Parler sexualité ne veut pas dire entrer dans l’intimité!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 30, 2013 Under Adolescence

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A table, dans un dîner entre amis avec leurs enfants adolescents: une mère, séparée du père, reçoit un coup de fil de sa nouvelle petite amie puis commente, devant son fils: “Elle m’a dit qu’elle avait hâte d’embrasser mon petit bouton! C’est pas mignon?”Non, ce n’est pas mignon de l’avis des autres convives qui détournent la conversation, gênés.

C’est le commentaire de BA au billet de la semaine dernière qui m’a rappelé cette anecdote et m’a fait prendre conscience qu’il pouvait y avoir une confusion entre parler de LA sexualité ou parler de SA sexualité. En d’autres mots que l’intime et le sexuel sont deux aspects bien différents d’une même réalité!

Mais alors qu’est-ce qu’une posture éducative dans les questions touchant à la sexualité?

Tenir sa place dans les générations est la seule manière d’assurer la transmission qui est la base de toute éducation. Les parents doivent tenir fermement leur position d’adulte pour permettre à l’enfant de trouver la sienne. Par exemple, des parents croient bon de regarder des films pornos avec leurs enfants, arguant qu’il vaut mieux qu’il en soit ainsi plutôt qu’ils le fassent en cachette. Même sans en arriver à des pratiques aussi extrêmes, les adultes ne trouvent pas toujours nécessaire de s’abstenir de manifestations sexualisées dans l’environnement familial alors que ce type de démonstration peut être  toxique : elle provoque une effraction inter-générationnelle dans l’intimité de chacun. Ainsi, la notion même d’intimité ne peut pas se construire alors qu’elle est particulièrement précieuse et délicate dans une société où la frontière entre public et privé est sans cesse malmenée.

Tant de flou amène la plus grande confusion dans la tête des adolescents déjà structurellement troublés par toutes les transformations qu’ils vivent.

Comment tenir une  place générationnelle éducative aujourd’hui, compte tenu de l’accès quasi inévitable des jeunes aux images pornographiques (par exemple) ? La petite séquence ici l’explique simplement et clairement. A chaque occasion, l’adulte doit  mettre des mots calmes sur tout ce qu’il en voit en présence de l’enfant (historique d’Internet, affiches,…).

Pour ramener ces images à leur juste place, parfois loin de la vie réelle.

Cette responsabilité incombe aux parents mais aussi à toute personne en contact éducatif avec les jeunes, qui d’ailleurs sont souvent bien plus aptes à différencier virtuel et réel, fiction et réalité, que ne le croient les adultes!

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Parler sexualité hier = parler sexualité aujourd’hui?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 23, 2013 Under Adolescence

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Sortant il y a peu d’une représentation de la pièce de Wedekind sus-nommée, j’en restai perplexe: tant de pièces classiques traversent les âges et gardent une forme d’intemporalité; et ici, tout semble désuet: le discours ampoulé et ambigu des parents, la non-communication entre jeunes, les non-relations entre parents et enfants. Tout date! Quel est donc l’intérêt de montrer cette oeuvre aujourd’hui encore?

Puis à la réflexion, il m’est apparu comme une évidence que la permanence était ailleurs.

On peut voir qu’en une cinquantaine d’année, les repères en terme d’éducation ET de sexualité ont littéralement muté : d’un enfant considéré comme pâte à modeler, on est passé à un enfant sujet à part entière dès sa naissance. De plus le poids des prescrits sociaux s’est fortement délité ou plutôt a changé de mode : d’une obligation à se conformer aux règles communes intangibles, on est passé au mot d’ordre « sois toi-même ». Dans le premier cas, le cadre était souvent étouffant mais contenant ; dans le deuxième, il n’y a plus de structure collective, à chacun de s’en construire une, s’il le peut !

Ces deux évolutions ont évidemment eu un effet majeur sur la manière dont on envisage  l’éducation. S’y est superposée, une nouvelle vision de la sexualité passant de tabou indissociablement lié à la procréation, à une obligation de bien-être indispensable à l’épanouissement, voire placée sous la bannière de la performance.

A première vue, quand on envisage le regard social sur la sexualité, on peut considérer qu’un gouffre sépare deux époques éloignées de moins d’un siècle : le tabou vs le tout-montrer,  le silence vs le tout-dire,  l’interdiction vs l’encouragement,  la répression vs le laisser-faire, les précautions vs, la gestion du risque.

En fait, ce qui semble totalement opposé forme une identité presque parfaite : en matière de sexualité, jamais les adultes ne se sont départis d’une quasi-impossibilité à quitter la projection de leurs fantasmes sur l’enfance et la jeunesse.

Ce qui a changé, ce n’est que le contenu du fantasme. Hier, les adultes projetaient les pires représentations : si on expliquait l’acte sexuel à une fille, elle allait se dévergonder ; si un garçon se masturbait, il deviendrait sourd, par exemple. Le tabou de la sexualité annihilait tout bon sens chez les adultes qui transmettaient ainsi implicitement un message aux enfants et aux adolescents, ceux-ci étant tiraillés entre leurs pulsions et le non-discours ambiant. Aujourd’hui, tous, y compris la plupart des experts sont englués dans le fantasme d’une sexualité omniprésente et sur le versant de tous les excès (il suffit de voir la littérature existant sur les dangers de la pornographie pour les adolescents, toute dans l’angoisse et la panique) avec des effets aussi pervers que les fantasmes d’hier car ils figent les enfants et adolescent dans le même tiraillement entre leur subjectivité et le discours ambiant.

