A l’opposé de ce que je décrivais la semaine dernière, une institution dans un hôpital universitaire bruxellois (ici), institution accueillant des adolescents en grosse détresse psychique, s’est donnée 4 lignes de conduite (d’après un exposé entendu en décembre):

- à l’arrivée de l’adolescent, suspendre le diagnostic. Car le diagnostic enferme l’adolescent, il induit des solutions qui brident de fait toute créativité, il installe l’adolescent dans un posture de malade alors qu’il est peut-être simplement en crise passagère. Mais, en Belgique, la prise en charge par la Sécurité sociale, implique un diagnostic de type DSM IV (voir semaine dernière). D’où impasse!adolescente en difficulté

- prescrire les médicaments a minima

- dans l’équipe, répartir les fonctions éducatives sur tous les permanents

- s’abstenir d’établir des contrats sur les comportements, les symptômes.

Le travail en équipe et le suivi des adolescents sont les lignes d’actions bien décrites sur le site (lien ci-dessus).

En comparaison avec le processus de dépistage, diagnostic, remédiation décrit la semaine dernière, vous voyez qu’on est presque à l’exact opposé.

Oui mais, me direz-vous, on est aussi à un autre stade: adolescence vs enfance, difficultés avérées vs dépistage de masse préventif. Certes! Et cependant, ces distinguos ne sont pas, pour moi, significatifs: c’est à chaque étape que la philosophie de l’approche de l’enfant pressenti ou en difficulté, doit suivre les mêmes principes: l’humain avant tout, la confiance dans le fait qu’il peut sortir de ses difficultés, en partenariat avec les adultes.

La semaine prochaine, dernier épisode, dans un livre qui présente ce type d’approche sur le terrain…

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Dépister, diagnostiquer, traiter…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 24, 2010 Under Chroniques

dominic interactif Dépister pour prévenir, tel est le mot d’ordre aujourd’hui. Dans une société qui produit des plus en plus de normes (pas les mêmes normes qu’auparavant, mais des normes: l’âge où il faut marcher, parler, lire; l’allaitement maternel; les comportements attendus dans les relations avec les autres: trois exemples parmi mille autres), il y a, mécaniquement, de plus en plus d’écarts à ces normes, souvent qualifiés de troubles. Qui dit troubles, dit remédiation ou médication qui seraient des solutions simples et des  traitements  rapides, “qui donnent des résultats”.

Voici l’outil qui correspond à ce processus “efficace”: le Dominic interactif.

Une petite explication:

“Le Dominique interactif est un questionnaire informatisé auto-administré, basé sur la symptomatologie de l’axe I du DSM-IV, qui permet une appréciation des tendances aux sept problèmes de santé mentale les plus fréquents chez les enfants. Parmi les troubles intériorisés, il s’agit 1) de la phobie simple, 2) de l’angoisse de séparation, 3) de l’hyperanxiété et anxiété généralisée, 4) de la dépression simple et dysthymie. Parmi les troubles extériorisés, il s’agit 5) de l’hyperactivité avec déficit de l’attention, 6) du trouble d’opposition et 7) des troubles de conduites. L’instrument a été spécialement conçu pour les élèves du primaire et donne, en 10 à 15 minutes, une lecture des tendances de l’enfant aux sept problèmes de santé mentale. Il contient également une échelle de forces et de compétences qui identifie des comportements positifs. L’instrument a initialement été développé pour une utilisation en entrevue individuelle auprès d’échantillons cliniques.” (source: ici)

Pour savoir ce qu’est (a minima) l’axe I du DSM IV, lire ici (y compris controverse, à la fin)

Oui, vous avez-bien compris: pour apprécier les tendances aux troubles mentaux, on met l’enfant devant un ordinateur et on lui demande de répondre à quelques questions où il s’identifie à un personnage, Dominic. La version, commerciale évidemment, existe dans plusieurs langues et est adaptée à plusieurs cultures.

Mais où donc est l’humain dans tout cela? Comment peut-on croire que ce n’est pas par l’observation de l’enfant dans de nombreuses activités que l’on peut cerner une éventuelle difficulté avant de (ou à la place de) dépister un trouble? Comment des humains peuvent-ils croire que ce n’est pas dans l’humain, et quasi exclusivement dans l’humain, qu’ils peuvent aider des “petits humains” à être eux-mêmes, tout en intégrant peu à peu la communauté globale?

