Les droits de l’enfants, formalisés par une Convention,… (5)

Poster par Françoise Guillaume le Samedi juin 15, 2013 sous Enfance

CIDELa Convention Internationale des droits de l’enfant, signée en 1989, concrétise l’enfant imaginaire de nos sociétés nouvellement démocratiques, chaque jour plus libérales et individualistes. En ce sens, elle est parfaitement adaptée à l’idéal collectif qui s’est installé depuis trente ans environ.

Parallèlement, au milieu des années 80 s’amorce le nouveau chemin, moins simple que prévu : les théories de l’attachement montrent l’importance énorme de la qualité des soins donnés par la mère à son bébé, le concept de parentalité met l’accent sur la responsabilité des parents à assumer leurs tâches, non clairement définies mais déterminantes pour l’avenir de leurs enfants.

Et c’est alors que la notion de droits de l’enfant apparait comme complexe, plus complexe que prévu ! Elle englobe, sans bien les distinguer, les droits-créances (droits à… l’éducation, les soins,…) et les droits-libertés (droits de s’exprimer, d’être entendu… ou même de s’associer!), laissant bien floue la place de l’éducation.

Car, sortant d’un système strictement organisé, il est bien difficile de définir d’autres modes d’éducation qui préservent la personnalité de l’enfant, de chacun des deux parents, qui introduise l’enfant à la société comme être unique mais aussi comme un parmi les autres, qui donne à cet adulte en devenir toutes les compétences qu’il faut pour vivre en adéquation avec les idéaux projetés (par lui, par ses parents, par la société). Vaste programme !

Avant qu’on ait eu le temps de voir venir la question, les situations problématiques se sont multipliées, même si elles sont loin de l’être toutes comme voudraient nous le faire croire les Cassandre qui exploitent les angoisses contemporaines : les enfants-rois qui deviennent des adultes désabusés et/ou incapables de s’adapter à une réalité incontournable, les ados qui cherchent dans la fusion avec leurs pairs, l’étayage essentiel qu’ils ne reçoivent plus de la société… Tout cela sous l’œil incrédule des parents qui, issus de mai 68, avaient cru que cela ne leur arriverait jamais puisqu’ils étaient la  génération de la parole, de la liberté et de l’autonomie!

Aujourd’hui, on commence à mesurer l’ampleur de la tâche, sans toujours nuancer suffisamment. Prenons un seul exemple : il est de bon ton aujourd’hui de dire et de répéter qu’il faut faire respecter des limites aux enfants, que ces limites les aident à se construire, que la frustration permet l’avènement de la pensée,… Certes, mais ici aussi un discours réducteur ne suffit pas.

Il apparait maintenant comme clair que ce retour en force de la notion de « limites » ces dernières années (d’ailleurs jamais vraiment disparues du champ de l’école ou de l’institution) ne s’accompagne pas suffisamment de ce « chemin de parole » qui aide à ce qui la limite se construise de l’intérieur et que le comportement de l’enfant et de l’adolescent ne se réduise pas à une succession d’attitudes juxtaposées sur le principe de base du stimulus-réponse qui façonne sans doute des être qui ont l’air bien policés mais qui sont en fait souvent morcelés et incapables de cohérence à long terme dans leur attitude. Ce « chemin de parole » est d’ailleurs le garant que celui qui met les limites respecte une cohérence indispensable, même si elle lui est propre, ou plutôt si elle n’est limitée qu’au seul champ de la famille, par exemple.

Ceux qui espèrent qu’un retour à une situation d’antan résoudraient tous les problèmes en seront pour leurs frais ; la route vers de nouveaux modèles d’éducation est encore longue !

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