20 ans de droits de l’enfant (2)

Poster par Françoise Guillaume le Samedi nov 28, 2009 sous Chroniques

20 ans droits enfantUne des questions les plus controversées quand on évoque la Convention de Droits de l’Enfant (texte intégral ici) est celle de la coexistence, dans son texte, de droits-créances (droit à avoir un nom, à ne pas être séparé de ses enfants, à jouir du meilleur état de santé possible,…) et de droits-libertés (article 12 à 16 en particulier: droit de s’exprimer, de s’associer, de pratiquer sa religion,…).

On comprend tout de suite l’argument (développé dès le début des années 90) : ou bien on considère que l’enfant est un être faible, à assister et dans ce cas, comment lui accorder des droits aussi disproportionnés que celui de s’exprimer ou de s’associer librement? Ou bien l’enfant est vu comme un sujet à part entière et dans ce cas, pourquoi lui donner le bénéfice de toutes ces protections?

L’impasse semble évidente et difficile à contourner. Et pourtant, il “suffirait” de bien vouloir articuler ses deux dimensions autour de l’éducation.

L’article 29 est explicite: “Les États parties conviennent que l’éducation de l’enfant doit viser à :
a) Favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et des ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités ;
b) Inculquer à l’enfant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies ;
c) Inculquer à l’enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ;
d) Préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité entre les sexes et d’amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d’origine autochtone ;
e) Inculquer à l’enfant le respect du milieu naturel.”

Tout y est! Par exemple le mot “inculquer”  qui signifie “faire entrer durablement quelque chose dans l’esprit de quelqu’un”, s’y retrouve 3 fois. Il est cependant intéressant de noter que la version anglophone utilise “developpement” (ici), qui se distingue quand même un peu du terme inculcation. Le mot respect y est employé tant pour les parents, que pour les valeurs “nationales”,…

Tout est donc là pour rendre l’idée que la relation d’éducation est bien une relation de sujet à sujet, mais une relation asymétrique, en ce sens que l’adulte est une sujet (censé être) arrivé à la maturité et “portant la responsabilité du monde” (H.Arendt), tandis que l’enfant est un sujet se construisant et s’insérant petit à petit dans la communauté humaine, avec l’aide des adultes (”il faut tout un village pour élever un enfant”).

Philippe Meirieu dit, de manière extrêmement parlante: “Imaginons une société où les droits-créances des enfants auraient été respectés et rencontrés à 100%… Comment peut-on espérer que de tels enfants seront des citoyens actifs et critiques demain?

Ainsi donc, la CIDE, si décriée soit-elle, reste le meilleur outil-balise pour parler de la place de l’enfant dans nos sociétés. Elle nécessite simplement d’être explicitée, le patron du pull doit être tricoté!

La semaine prochaine, je clôturerai par un ou deux exemples concrets de la manière de permettre à ces beaux principes de vivre dans le quotidien…

PS: Ceci n’est pas un résumé de la conférence du 25 (impossible à résumer dans un format post!), mais plutôt un extrait. Ceux qui voudraient l’entendre en baladodiffusion, c’est ici)

Bonus: Pour voir comment une société suédoise d’ameublement récupère ce 20ème anniversaire, voir ici.

Comments are closed.