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La femme est l’avenir de l’homme? (2)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 17, 2010 Under Chroniques

A l’autre extrême de la semaine dernière… mais dans le même sujet de préoccupation!

Certaines de ces femmes se revendiquent du féminisme: « J’estime que je défends les droits des femmes. La vraie féministe est celle qui n’accepte pas qu’un homme lui impose sa conduite. » Pour Oum Aldina (dont je ne sais pas si c’est une des deux femmes du film ci-dessus), la démarche de se dissimuler sous le voile intégral est un combat contre la domination masculine : « Je ne veux pas être montrée, jetée en pâture aux regards masculins. Je ne veux pas que mon corps figure comme un morceau de chair sur un étalage. Je ne suis pas un objet, je réclame le respect.” (Source: ici ou plutôt dans la version papier)

Lady Gaga et Beyonce n’ont pas eu besoin de se battre pour faire valoir leur liberté d’expression dans le clip Téléphone: elle leur était donnée avec, en surcroît, la renommée et les avantages de toutes natures qui vont avec elle.

Quand certaines musulmanes revendiquent le droit de porter le foulard, disent-elles autre chose que ce que la société entière clame tout le temps et partout? A savoir, “je veux être moi-même, je suis libre“. Bien sûr, certaines autres y sont contraintes par leur entourage masculin mais rétorque Oum Aldina: “Si mon mari ou mon père m’avait forcée à porter le niqab, je me serais tournée vers les associations, vers le commissariat pour dire qu’on m’a imposé cette situation.”

Vous pouvez aussi lire aussi ici, elles disent la même chose. Mais, si vous lisez la fin, vous verrez que cette revendication se fait au nom d’un système beaucoup plus codifié et complexe que celui de la liberté de la femme: elles ne veulent pas mettre leurs jeunes enfants à l’école maternelle, arguant qu’elle peuvent assumer leur éducation elles-mêmes. Est-il bon, pour un enfant jusqu’à 6 ans, de vivre en milieu clos, sans diversité culturelle dans les contacts sociaux qu’il développe? Poser la question, c’est y répondre…

Pour le voile intégral, les interdictions (légitimes) qui sont mises en place aujourd’hui en France et en Belgique, se justifient de sécurité publique. Y a-t-il argument plus porteur aujourd’hui? Mais aussi plus fallacieux sur la raison réelle de cette interdiction? Cette pratique se double nécessairement de beaucoup d’autres, éducatifs entre autres (en cohérence avec ces choix religieux). En parle-t-on suffisamment?

Pour terminer, un autre lien avec les questions d’éducation: Les jeunes garçons et filles vivent avec ces modèles d’identification sous les yeux, plus ou moins présents selon le milieu où ils sont. Comment peuvent-ils se déterminer quand les discours dominants,en particulier dans les médias, sont aussi extrêmes (l’idéologie de la société de consommation vs celle de la religion)? Et que si peu de voix aident à décrypter chacune de ces extrémités?

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La femme est l’avenir de l’homme?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 10, 2010 Under Questions

Voici, paraît-il, ce dont nos ados rafolent (à écouter “à donf” évidemment!)

Qu’en pensez-vous?

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Une suite littéraire…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 3, 2010 Under Chroniques

la déclarationLa semaine passée, je vous parlais du livre destiné aux adolescents qui donnait écho aux questions d’immortalité. Extraits, Anna l’héroïne est en classe avec ses congénères, les Surplus, en 2140:

” Anna connaissait l’histoire de la Longévité par coeur mais, à l’instar de Mr Sargent, elle ne s’en lassait jamais non plus. La Longévité permettait aux humains d’accomplir pleinement les ambitions de Mère Nature. La Longévité prouvait que les humains étaient supérieurs sur toute la ligne. Mais la supériorité allait de pair avec responsabilité, soulignait Mr Sargent. On ne pouvait pas abuser de la confiance et de la générosité de Mère Nature.

