Les droits de l’enfants (3)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 25, 2013 Under Enfance

bagarre_courLe droit à l’éducation

« Un écolier de 8 ans a été convoqué au début du weekend à la gendarmerie de Courdimanche (Val-d’Oise). Il s’était bagarré pendant la récréation et une mère avait porté plainte.
Les gendarmes s’étaient présentés au domicile familial, pour remettre la convocation à ses parents.
« Un écolier de 8 ans a été convoqué au début du weekend à la gendarmerie de Courdimanche (Val-d’Oise). Il s’était bagarré pendant la récréation et une mère avait porté plainte.

Les gendarmes s’étaient présentés au domicile familial, pour remettre la convocation à ses parents.

Une démarche qui a laissé ces derniers pantois. La surprise passée, ils l’ont trouvée « ridicule ». Même s’ils n’étaient pas question pour eux de nier la réalité des faits.

« Le petit, expliquent-ils, a été entendu 20 minutes par les gendarmes. Il reconnait qu’il s’est battu. » Il avoue même qu’ils étaient deux contre un, parce que la victime des coups « cherche toujours à nous manipuler et à nous commander », a dit l’écolier.

Son père ne décolère pas, jugeant la procédure démesurée : « C’est une histoire qui n’aurait pas dû sortir de l’école, se régler entre adultes, au lieu de dramatiser. »

« S’il y avait un problème l’institutrice nous en aurait parlé et le directeur nous aurait convoqués. »

La mère du garçon ayant déposé plainte, « la convocation est logique », expliquent les gendarmes.

L’incident rappelle celui de Floirac en Gironde. Le 19 mai, deux gamins de 10 et 6 ans, suspectés du vol d’un vélo (ce qui devait s’avérer faux), ont été interpelés à la sortie d’une école et conduits au poste de police. Comme les gendarmes à Courdimanche, les policiers appelés à Floirac avaient agi sur plainte. Action démesurée au regard de l’âge des suspects ? La ministre de l’Intérieur a fini par en convenir.

Les enfants de Courdimanche, eux, se seraient déjà réconciliés, alors que leurs parents ne s’étaient pas encore rencontrés ce weekend. »

Extrait de La dépêche.fr, 1/6/2009

Plus récemment, en 2012, c’est l’Education nationale elle-même qui a porté plainte suite à une bagarre dans une cour de récréation.

Le droit à l’éducation est l’un des plus méconnus dans nos sociétés contemporaines : tout le monde est persuadé qu’en prévoyant des écoles et aussi quelques institutions pour prendre le relais des parents déficients, on a réglé le problème du droit à l’éducation. Il apparait aujourd’hui de plus en plus clairement qu’il faut se déprendre de l’idée répandue que l’enfant croit comme une belle plante, du moment qu’elle est plantée dans un terreau riche et régulièrement arrosé.

Dans l’exemple ci-dessus, si les enfants en viennent à des comportements inacceptables (bagarres, intimidation,…), c’est aux éducateurs autour d’eux à prendre la situation en charge. Qui mieux qu’un instituteur ou un surveillant de récréation peut laisser les enfant expliquer ce qui s’est passé, rappeler chacun à une attitude correcte et respectueuse, voire, si nécessaire, imposer une sanction (si possible, mais pas obligatoirement) de l’ordre de la réparation qui permette à chacun d’intégrer la Loi et de tourner la page ?

Combien de fois n’entend-on pas répéter : « C’est bien joli de parler des droits des enfants, mais quand leur parle-t-on de leurs devoirs ? ». Cette notion même de « devoirs de l’enfant » n’a aucune validité en tant que telle car elle suppose que, non seulement l’enfant connait ces devoirs (ce qui est tout à fait possible) mais aussi qu’il peut toujours se contenir pour s’y astreindre. Or là précisément se trouve le long travail de l’éducation. Si on pouvait s’en passer en faisant apprendre aux enfants quels sont leurs devoirs, cela se saurait !

Croire qu’un enfant peut connaitre et respecter ses « devoirs » hors de tout regard, supervision, action d’un adulte relève du malentendu fondamental. On est bien ici dans le domaine du droit à l’éducation !

L’article 29 est explicite: “Les États parties conviennent que l’éducation de l’enfant doit viser à :
a) Favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et des ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités ;
b) Inculquer à l’enfant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies ;
c) Inculquer à l’enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ;
d) Préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité entre les sexes et d’amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d’origine autochtone ;
e) Inculquer à l’enfant le respect du milieu naturel.”

Tout y est! Par exemple le mot “inculquer”  qui signifie “faire entrer durablement quelque chose dans l’esprit de quelqu’un”, s’y trouve 3 fois. Il est cependant intéressant de noter que la version anglophone utilise “development”, qui se distingue quand même un peu du terme inculcation, n’ayant pas la connotation un peu négative de ce mot.