Or toute posture éducative est impossible sans une prise de distance par rapport à son propre fantasme, ce qui n’était le cas ni hier, et ne l’est pas aujourd’hui. Ainsi donc, en termes éducatifs à propos de tout ce qui touche de près ou de loin à la sexualité, rien n’a vraiment changé depuis en siècle alors que tous les faits semblent dire le contraire. Le sentiment de sidération de tous les adultes (et, en miroir, des enfants) face la dimension sexuelle, n’a pas changé quant au fond, empêchant une réelle posture éducative.

La vraie question dans toutes ces questions est de savoir comment aider les adultes à prendre cette indispensable distance!

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Parlons bébé!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 16, 2013 Under Enfance

Un moment de détente

Image de prévisualisation YouTube

C’est rigolo! Surtout si on arrive à le prendre pour ce que c’est: du deuxième, troisième, n-ième degré…

Car il y en aura bien (et ce n’est pas une critique!) pour entendre derrière ce type de publicité qu’il y a un “langage bébé” et que si, comme jeune parent, on n’arrive pas à le décoder, on est vraiment nul.

Relâchons la pression: il n’y a pas de langage bébé et c’est bien pour cela qu’ils apprendront le langage commun car ce sera plus sûr pour se faire comprendre!

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L’échographie du bébé de l’institutrice a-t-elle une place en classe?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 9, 2013 Under Pédagogie active

echographieCe matin, lors d’un colloque plein d’intérêt (ici), une question a été soulevée dans la salle: que penser d’une jeune institutrice qui amène et montre à ses élèves de 7-8 ans une image de l’échographie du bébé qu’elle porte? La question en soi amenait le doute…

Une première réponse avançait l’idée que l’échographie relevait actuellement plus de la photo de famille que d’une image de diagnostic. Le médecin faisait remarquer que ce point du vue, largement partagé, posait d’ailleurs problème car des parents venaient parfois avec leurs enfants aînés à l’échographie et que, quand il s’agissait d’annoncer une mauvaise nouvelle, la situation se compliquait considérablement si toute la famille se trouvait là!

Une autre manière de voir a été formulée dans l’assemblée: on peut imaginer que l’institutrice a amené la photo en question pour parler du développement du foetus, de la naissance en classe. Une belle occasion de partir du concret, en somme!

Sauf qu’il y a concret et concret. Le concret de l’intimité et de la vie privée de quelqu’un (que ce soit l’enseignant ou l’enfant) n’est jamais un bon point de départ pour l’apprentissage. Quand des interférences émotionnelles entrent trop en phase avec des activités cognitives, les enfants n’apprennent plus rien. Il faut avoir l’esprit suffisamment libre de tout envahissement affectif pour pouvoir apprendre. En d’autres mots, un peu d’affectif comme moteur de la relation prof-élève, oui; trop, attention danger!

On pourrait aussi aborder la frontière public-privé, aujourd’hui tellement malmenée. Avec de petits enfants comme ceux-là, ce n’est peut-être pas si grave mais là aussi, il y a une forme d’apprentissage à donner par l’école. Qui ne commence jamais assez tôt.

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Un article sur un accident de vélo est-il un bon sujet d’apprentissage?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 2, 2013 Under Pédagogie active

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Deux étudiants en sciences de l’éducation viennent chercher des indications sur la manière d’enseigner dans le cadre d’une pédagogie Decroly.

Ils me présentent la situation suivante: “Un enfant de 10-12 ans arrive en classe avec un article de journal de son papa. Cet article parle d’un accident survenu lors de la journée sans voiture. Un enfant s’est fait renverser par une voiture. Il est choqué car il vient tous les jours à vélo et cela pourrait lui arriver.” Ils imaginent plusieurs sujets à exploiter: “le plan, l’écologie, la sécurité routière, le code de la route, le vocabulaire lié au vélo”,…

Nous voici devant un bon exemple de ce qui est apparemment une bonne porte d’entrée pour rencontrer l’intérêt des élèves et qui, en fait, n’en est pas une. Pourquoi?

L’argument le plus important est que tout sujet qui touche affectivement un enfant (en admettant que cela soit le cas ici, car c’est le père qui donne l’article, l’enfant n’a donc peut-être rien voulu!) est un mauvais sujet pour aborder des apprentissages. Non qu’il faille refuser d’en parler avec l’enfant: il a sans doute besoin d’une oreille attentive, éventuellement du réconfort de l’enseignant et/ou du groupe, éventuellement plusieurs fois. On peut rappeler des règles de bases du code de la route, de la prudence sur le chemin de l’école mais l’apprentissage ne peut se réduire à ces quelques aspects factuels. Et si on tire sur un fil qui se présenterait dans ce cadre, le risque majeur est que l’élève n’ait pas assez de disponibilité intellectuelle pour entrer dans le cognitif, parasité qu’il est par l’émotion. Tout sujet susceptible d’engendrer angoisse, réactions affectives fortes, doit donc être traité pour ce qu’il est d’abord et non comme une porte d’entrée dans l’apprentissage.

De plus, toutes les questions de sécurité routière sont à l’intersection des savoirs de l’école et des comportements éducatifs de la famille. Comment espérer que les enfants qui voient leur(s) parent(s) conduire dangereusement (et cela arrive certainement) peuvent-ils traiter le savoir qu’il leur est demandé de travailler à l’école?

En un mot, traitons les sujets humainement difficiles dans le champ de l’humain, je crois qu’il est des missions de l’école d’aborder ces questions aussi! Mais pas comme base d’apprentissage pour de nombreux jours, voire semaines!

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