Avant l’apparition de la Longévité, les gens mouraient de choses diverses appelées cancer, crise cardiaque ou sida. Ils avaient également des handicaps (…) Le Renouvellement n’existait pas encore, pas plus que les exercices cérébraux, et tout le monde mourait autour de soixante-dix ans, à l’exception de quelques chanceux qui n’avaient au fond pas tant de chance que ça: ils étaient fatigués tout le temps, n’entendaient plus très bien… à ce compte-là, mieux valait être mort que vif.

Puis les Scientifiques-Naturels avaient découvert le Renouvellement, grâce auquel on pouvait obtenir des cellules flambant neuves pour remplacer les anciennes et rectifier le reste de vos cellules en prime. (…)

L’un d’entre eux, le Dr Fern, avait alors fait une autre découverte: il s’était aperçu que le Renouvellement marchait également contre le vieillissement. Il en avait pris lui-même pour servir de cobaye et, d’un seul coup, il avait cessé de vieillir. Sauf qu’au début, il n’avait fait part de sa découverte à personne. Et quand il avait fini par le faire, les Autorités avaient officiellement rendu le traitement illégal, à moins d’avoir le sida ou un cancer, à cause de concepts baptisés “Retraite” ou “Fardeau pour la Société”.

Le Dr Fern avait fini par mourir, n’ayant pas eu le droit de poursuivre le traitement; mais quelques années plus tard, les Autorités avaient réalisé que grâce à la Longévité, les gens n’auraient plus à s’arrêter de travailler. Si la population ne vieillissait pas et ne tombait jamais malade, cela ferait des économies au gouvernement. Quantité de gens suivaient déjà le traitement, du reste, mais dans la plus parfaite illégalité. Des voix s’élevaient de partout pour réclamer la légalisation du traitement de Longévité, si bien qu’en 2030 le Premier Ministre avait mandaté une Commission d’enquête. En découvrant qu’il n’y avait aucun effet secondaire et que les gens pourraient désormais vivre éternellement, il en avait conclu que c’était un progrès extraordinaire et les plus grandes compagnies pharmaceutiques de Grande-Bretagne s’étaient associées afin de se lancer dans la production massive de pilules de Longévité pour le monde entier.

Les gens cessèrent de mourir. D’abord en Europe, aux Etats-Unis et en Chine, puis progressivement partout ailleurs. Certains pays s’y mirent plus tard que les autres, car le traitement était trop coûteux pour eux, mais des terroristes s’étaient attaqués à l’Angleterre pour protester contre le coût élevé du traitement et, peu après, les prix avaient baissé, permettant à tout le monde d’y avoir accès.

” Et à votre avis, que se passa-t-il ensuite?” demandait invariablement Mr Sargent (…)

Neuf fois sur dix, Anna levait la main. “La Terre est devenue surpeuplée, disait-elle avec gravité. Si personne ne meurt et que chacun continue à faire des enfants, il n’y a plus assez de place pour tout le monde.”

“Exactement”, commentait Mr Sargent. Et il leur parlait alors de la Déclaration, instaurée en 2065 afin de limiter le nombre d’enfant à un seul par famille. Si les parents tentaient d’en avoir un deuxième, celui-ci était éliminé.

Quelques années plus tard, on avait réalisé qu’un enfant par couple était encore un chiffre trop élevé. En 2080, la Déclaration avait donc été révisée: il s’agissait d’interdire totalement les naissances, sauf si un des deux parents s’Affranchissait de la Longévité. Chaque pays avait dû signer la Déclaration et une toute nouvelle Brigade des Surplus, ou Rabatteurs, comme on commençait à les surnommer, était désormais chargée de traquer les réfractaires à la Loi.

En vous Affranchissant, vous obteniez le droit d’avoir un enfant. “Un enfant pour un Affranchi” ou “Une vie pour une autre”, comme le préconisait la Déclaration. Mais comme cela signifiait également tomber malade et mourir, l’option attirait peu de candidats.

Les Affranchis étaient souvent vus d’un mauvais oeil, expliqua le Dr Sargent. Qui accepterait de mourir pour le seul plaisir d’avoir un enfant, sans même savoir s’il tournerait bien ou mal? Il y avait bien sûr des criminels égoïstes qui ne s’Affranchissaient pas et mettaient quand même des enfants au monde pour qu’ils pillent les ressources naturelles et gâchent la vie des Légaux… mais les Surplus présents dans cette salle ne le savaient que trop bien, n’est-ce pas? C’était donc la raison d’être de Grange Hall: offrir des perspectives aux Surplus nés de ces criminels; les aider à comprendre leurs responsabilités, et les aider à se rendre utiles aux Légaux. Les Surplus n’étaient d’ailleurs pas autorisés à suivre le traitement de Longévité. “A quoi bon protéger leur agonie?” ajouta Mr Sargent.”