Tout est donc là pour rendre l’idée que la relation d’éducation est bien une relation de sujet à sujet, mais une relation asymétrique, en ce sens que l’adulte est une sujet (censé être) arrivé à la maturité et “portant la responsabilité du monde” (H.Arendt), tandis que l’enfant est un sujet se construisant et s’insérant petit à petit dans la communauté humaine, avec l’aide des adultes.

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Les droits de l’enfant (2)

Posted by Françoise Guillaume on Vendredi mai 17, 2013 Under Enfance

2013-16201903-silhouette-belle-mere-avec-un-bebe-en-echarpeDu droit à vivre avec ses parents

« Le 17 octobre 2002, Tabitha, une petite fille congolaise de 5 ans, est renvoyée à Kinshasa après avoir passé deux mois dans le centre 127 à l’aéroport de Zaventem. Tabitha est alors, dans le jargon du droit des étrangers une MENA, c’est-à-dire une mineure étrangère non accompagnée.

Elle était arrivée du Congo avec son oncle, de nationalité néerlandaise, qui avait l’intention de lui faire rejoindre sa maman, réfugiée au Canada. Ne disposant pas des documents de voyage, seule la petite Tabitha est retenue lors du transit à Bruxelles.

Son avocat essayera par tous les moyens d’obtenir sa libération et son placement en famille d’accueil. En vain. Les autorités belges décident de la refouler vers son pays. A Kinshasa, personne ne l’attend. Une fonctionnaire congolaise la prend en charge, jusqu’à ce que, suite à la pression médiatique, les deux premiers ministres belges et canadiens facilitent la réunion de Tabitha avec sa maman au Canada. »

Des enfants dans les centres fermés : plus qu’un mauvais souvenir ? » Centre AVEC, Bruxelles, décembre 2009)

L’article 9 de la Convention prévoit que « l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités ne décident, (…) que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant !

Mais nos pays de Cocagne considèrent sans doute que le souci de préserver l’espace sans cesse mieux fortifié dans lequel nous nous retranchons est un intérêt encore supérieur à celui de l’enfant.

Inutile d’épiloguer longuement, les faits parlent d’eux-mêmes. Comme quoi, les droits les plus élémentaires ne sont toujours pas garantis dans nos pays. Pardon, une zone de transit ne fait pas partie du territoire national …

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Les droits de l’enfant (1)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 11, 2013 Under Enfance

2013-jumeauxDe la notion d’« intérêt supérieur de l’enfant »

Saskia et Régis sont deux jumeaux, douze ans. Ils arrivent dans mon bureau, un vendredi, au moment où l’école se vide et devient calme. Ils sont très agités :

« Madame, des copains nous ont dit que la police nous attendait devant la porte, on ne sait pas ce qu’il faut faire… »

« La police ? Pourquoi ? »

« Mais, oui, on ne veut plus aller chez notre père et il a le droit de visite un weekend sur deux. Alors, il envoie les policiers pour nous obliger à aller chez lui ! Il l’a déjà fait chez maman.»

Me voilà bien ennuyée, moi qui prends systématiquement soin de ne jamais entrer dans les rivalités familiales et qui essaie toujours de convaincre les parents de laisser les conflits hors de l’école pour préserver, autant que faire se peut, l’apprentissage pour les enfants. Ce père-là m’a pris au pied de la lettre, mais au mètre près !

Je la connais, cette famille : 5 enfants, des parents qui se déchirent au point de se battre devant les enfants, les objets volent, les insultes pleuvent et les gosses trinquent. Chaque conversation avec les parents (séparément) n’est qu’une longue plainte sur l’attitude de l’autre. Bien sur, le bien des enfants importe le plus mais c’est à l’autre qui fait ceci que je dois dire cela. Ils sont d’une totale sincérité, englués dans leur haine mutuelle.

Ce vendredi-là, je m’en suis tirée sans trop de mal : j’ai envoyé les enfants à la bibliothèque avec pour mission de commencer leur travail scolaire, avec l’aide de l’éducatrice qui en profiterait pour les ramener au calme et voir ce qu’ils voulaient vraiment.

J’ai attendu un quart d’heure et suis sortie de l’école ; plus personne à l’horizon !

Contactant le père par téléphone, je lui ai expliqué que cette procédure me semblait une bien mauvaise idée. S’il voulait que les enfants soient déconcentrés chaque fin de semaine, qu’il continue ! Il s’est rendu à mes arguments (peut-être seulement pour cette fois-ci). Je lui ai proposé de faire téléphoner les enfants, devant moi, pour lui dire où ils désiraient rentrer  ;il leur répondrait ce qu’il croyait devoir répondre.

Les enfants l’ont fait, un peu contraints mais se rendant à l’argument que le père avait droit au moins à une explication. Ils ont exposé des faits très simples : club de sport et école des devoirs très matinaux le lendemain. Le père a accepté leurs arguments, sans doute parce qu’il savait que j’écoutais…

Ce n’était qu’un épisode dans la vie de ces enfants, l’école n’a qu’une action limitée et symbolique !

