Faut-il modifier la Convention des Droits de l’Enfant? (fin!)

Poster par Françoise Guillaume le Samedi juin 22, 2013 sous Enfance

MoiOn l’a vu dans les semaines précédentes, la Convention offre un cadre difficile à cerner de près. Les deux types de droits, les droits-créances (”droits à” et les droits-libertés (droits de”), sont-ils à maintenir ? La notion d’intérêt supérieur de l’enfant doit-elle être précisée ? Y a-t-il lieu de préciser des périodes de la vie pour déterminer quel type de liberté accorder à quel âge ?

Pour les droits humains en général, les droits-libertés priment sur les droits-créances dans nos sociétés : si un livre est censuré, on va en appeler bruyamment à la liberté d’expression mais qu’un homme n’ait pas de logement n’émeut plus grand monde. Pour les droits de l’enfant, les droits-créances sont globalement mieux respectés, bien que nous ayons vus que les situations de précarité qui se reproduisent de génération en génération, entravent gravement l’exercice de ces droits.

Aujourd’hui, dans nos sociétés, ces tensions sont non explicitées. Tout le monde raisonne comme s’il y avait moyen d’avoir tout, sans restriction. Cependant, ce n’est qu’en clarifiant les articulations qui existent entre ces deux pôles que l’on pourra construire peu à peu, à partir de chaque réalité.

De manière plus générale, il conviendrait de stopper la place envahissante qu’a pris le droit dans nos sociétés. Privés de l’hétéronomie de la société des derniers siècles, nous avons cru que la loi explicite pourrait remplacer la Loi implicite. Or, aussi loin qu’aille l’écrit, il reste toujours des interstices pour que chacun interprète l’écrit. Ce n’est qu’en admettant ce fait, en remplaçant la logique du « Tu as un avis, j’en ai un autre, restons-en là » par une dynamique de réflexion collective (au niveau d’une institution, de groupes plus informels ou plus larges) que nous pourront évoluer vers plus de « bon sens commun » qui permette à chacun de prendre sa place. Redisons-le : « Il faut tout un village pour éduquer un enfant ».

La Convention a signé le changement du regard sur l’enfance dans nos sociétés. L’enfant doit être considéré à la fois comme un alter ego et comme un être à éduquer, à insérer dans la communauté humaine. Mais, au même titre que les Droits de l’Homme ne peuvent constituer une politique, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ne peut définir une ligne éducative.

Seriner sur tous les tons que les enfants ont des droits est le plus souvent contreproductif au processus éducatif. Il faut agir, parler sur des cas précis en obligeant à la réflexion et non se dédouaner en informant « à vide », par exemple sur les droits de l’enfant.

Les droits de l’enfant ne doivent faire l’objet d’aucune forme d’enseignement, c’est autrement qu’ils doivent s’exercer. Les nombreux exemples évoqués nous ont montré qu’il y a matière !

L’enjeu principal dans nos sociétés nouvellement démocratiques (n’oublions pas que le droit de vote pour tous ne date que de quelques décennies), c’est d’écouter l’enfant, tout en l’aidant à se construire, à se penser lui, en tant que sujet mais aussi comme un parmi les autres.

Se penser, c’est mettre à distance l’émotion, sans se les interdire, c’est différer les pulsions, c’est apprendre à symboliser pour ne pas être esclave de soi.

La société dans son ensemble doit prendre conscience de sa responsabilité globale et trouver le moyen de limiter le pouvoir ultralibéral de nos sociétés de consommation, en prenant particulièrement garde aux enfants. Songeons à l’aberration que représente l’interdiction de la publicité sur les chaines françaises après 19h (qui a d’ailleurs amené une hausse de 40% des recettes publicitaires des autres tranches horaires). Pourquoi préserver les adultes, alors que les plus vulnérables à ce type de sollicitation sont les enfants ? Sachant que les enfants sont à l’origine de 45% des achats, aurons-nous le courage d’inverser la vapeur ?

Dans la même optique de formation d’un sujet de droit, l’école doit prendre conscience que sa mission de transmission porte davantage sur les liens que sur les agrégats préformés de contenus vides de sens. Elle doit admettre une fois pour toutes qu’elle est la première institution que rencontre l’enfant et qu’à ce titre, elle a une mission d’éducation qui lui est irrévocablement dévolue, qu’elle est le premier lieu où les droits de l’enfant doivent être respectés, strictement respectés.

L’enfant pourra ainsi se penser, de sa place d’enfant qui sait qu’il y aura toujours dans son entourage un adulte prêt à l’écouter, partir de ce qu’il dit et de ce qu’il est pour l’amener sur le chemin de la communauté humaine, y compris en le limitant de manière circonstanciée et adaptée.

L’enfant pourra ainsi se construire peu à peu comme un parmi les autres. La classe (mais aussi toute autre collectivité d’enfants et d’adolescents) est le lieu privilégié pour cet apprentissage, elle n’est en aucun cas une juxtaposition d’individus-élèves mais une collectivité où chacun a des responsabilités (parfois très pragmatique comme nourrir le lapin de la classe), où des moments d’explications mutuelles sont fréquents, où le travail de groupe est organisé par l’enseignant de manière à faire tourner les responsabilités et varier l’exercice des compétences.

Cohérente avec cet objectif-là, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant offre une structure idéale : elle fixe des balises mais oblige à y réfléchir au cas par cas, ensemble autour de l’enfant, de préférence

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