Le romans décrit les conditions de vie pitoyables des Surplus, formatés pour devenir les esclaves des Légaux. Anna se délivrera, bien évidemment, de ce servage, avec quelques belles surprises à la clé, y compris de la part de ses parents biologiques. La fin est donc sauve…

Et après avoir lu, on se demande moins pourquoi de plus en plus jeunes sont angoissés et/ou désespérés par l’avenir… La fiction est aussi à l’image de l’imaginaire collectif.

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Les ados et le tabou de la mort dans nos sociétés

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 27, 2010 Under Chroniques

En décembre, lors d’un colloque sur l’adolescence à Bruxelles, Maja Perret-Catipovic, psychologue, responsable de l’unité Étude et prévention du suicide aux hôpitaux universitaires de Genève, a fait une démonstration fulgurante sur une hypothèse que je n’avais jamais envisagée comme telle, en lien avec les conduites à risque dont je parlais la semaine dernière. Je vais essayer de vous la transmettre et de l’analyser avec vous ici.

L’hypothèse de Maja Peret-Catipovic, se résume en deux phrases: “L’évolution récente de nos sociétés entre en collusion avec les problématiques psychiques des adolescents, en particulier en ce qui concerne la mort, le déni de la mort. (…) Dans nos sociétés contemporaines, le tabou de la sexualité a été remplacé par celui de la mort.”

Elle étaye cette affirmation par un certain nombre de travaux dont les plus impressionnants sont ceux d’un professeur becoming immortalde l’université de Pittsburgh, Stan Shostak, qui se présente son site ici (regardez les montages powerpoint en lien dans le bas de la liste). En quelques mots ce scientifique (il faut bien l’appeler comme tel puisqu’il est cautionné par une université!) propose une solution radicale aux problèmes d’environnement et de surpopulation qui menacent le monde: il s’agirait de fabriquer une génération d’immortels, éternisés dans la phase ascendante de leur vie, la préadolescence, par le remplacement des cellules sexuelles par des cellules-souches. Deux conséquences simultanées et radicales: la population mondiale devient stable en nombre et les individus qui la composent deviennent immortels puisqu’ils portent en eux les matériaux de base pour régénérer organes et tissus (les cellules-souches). Parcourez, même rapidement et même si vous ne comprenez pas tout, les montages ppt (d’assez mauvaise qualité), vous verrez qu’ils dépassent l’explication assez rationnelle que je vous en fournis.

Mais, me direz-vous, voilà un illuminé qui n’est pas représentatif d’une société dans son ensemble…

Trois éléments supplémentaires:

Le Prix Nobel de médecine 2009 a été attribué à 3 chercheurs pour avoir trouvé “le gène de l’immortalité”. Même s’ils s’en défendent, c’est le message qui a été transmis par les médias ici et , par exemple.

Une sociologue québécoise développe l’idée que nous vivons dans une “société post-mortelle” (Voir une interview très intéressante ici)

La littérature pour adolescents n’est pas en reste, par exemple le livre “La déclaration” de Gemma Malley (qui “marche très bien”, dixit la libraire) dont je vous parlerai dans un prochain billet.

L’adolescence est le premier moment de la vie où, en tant que sujet, on est vraiment confronté à la mort. Certes, des enfants la côtoient de plus ou moins près mais ils ne conceptualisent pas le fait qu’ils auront à l’affronter, eux spécifiquement.

L’adolescent, dans les recherches des particularités et des limites qui le construiront lui, interroge la société sur ce qu’elle impose mais aussi sur ce qu’elle tait. Il y a ainsi une collusion entre le tabou collectif de la mort et le fantasme adolescent de l’invincibilité, collusion que la réalité se charge cruellement de démentir parfois.

Pour dire cela plus simplement, il y avait dans les sociétés d’antan une obligation d’accepter la mort, y compris d’enfant ou de jeunes, qui, non seulement anesthésiait (même partiellement) la douleur de la perte d’un être cher mais aussi qui apaisait  les fantasmes des jeunes d’affrontement à la mort.

