Les ados et le tabou de la mort dans nos sociétés

Poster par Françoise Guillaume le Samedi mar 27, 2010 sous Chroniques

En décembre, lors d’un colloque sur l’adolescence à Bruxelles, Maja Perret-Catipovic, psychologue, responsable de l’unité Étude et prévention du suicide aux hôpitaux universitaires de Genève, a fait une démonstration fulgurante sur une hypothèse que je n’avais jamais envisagée comme telle, en lien avec les conduites à risque dont je parlais la semaine dernière. Je vais essayer de vous la transmettre et de l’analyser avec vous ici.

L’hypothèse de Maja Peret-Catipovic, se résume en deux phrases: “L’évolution récente de nos sociétés entre en collusion avec les problématiques psychiques des adolescents, en particulier en ce qui concerne la mort, le déni de la mort. (…) Dans nos sociétés contemporaines, le tabou de la sexualité a été remplacé par celui de la mort.”

Elle étaye cette affirmation par un certain nombre de travaux dont les plus impressionnants sont ceux d’un professeur becoming immortalde l’université de Pittsburgh, Stan Shostak, qui se présente son site ici (regardez les montages powerpoint en lien dans le bas de la liste). En quelques mots ce scientifique (il faut bien l’appeler comme tel puisqu’il est cautionné par une université!) propose une solution radicale aux problèmes d’environnement et de surpopulation qui menacent le monde: il s’agirait de fabriquer une génération d’immortels, éternisés dans la phase ascendante de leur vie, la préadolescence, par le remplacement des cellules sexuelles par des cellules-souches. Deux conséquences simultanées et radicales: la population mondiale devient stable en nombre et les individus qui la composent deviennent immortels puisqu’ils portent en eux les matériaux de base pour régénérer organes et tissus (les cellules-souches). Parcourez, même rapidement et même si vous ne comprenez pas tout, les montages ppt (d’assez mauvaise qualité), vous verrez qu’ils dépassent l’explication assez rationnelle que je vous en fournis.

Mais, me direz-vous, voilà un illuminé qui n’est pas représentatif d’une société dans son ensemble…

Trois éléments supplémentaires:

Le Prix Nobel de médecine 2009 a été attribué à 3 chercheurs pour avoir trouvé “le gène de l’immortalité”. Même s’ils s’en défendent, c’est le message qui a été transmis par les médias ici et , par exemple.

Une sociologue québécoise développe l’idée que nous vivons dans une “société post-mortelle” (Voir une interview très intéressante ici)

La littérature pour adolescents n’est pas en reste, par exemple le livre “La déclaration” de Gemma Malley (qui “marche très bien”, dixit la libraire) dont je vous parlerai dans un prochain billet.

L’adolescence est le premier moment de la vie où, en tant que sujet, on est vraiment confronté à la mort. Certes, des enfants la côtoient de plus ou moins près mais ils ne conceptualisent pas le fait qu’ils auront à l’affronter, eux spécifiquement.

L’adolescent, dans les recherches des particularités et des limites qui le construiront lui, interroge la société sur ce qu’elle impose mais aussi sur ce qu’elle tait. Il y a ainsi une collusion entre le tabou collectif de la mort et le fantasme adolescent de l’invincibilité, collusion que la réalité se charge cruellement de démentir parfois.

Pour dire cela plus simplement, il y avait dans les sociétés d’antan une obligation d’accepter la mort, y compris d’enfant ou de jeunes, qui, non seulement anesthésiait (même partiellement) la douleur de la perte d’un être cher mais aussi qui apaisait  les fantasmes des jeunes d’affrontement à la mort.

Loin de moi l’idée de dire que la baisse radicale de la mortalité infantile et/ou juvénile n’est pas un extraordianaire progrès. Mais, comme tout progrès scientifique, il a à être pensé socialement.

Quand un jeune meurt aujourdhui des conséquences d’un jeu à risque, ce ne sont pas ceux qui ont joué qui sont principaux responsables, c’est toute la société!

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