L’article 3 de la Convention prévoit  que : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. » Les procédures de divorces sont les cas les plus représentatifs de la difficulté à savoir que mettre derrière ce concept.

Le vocable « intérêt supérieur de l’enfant », concept-pilier de la Convention, y apparat huit fois, tel quel, ce qui témoigne de la position-clé qu’il occupe dans l’ensemble.

Le problème (mais il faut s’en accommoder), c’est que cette notion est tout à fait imprécise. Robert Badinter dit que c’est un « concept mou mais pas inutile» comme ceux de « bon père de famille » ou de « bonnes mœurs ». Il est évident qu’un nombre non négligeable de parents l’utilisent dans l’acception qui leur convient le mieux, dans des conflits souvent destructeurs, de séparation de couples.

Les parents, aveuglés par leur haine mutuelle, croient sincèrement qu’ils agissent dans l’intérêt de l’enfant. Ils tiennent souvent des raisonnements qui ont l’air très sensés pour défendre leur point de vue mais ils n’arrivent en aucun cas à se décentrer de leur position, à adopter un angle de vue différent qui leur permettrait de trouver des solutions apaisantes pour eux et donc pour les enfants. Et les avocats ne sont pas toujours source de calme. Souvent, c’est eux qui suggèrent et insistent auprès du parent : « Mais si, demandez donc à l’école de vous faire une attestation pour dire que le père n’est jamais venu aux réunions de parents ! ». Même si c’est difficile, il faut dire non ; prendre parti serait amener le conflit dans le cadre de l’école, ce qui est nécessairement néfaste à l’enfant. Là au moins, l’intérêt supérieur de l’enfant est très clair ! Et puis, ce n’est pas parce qu’un père suit moins bien la scolarité de ses enfants qu’il est mauvais père. Qui ira rédiger une attestation disant qu’il emmène ses fils faire de longues promenades à vélo dans la forêt le dimanche ?

Evidemment, les juristes sont bien embarrassés par cette notion floue d’ « intérêt supérieur de l’enfant ». Il en est pour réclamer une définition (« même réductrice ! ») de ce concept. Comme si c’était possible et comme si les mots pouvaient englober entièrement toutes les situations où il faudra bien examiner l’intérêt supérieur de CET enfant-là en particulier !

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Le GSM à l’école…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mai 4, 2013 Under Pédagogie active

GSM_ecoleL’anecdote remonte à il y a quelques années, quand j’étais directrice (proviseure-principale) de l’Ecole Decroly:

« Françoise, Delphine assurait la permanence de fin d’après-midi après ton départ, elle a donné ton numéro de téléphone privé à un parent furieux »
« Quoi ? »

Le lendemain:

« Delphine ? Pourquoi as-tu fait cela ? En fait, le père de Thomas a téléphoné au prof le soir pour protester contre le fait qu’il avait confisqué le GSM de son fils. Tu sais pourtant bien que ce genre de problème se règle à l’intérieur de l’école et qu’on ne donne pas les numéros de téléphone personnels des enseignants, encore moins de la direction ! »
« Oui, je sais, je ne sais pas ce qui m’a pris ; il était agressif. J’ai compris son inquiétude, c’est vrai qu’on est rassuré quand un enfant a son portable dans les transports en commun. »
« Mais tu avais fait tout pour assurer sa sécurité : le gamin a pu téléphoner de l’école à son père pour se mettre d’accord et le retrouver. Tout avait été réglé dans les meilleurs délais »
« Oui, c’est vrai, mais je me suis demandée aussi si le prof avait repris le téléphone chez lui et si oui, est-ce que c’était normal… »
« Mais dans ces cas, tu dois penser institutionnellement et pas personnellement. »
« Oui, c’est vrai, je suis désolée ! »

« Thomas, Monsieur S. t’a pris ton téléphone hier. Comprends-tu pourquoi ? »
« Oui, car il a sonné pendant le cours, mais c’était un oubli, je ne voulais pas perturber. Et puis, c’est un objet personnel, je trouve que le professeur n’a pas le droit de le prendre. »
« Si, c’est indiqué dans le règlement d’ordre intérieur. Il a donc le droit d’appliquer la règle. Et puis, comment s’est déroulée la suite du cours ? »
« J’ai été exclu de la classe »
« Pourquoi ? »
« Parce que je répétais en écho ce que disait un autre élève. »
« Etait-ce l’attitude à adopter après t’être laissé surprendre à laisser ton téléphone allumé ? »
« Non »
« Monsieur S. a donc agi comme peut agir un professeur quand un élève dérange de manière répétée le cours et empêche les autres de bien travailler. Ton téléphone est ici, dans mon bureau, en sécurité. Tu pourras le récupérer demain. »

Fin de n-ième épisode, de nombreux suivront…

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