Loin de moi l’idée de dire que la baisse radicale de la mortalité infantile et/ou juvénile n’est pas un extraordianaire progrès. Mais, comme tout progrès scientifique, il a à être pensé socialement.

Quand un jeune meurt aujourdhui des conséquences d’un jeu à risque, ce ne sont pas ceux qui ont joué qui sont principaux responsables, c’est toute la société!

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La vie… ou la mort? Et les ados?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 20, 2010 Under Chroniques

Repensant au billet de la semaine passée, je me suis demandée plusieurs fois pourquoi ce documentaire avait été intitulé “le jeu de la mort”. Tout participant à un jeu sait qu’aucune télévision ne prendrait le risque d’une mise à mort d’un candidat, ce n’est donc pas la mort mais la souffrance de l’autre et son consentement qui étaient en jeu, au propre comme au figuré! Mais la souffrance et, surtout, le risque de souffrir ont pris dans nos société et surtout chez nos ados, une tout autre place qu’il ya quelques décennies. Le jeu de et avec la mort aussi…

en souffrance LBIl est indéniable que les conduites à risque ont augmenté considérablement chez les jeunes d’aujourd’hui. Le spécialiste de ces questions, le sociologue, David Le Breton, a publié quelques livres sur la question, dont celui représenté ci-contre et cité ci-dessous. Sous le vocable “conduite à risque” se retrouvent de nombreux comportements : conduire beaucoup trop vite, choisir des sports extrêmes dans des conditions dangereuses (glisse hors piste, par exemple), consommer de l’alcool jusqu’au coma, se scarifier, fuguer et errer… toutes ayant comme point commun de flirter avec la mort.

“Mettre son existence en jeu, altérer son corps sont des transgressions majeures qui ne laissent pas moralement intact. Si l’individu le décide lui-même, sous le coup d’une nécessité intérieure et dans un contexte de souffrance aiguë, il y trouve un apaisement paradoxal. Non par la résolution du problème, mais par l’emprunt d’un chemin de traverse qui procure enfin un moment de répit et une redéfinition de soi. L’individu reprend son souffle, cherche une autre posture pour affronter ses difficultés. La limite glisse extrêmequ’il cherche est celle du sens, trouver sa place dans le monde, rencontrer enfin une butée qui arrime son existence.

Le jeu avec les interdits que sont la blessure, la douleur ou la mort implique une transgression, c’est à dire une fabrication de sacré intime. (…) La quête de limite est toujours d’abord celle du sujet, même si elle implique l’hypothèse de mourir ou de se heurter durement au monde. C’est une limite de soi pour soi qui s’appuie sur une donnée anthropologique, c’est-à-dire l’accès à un contenant qui procure enfin la sensation de soi. Le souci n’est nullement de s’établir dans la transgression ou d’abolir les limites, mais de les interroger, de jouer avec elles, et de sentir l’existence battre en soi comme une preuve irréfutable de présence au monde.”

Né de la disparition des rites de passage, ce phénomène s’est considérablement amplifié  par le regard de nos sociétés sur la mort. Nous en parlerons la semaine prochaine.

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La télé ou la vie…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 13, 2010 Under Chroniques

“Le jeu de la mort”, diffusé le 17 mars,  annoncé par France 2 ici, va faire du bruit! Une courte présentation sur France 5, suivie de quelques réactions, vous en dira plus long qu’un long texte…


Le jeu de la mort : Jusqu’où peut aller la télévision ?

La RTBF.be, télévision publique belge, a diffusé ce documentaire début mars déjà. Je l’ai vu.

Première impression, un immense malaise, assez primitif: comment peut-on tenir une position d’autorité quand on voit l’ascendant qu’il est possible de prendre sur des gens “normaux” jusqu’à obtenir d’eux de torturer une autre personne à la place de laquelle ils auraient pu être (on montre que, au début du contact entre les candidats et la productions, les places de chacun sont tirées au sort, dans ce cas-ci avec trucage évidemment!)

