“Notre fille a droit au bien-être dans l’école”
Poster par Françoise Guillaume le Samedi juin 14, 2008 sous ChroniquesEmilie a 15 ans. Intelligente, indépendante et originale, elle vit son adolescence avec sans doute plus de difficultés que d’autres. Le désir d’être conforme à des standards de cet âge est une des caractéristiques de cette période de la vie. Se sentir « autre » et légitime, par exemple aimer la solitude plutôt que les grands rassemblements, n’est pas si évident à assumer.
Emilie donc est dans cette catégorie de jeunes. Les aides plus personnelles, les mises au points sont alors parfois nécessaires. Le rôle de l’éducateur est d’écouter, de relativiser, d’aider à se sentir bien dans le groupe social, tel qu’on est.
Aujourd’hui les parents d’Emilie m’écrivent dans une longue lettre : elle s’est sentie blessée par une enseignante qui parlé d’elle négativement à Léa, sa copine, devant elle; ils me demandent rendez-vous pour traiter de cette question avec moi.
Une des dernières phrases de cette lettre me frappe : « notre enfant a droit au bien-être dans l’école ».
Je m’informe auprès de l’enseignante qui ne me donne pas exactement la même version : elle a bien parlé avec Léa mais après avoir demandé à Emilie de s’éloigner.
L’entretien commence, j’explique les deux interprétations aux parents, en pensant qu’il n’est pas si important de trancher.
Tout de suite, la mère devient agressive : « Bien sûr, vous croyez l’enseignante. Pourtant, j’ai des éléments qui prouvent qu’elle en veut à ma fille. Je l’ai bien vu dès le milieu de l’année. »
Ce genre de situation peut être embarrassant si on pressent qu’il y a effectivement une cristallisation d’un enseignant sur un élève, ce qui peut arriver. Mais je connais bien l’enseignante en question, son côté placide et bienveillant.
J’insiste donc un peu sur le fait qu’une même situation peut-être vécue différemment selon le point de vue duquel on se place et que ce décentrement fait partie de l’éducation que doivent transmettre parent et école.
La mère est de plus en plus excédée, moi aussi !
« Emilie a droit à se sentir bien dans l’école ». Et bien non, elle n’a pas ce droit ! L’école a le devoir de mettre en œuvre tous ses moyens (nécessairement limités) pour que les enfants se sentent bien mais l’obligation est sur les moyens, pas sur les résultats. Aider une adolescente à traverser une passe difficile, ne garantit pas qu’elle se sentira bien à l’école ! Et c’est peut-être ainsi qu’elle grandira le plus et le mieux !
juin 17th, 2008 at 22:59
Cette chronique m’intéresse tout particulièrement car elle pose en filigrane une question qui me turlupine depuis l’article du 2 mai (“Madame, ma fille ne veut pas rentrer dans l’école…”). Comment installer une relation entre le parent et l’école qui puisse aider le mieux possible un adolescent en plus ou moins grande difficulté dans son parcours scolaire ?
Vous aviez conclu votre article précédant en écrivant : « L’école a donc ici, comme dans de nombreuses autres occasions, le rôle de rappel de la réalité : c’est l’adolescent qui doit s’y adapter (soutenu et encouragé) et non la réalité qui doit se tordre aux méandres de sa vie. Ce n’est pas une question de principe moral mais de construction psychique du sujet ». Quel pourrait être le rôle du parent pour soutenir le mieux possible l’école dans cet objectif qui me semble essentiel ?
juin 18th, 2008 at 15:01
Je me rends bien compte que la relation parents-école est au coeur de beaucoup d’exemples que je donne. Parce que cette articulation entre une instance privée (la famille) et une instance sociale (l’école) est difficile à régler dans nos sociétés sorties de l’hétéronomie.
Il y a deux mots qui décrivent ce qui me semble prioritaire: distance et bienveillance.
Distance parce qu’il faut laisser à l’ado un espace pour se construire hors des injonctions parentales et/ou scolaire: par exemple, on peut installer un cadre qui favorise le travail, on ne peut pas travailler pour eux. Distance parce qu’il faut prendre avec attention mais aussi avec une certaine retenue ce que disent les ados de leur vécu, tant en famille qu’à l’école. Leur vision de la réalité n’est pas toujours la réalité (sans nécessairement qu’il soit question de les accuser de raconter n’importe quoi)!
Bienveillance parce que l’on peut comprendre que la famille et l’école ne voient pas l’ado sous le même jour. Il faut donc écouter le point de vue de l’autre partie avec bienveillance pour voir comment cette double approche peut permettre d’affiner la situation et à l’ado de progresser, comme sujet bien avec lui-même, comme un parmi les autres soucieux de faire avancer la société.
Puis, il ne faut pas se sentir paralysé au quotidien: chacun fait ce qu’il croit devoir faire, après avoir réfléchi, et c’est le plus souvent bien comme cela!
juin 28th, 2008 at 23:15
Je comprends fort bien que distance et bienveillance soient misent en oeuvre du coté de l’école; la question qui me vient est la suivante :
Quel rôle peut joueur l’école pour montrer à l’instance privée (la famille) qu’elle peut aborder ce genre de situation selon les mêmes principes ?
Comprendre que l’enfant/adolescent n’est pas vu de la même manière selon l’instance mais aussi qu’il n’a pas le même comportement selon l’instance permettrait peut-être d’éviter d’aborder une préoccupation parentale comme une confrontation visant, de facto, à critiquer l’école … me trompe-je ?
juillet 1st, 2008 at 21:37
Il est bon que les parents et l’école n’aient pas le même regard sur l’enfant. Dans l’énorme majorité des cas, chacun peut entendre le point de vue de l’autre en acceptant d’écouter et de se décentrer. Quand c’est difficile, il faut effectivement éviter d’entrer dans une logique d’affrontement, essayer d’expliquer en quoi plusieurs points de vue ne sont pas nécessairement contradictoires, ne relèvent pas d’office de la mauvaise foi ou du mensonge de l’une ou l’autre des parties. L’expérience aide énormément à trouver ce terrain commun sur lequel on peut enfin construire. Mais parfois elle ne suffit pas et, comme dans tous les problèmes de relation, la responsabilité est toujours partagée!