20 ans de droits de l’enfant (1)
Poster par Françoise Guillaume le Samedi nov 21, 2009 sous Chroniques
20 ans des droits de l’enfant! Si tout le monde s’accorde pour dire qu’il y a encore beaucoup à faire dans certaines parties du monde (enfants au travail et sans éducation, enfants prostitués enfants-soldats,…), beaucoup disent aussi les effets pervers de la diffusion, parfois anarchique et mal comprise (voir ici et ici), de cette notion de droit de l’enfant. J’aurai l’occasion de développer longuement oralement là, je résumerai dans le billet de la semaine prochaine.
Je voulais simplement reprendre cette semaine en quoi la situation est loin d’être aussi simple dans nos pays aussi.
Le Délégué général aux Droits de l’Enfant (l’équivalent belge du Défenseur des Enfants en France) vient de publier une étude sur les conséquences de la pauvreté sur les enfants, les jeunes et leurs familles (dans la partie francophone de la Belgique). Vous le trouverez en intégrale ici. Je voulais vous en livrer un court extrait, très parlant. Les références qui sont brièvement évoquées se retrouvent précisément dans le texte d’origine.
Un cas particulier: les poux
La question des poux est un facteur de stigmatisation et d’exclusion de l’enfant à l’école, alors que l’école devrait être un instrument d’éducation. On peut penser d’ailleurs que les poux constituent en tant que tel un bon analyseur de la situation des familles précarisées.
Dire que la pauvreté est stigmatisante, c’est la reconnaître comme un signe, un attribut, qui porte un discrédit durable et profond sur la personne, au point qu’elle n’est plus considérée comme un semblable à nous, voire qu’elle est rejetée hors du cercle des humains.
S’ensuivent une série de conséquences, notamment que l’on prête à la personne des incapacités ou des déficiences non avérées, qu’on la suspecte de mauvaise volonté, qu’on réfère injustement un certain nombre de fait au stigmate. (référence à la théorie du stigmate élaborée par E.Goffman)
Les poux seraient synonymes de négligences et d’une mauvaise volonté, parce que l’on est pauvre. Beaucoup de familles se sentent démunies face à cette question. L’école exclut l’enfant en demandant que la famille règle le problème des poux sans savoir si la famille a les moyens financiers pour assumer le traitement.
“Le traitement des poux est super cher: on ne sait pas donner tous les traitements et on ne sait pas aller chez le médecin pour avoir le certificat nécessaire. Il y a une incohérence entre les communes: les demandes et les exigences sont très variables d’un CPAS (Centre public d’Aide sociale) à l’autre.”
“On n’attrape pas des poux tout seul. c’est un “truc” de société. Cela entraîne l’exclusion de l’enfant pendant 15 jours de son école. Après les 15 jours, s’il a encore des poux, il ne peut plus aller à l’école. Des fois, l’enfant ne peut plus aller à l’école pendant un mois et même plus à cause des poux. Si l’enfant ne travaille pas bien à l’école et que le prof dit qu’il est exclu, l’enfant pleure, il est humilié. On ne veut plus jouer avec lui. L’enfant décroche déjà à cause des gros soucis de sa famille. Cette situation est mal gérée par l’école. En plus, quand on a 5 enfants, imaginez le prix que cela coûte. Les produits sont trop chers!”
D’après la sociologue Magali Joseph (référence étude 2008), si on se situe du point de vue des enseignants, les parents doivent inculquer à leurs enfants un certain nombre de règles dont notamment la propreté, l’hygiène… Ces règles relèvent de la sphère privée. Par contre, si on se situe du point de vue des parents, l’école a également une responsabilité au niveau de l’hygiène et de la propreté des enfants
Les poux sont donc un réel problème pour les enfants dont ils ne s’estiment pas seuls responsables et pour lesquels ils espéreraient un soutien plus actif de l’école
“Il est nécessaire d’attacher de l’importance à l’aspect psychologique des parents et des enfants et des conséquences que cela peut avoir dans les écoles. L’école est un endroit où le pouvoir public est démissionnaire. Or cela a une importance capitale car on fait de l’insertion sociale. Ce n’est pas en culpabilisant les gens que l’on arrange les choses. C’est un problème qui existe et la responsabilité doit être sociale. Ainsi, tous les ans, en début d’année, la sécurité sociale doit prendre en charge. La rentrée scolaire est déjà chère pour les familles. Les gens font déjà des efforts pour la rentrée et il faut dépenser 50 à 60 euros pour acheter des produits et lutter contre les poux.”
Nous avons vu que la stigmatisation et l’exclusion de certains enfants qui ont des poux à l’école pose question… Cela a des conséquences psychologiques sur les enfants et financières auprès des parents. Il est essentiel d’organiser des séances de prévention pour les parents et de leur mettre à disposition des produits gratuitement.
“Il faut organiser des réunions de prévention et d’information avec les parents pour en parler avec eux! Les parents et les enfants se sentiront soutenus par l’école et l’école n’exclura plus les enfants! Il faut mettre des produits gratuits à l’école à la disposition des familles. Il faut expliquer qu’avoir des poux n’est pas une honte!”
“La télévision montre des choses qui ne sont pas toujours intéressantes. Dans la vie de tous les jours, les poux, on n’en parle pas! Il faudrait lancer une campagne sur la question des poux à la télévision, sur Internet par le biais des pubs, de posters.”
C’est un peu long pour un billet de blog, mais cela a le mérite d’être clairement explicité. De quoi réfléchir sur un cas concret. Notez que les poux se retrouvent dans tous les milieux, de manière sans cesse grandissante, et ne relèvent pas du manque d’hygiène élémentaire quotidienne.
Bonus: Dans le genre, ce n’est pas encore gagné sur tous les fronts pour les Droits de l’Enfant, lisez cette nouvelle étonnante: aux USA, une petite fille de 10 ans a été touchée au Taser par un policier, avec l’autorisation de sa maman, parce qu’elle refusait de prendre sa douche. Si, si, c’est ici…
novembre 26th, 2009 at 15:12
“Une petite fille de 10 ans a été touchée au Taser par un policier, avec l’autorisation de sa maman, parce qu’elle refusait de prendre sa douche.” Cette maman n’avait pas lu “Sacrées sorcières” (Roald Dahl) !! Tout parent correctement informé et soucieux de la sécurité de son enfant sait qu’il ne doit pas prendre plus d’un bain par mois sous peine de se faire immédiatement repérer.
novembre 28th, 2009 at 15:51
Mon fils de 10 ans revient de l’école après une activité sur les droits de l’enfant. Depuis, il n’a plus que ce mot à la bouche. “Mais, j’ai droit à un dessert, j’ai droit à jouer comme je veux,…” Quand je lui demande si on lui a aussi parlé de ses devoirs, il a répondu: “oui, mais mes devoirs je les fait”!!!
novembre 28th, 2009 at 15:54
Je crois savoir que dans la Convention, il y a aussi le droit des enfants à pratiquer leur religion. Cela pourrait-il servir d’argument aux fillettes voilées à l’école?