On comprend mieux comment, dans le contexte des années 60, les expériences de Milgram, aient servi de caution scientifique pour asséner un coup définitif à la légitimité de l’autorité, déjà bien érodée. La porte était grande ouverte pour une société égalitaire, sans obéissance, où toute position d’autorité était discréditée en soi, puisqu’elle pouvait aboutir à de telles extrémités.

Puis la pensée reprend le dessus.

Premièrement, ne pas comparer les adultes et les enfants. Toute société, représentée par les adultes, doit introduire les enfants à une société humaine, nécessairement structurée par certaines valeurs, qui entraînent mécaniquement autorisations et interdictions. Tout en laissant entendre à l’enfant, au jeune que, même tenu d’obéir, il peut exprimer, pour des choix importants, un point de vue qui infléchira peut-être la position de l’adulte (mais pas toujours). Quand il sera adulte, il pourra se positionner, comme un être libre, face à ces valeurs et leur concrétisation.

Mettre des limites à un enfant, lui imposer d’obéir, dans un cadre cohérent et aussi permanent que possible, c’est en faire un homme ou une femme qui pourra s’occuper d’autres choses, plus intéressantes, que de se contenir lui-même pour ne pas céder aux pulsions de plaisir qui se succédent nécessairement en chacun.

Pouvoir exercer une autorité qui interdit mais qui surtout autorise relève de la responsabilité première de chaque éducateur.

Deuxièmement, relever l’emprise de la télévison et plus largement des médias (y compris Internet) sur nos sociétés. “L’emprise de la religion a été remplacé par l’emprise de la télévision”, nous dit Yves Michaud ici. Là aussi, indépendemment de la place qu’a pris ce 4ème pouvoir, peut-être devenu le premier, il est urgent de protéger les enfants de ces images qui les emprisonnent dans des modèles d’identification et les coupent de la réalité du vrai monde (par exemple, celui où il faut savoir s’occuper seul, sans s’agiter et/ou crier tout de suite à l’ennui)

Mais, aujourd’hui,  interdire les chaînes destinées aux moins de 3 ans apparaît comme une atteinte à la liberté d’expression plutôt que comme une mesure de santé publique (en tout cas de santé mentale).

P.S. Un peu hors sujet: le documentaire lui-même met un peu mal à l’aise dans son ambiguïté. Comme tous les documentaires actuels, il est monté et sonorisé comme une oeuvre de fiction, ce qui lui donne un ton un peu racoleur. Les candidats sont présentés comme les protagonistes uniques de l’action alors que tout le dispositif devrait être interrogé. Cela manque…

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La pauvreté, héréditaire?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 6, 2010 Under Questions

enfant pauvretéLe CRIOC (Organisation de consommateurs) publie un rapport sur le thème “Consommation, pouvoir d’achat et crise” (ici).

Quel rapport avec l’enfance?

Si vous regardez la p. 33, vous y voyez un graphique qui montre une des différences les plus importantes entre les différents groupes sociaux: 88% des parents du “groupe social inférieur” gardent eux-mêmes leurs enfants, contre 44% et 38% dans les autres groupes sociaux.

Très bien, les mères (ou les pères) s’occupent elles(eux)-mêmes  de leurs enfants. Mais peut-être, dans ce cas de figure, restent-elles souvent bien seules face à une charge qui doit leur sembler souvent bien lourde, avec peu de référent extérieur qui peut aider à se décentrer… Les petits enfants eux-mêmes retardent un peu le moment de socialisation où ils ont à se frotter au langage commun, au contexte imposé par d’autres, par une institution le plus souvent.

Dans les pages suivantes du rapport, on voit aussi que les “groupes sociaux inférieurs” consacrent beaucoup d’argent (surtout en regard de leur budget) aux achats consacrés aux enfants, l’objectif étant de lui donner tout ce dont il aurait  besoin, du moins dans l’imaginaire des parents, baignés dans la publicité omniprésente de notre société de consommation .

Comment généraliser dans la société l’idée que l’on n’EST pas par ce que l’on A? Comment conscientiser chacun à la place où il est dans la société, à sortir de la logique consumériste qui pousse sans cesse à céder à la pulsion, ce qui est l’antithèse de l’éducation?

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Vacances à la montagne, vacances de santé?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi fév 27, 2010 Under Questions

Le reportage date de 2009 mais il serait très étonnant qu’il soit totalement obsolète!


Qu’en pensez-vous?

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