Une réponse d’aujourd’hui à des questions déjà posées hier
7 11 2009
Près de vingt ans après l’intervention de la petite fille à la tribune de l’ONU (voir semaine dernière), une réponse possible à ces questions est portée par les tenants de la décroissance, les “objecteurs de croissance”.
Pour faire connaissance, vous pouvez regarder ici. Allez voir dans le bas de la page les deux parties du reportage. Cela dure environ une demi-heure en tout mais présente simplement différents aspects.
Un des intervenants, Bernard Legros, a publié récemment le livre ci-contre. Il le présente à la fin de la première partie du reportage en ces mots: “Que faut-il apprendre aux élèves? L’enseignement sert à mettre les élèves dans une norme sociale mais il a aussi un côté émancipateur, il est censé donner un esprit critique. Comment faire la part des choses entre ces deux tendances-là qui sont, finalement, contradictoires? Laquelle devrait l’emporter sur l’autre? Est-ce qu’il faut transformer les élèves en chômeurs intelligents et critiques ou bien en producteurs consommateurs disciplinés? Que faire? Mon livre tente de répondre à ces questions.”
C’est un peu radical comme manière de présenter la situation mais, sur le fond, tout à fait d’actualité.
La citation en exergue du chapitre 3 reprend la même idée de manière plus générale : “La seule question qui doit se poser, en effet, est de savoir si nous voulons éduquer une génération de consommateurs égocentrés en symbiose parfaite avec la logique libérale ou, à l’inverse, une génération capable de résister radicalement à cette logique et de reprendre à son compte, sous les formes qui seront les siennes, l’idéal d’une société réellement humaine.” (Jean-Claude Michea).
Alors, quid? Dès la première page de la préface de Serge Latouche, le dilemme ne s’annonce pas comme résolu: “Le beau livre de Bernard Legros et Jean-Noël Delplanque, L’enseignement face à l’urgence écologique, illustre à merveille la nécessité mais aussi la quasi-impossibilité d’une éducation à la décroissance.”
De quoi refroidir d’emblée le potentiel lecteur, c’est-à-dire moi aujourd’hui puisque j’ai acheté le livre il y a 3 jours! Mais sans m’arrêter à cette phrase, je vous dirai quoi, sans doute dans quelques semaines, ou laisse l’un d’entre vous le faire.
Chaque fois que j’envisage ces questions, je me demande s’il y a moyen d’entrer progressivement et/ou partiellement dans cette philosophie de vie, s’il est possible d’y sensibiliser les élèves tout en restant dans le champ de l’école. Je vois bien que, quel que soit le discours des adultes, les ados ne rêvent que de distributeurs de Coca-Cola (il n’y en a pas dans l’école où je travaille) et de Smartphone dernier cri (interdits dans la même école). Simplement, on peut espérer que la graine que l’on a plantée, germera plus tard…
Qu’en pensez-vous?






En prolongement de cet article (qui pose des questions importantes !), je voudrais vous proposer d’écouter l’émission “L’humeur vagabonde” du mercredi 11 novembre. Il s’agissait d’une rencontre avec Gilles Perret et Raymond Aubrac autour de la sortie du film “Walter, retour en résistance”. Malheureusement, le fichier n’est disponible à l’écoute que 8 jours.
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/humeurvagabonde/index.php?id=85194
Encore une petite pierre, glané dans la presse ce matin…
“Ma vie sans carbone (15): un hameau bio et social
Le Hameau des Buis est une expérience très écologique et peut-être encore plus sociale. Sous la houlette de Sophie Rabhi, fille du philosophe et spécialiste de l’agriculture bio Pierre Rabhi, un village est en train d’être construit autour d’une école Montessori.”
http://www.liberation.fr/terre/06011429-les-buis-un-hameau-bio-et-social
Extrait d’une interview de Jacques Ellul, réalisée en 1979 et toujours d’actualité.
«Autrement dit, en face du phénomène technique et du nouveau milieu en face duquel nous sommes, il faut que nous ayons des mutants. Mais pas du tout les mutants de la science-fiction, des hommes capables d’utiliser les techniques et en même temps de ne pas être utilisés par elles, de ne pas être intégrés, de ne pas être entièrement subordonnés aux techniques. Cela suppose un développement de l’intelligence et un développement de la conscience qui ne peuvent s’effectuer que sur des individus, mais c’est en réalité la seule possibilité.
Cela pose évidemment le problème de l’éducation des enfants. Pendant une période plus ou moins longue, nos enfants et nos petits-enfants vivent et vivront dans un milieu technique et nous ne pouvons pas imaginer une seconde que nous allons pouvoir les élever en marge de ce milieu. Une fois encore, il ne s’agit pas de refuser que la technique existe, car elle existe et elle est notre milieu (…).
On ne peut prétendre continuer à vivre comme au XIXe siècle, continuer à élever nos enfants comme s’ils ignoraient la technique, comme s’ils n’étaient pas introduits, tout-petits déjà, dans le monde technicien. Si nous avions cette prétention, nous conduirions des enfants à être de purs inadaptés, à les empêcher de vivre tout en les rendant vulnérables à l’égard des puissances de la technique. On ne peut pas non plus vouloir qu’ils soient de purs techniciens parce qu’ils deviendraient alors tellement bien adaptés à la société technicienne qu’ils finiraient par être dépourvus de tout ce que l’on a considéré jusqu’à présent comme spécifiquement humain. Il faut le préparer à vivre dans la technique et, en même temps, contre la technique. Il faut leur apprendre ce qui est nécessaire pur vivre dans ce monde-ci et en même temps développer une conscience critique envers le monde moderne (…). C’est un équilibre très, très difficile. Il ne faut pas se faire d’illusion : nous préparons un monde qui sera encore plus difficile à vivre pour nos enfants que pour nous. Nos enfants vont avoir à faire face à des situations encore plus ardues.
Je voudrais citer un mot qui me paraît affreusement éclairant dans son cynisme. Je connais assez bien le directeur d’Électricité de France qui est, en France, le grand patron des centrales atomiques. Je discutais avec ce directeur du danger des centrales atomiques, et finalement, sur des points particuliers, il a reconnu qu’il y avait des questions insolubles. Il a alors eu cette formule extraordinaire : « Après tout, il faut bien que nous laissions aussi à nos enfants des problèmes à résoudre ! »
in “Jacques Ellul par lui-même, La Table Ronde, 2008, p. 126-129
Fin du texte de Jacques Ellul :
“Nous sommes là en présence de l’attitude cynique du technicien qui reconnaît ses limites. Et il ne fait pas de doute que nos enfants rencontreront en effet des problèmes difficiles. Dans l’immédiat, cela implique que, d’un côté, ces enfants soient comme tous les autres, qu’ils fréquentent l’école de tout le monde, mais qu’en même temps on essaie de mettre sur pied une sorte d’école parallèle où les enfants apprennent un peu à vivre autrement et apprennent peu à peu, sur un plan existentiel, à mettre en question les certitudes qu’on leur enseigne à l’école. Cela ne peut évidemment se faire que dans des communautés de parents. On ne peut pas donner une telle orientation de vie dans le seul cadre familial, on ne peut pas faire un travail de ce genre tout seul à l’égard de ses propres enfants.”
Ce dimanche, une émission très intéressante sur France Inter sur les “désobéisseurs”, ce mouvement d’enseignants et de directeurs d’école né en France et qui entend résister contre certains dispositifs mis en place par Xavier Darcos dans le cadre de la réforme du primaire.
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/interception/ (émission du 24/1/2010)
Podcast de l’émission : http://radiofrance-podcast.net/podcast09/rss_14934.xml