car il y en a pour une bonne soirée de discussion…

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Hunger games, éducatif? (1)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 7, 2012 Under Questions

Hungergames1Le livre Hunger Games est un succès foudroyant auprès des adolescents, réactivé par la sortie récente du film.

Quoi d’étonnant quand on sait qu’il s’agit d’une science fiction (une contre-utopie plutôt) qui décrit une lutte à mort entre 24 adolescents, dont un seul sortira vivant (et riche pour la vie), tout cela sous l’oeil das caméras? Cette semaine, je vous parlerai du livre, la semaine prochaine du film. Il s’agit, d’après moi, d’une activité extrêmement intéressante à mener et discuter avec un ou des adolescents, encore plus dans la comparaison livre-film.

Le livre décrit un pays, Panem (et circenses?) divisé en  districts, tous tenus sous la coupe d’un Capitole central, après une révolte matée, qui a imposé à chaque district la sujétion au Capitole et la spécialisation dans une production particulière. Katniss, l’héroïne est issue du 12ème district (sur 13) où se trouvent les mines, son père est mort d’un coup de grisou et sa mère a perdu pied, laissant à la jeune fille la responsabilité de survivre, elle et sa soeur, dans des conditions extrêmement rudes. Katniss, rebelle, n’hésite pas à braver les interdits pour nourrir sa famille.

Chaque année, les Hunger games sont organisés, pour, au travers d’un spectacle obligatoire, rappeler à tous l’emprise du Capitole sur les districts.

Bien que ce ne soit jamais clairement énoncé, il me semble évident que le livre est une critique très radicale de la société de consommation (et donc aussi du spectacle) dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Le récit est entièrement rédigé à la première personne et Katniss doit, quand elle quitte, affamée le district où elle vit, se plonger rapidement dans le combat où rien n’est donné, même l’eau, sauf par des sponsors, si on a séduit! Tout est dur pour ces jeunes et, les rares personnes qui sont là pour les aider, n’y mettent qu’une énergie bien inégale (mais bon, il faut bien des bons et des méchants partout). Les jeunes, sortis du cocon (très relatif) de leur district, sont propulsés, moyennant quelques épreuves et relooking pour plaire aux regards, dans une jungle où rien ne leur est épargné.

Vous pouvez lire les lignes qui précèdent comme un résumé du récit ou comme une métaphore de la société d’aujourd’hui.

Une société qui, au nom de la toute puissance du marché et de la finance, sacrifie pas 24 mais une multitude de jeunes. Il suffit de consulter les graphiques à cette page pour se rendre compte que ce n’est pas un vain mot: 22,4 % des jeunes de moins de  25 ans sont chômeurs alors que la moyenne européenne tous âges confondus est de 10%! Et c’est sans compter ceux qui reculent leur entrée sur le marché du travail parce qu’ils essayent d’accumuler les spécialisations pour se donner plus de chances.

Je ne sais pas s’il faut parler de génération perdue comme le font certains car je ne vois pas l’intérêt de répandre un pessimisme qui a déjà bien à se nourrir de la réalité, sans y ajouter les mots extrêmes.

Mais la question cruciale est: comment évoluerons-nous vers un autre monde, où chacun aura une place digne?

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