Poupées gonflables pour pédophiles?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 20, 2013 Under Enfance

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La dernière trouvaille pour lutter contre la pédopornographie? Il suffisait d’y penser: des poupées gonflables, plus vraies que nature, qui permettent d’assouvir les pulsions sans dégâts pour personne.

Sauf qu’à bien y réfléchir et en évitant de glisser vers les commentaires horrifiés que l’on trouve dans ces circonstances, rappelons-nous, calmement mais sans doute possible, qu’à force d’assouvir ses pulsions sur une poupée gonflable, le pédophile entretient sa perversion, ne travaille pas pour la dompter, la sublimer, la…

Et le jour où il se retrouvera devant une petite fille charmeuse qui joue à la séductrice, il oubliera qu’elle n’est pas une poupée, que la sexualité infantile n’a rien à voir avec celle des adultes et que, quelle que soit l’attitude de l’enfant, il faut d’abord le regarder comme un enfant et pas comme un partenaire sexuel potentiel.

Et les poupées gonflables ne peuvent pas apprendre ces fondamentaux à leurs propriétaires!

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L’école, lieu d’apprentissage de la démocratie? (1)

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 13, 2013 Under Pédagogie active

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Avant d’entrer dans le vif du sujet, la photo ci-dessus représente un distributeur de cocas qui offre une boisson fraîche si on lui fait un câlin, qu’on l’enlace. Rien que ce fait (imaginé par une agende de publicité (voir ici) nécessiterait un commentaire, mais ce n’est pas l’objet ici! Passons pour revenir à la réalité d’ici! Les faits remontent à une dizaine d’années mais pourraient se produire aujourd’hui…

Les coordonnateurs sont les délégués des délégués d’élèves et, à ce titre, les premiers interlocuteurs pour défendre la cause des élèves pour les questions qui les préoccupent dans la vie de l’école.

« Madame, on voudrait demander de faire installer un distributeur de sodas dans l’école. »

« Vous savez que je ne suis pas vraiment favorable à votre cause mais vous pouvez préparer une argumentation pour la réunion générale des professeurs qui est l’instance qui peut prendre ce genre de décision dans l’école. »

« Mais pourquoi les professeurs? Si on fait un vote chez les élèves, le résultat est certain. »

« Oui, mais dans l’école, les décisions qui ont des conséquences pédagogiques ou éducatives sont du ressort exclusif de la réunion générale des professeurs, c’est écrit dans les statuts. »

« Bon, est-ce que nous pouvons y aller pour les convaincre ? »

« Oui, bien sûr. »

« Vous verrez que nous y arriverons ! »

Le jour dit, arguments pour (souvent par les élèves mais parfois aussi par les enseignants) et arguments contre (toujours par les enseignants) sont avancés :

« La consommation de sodas est mauvaise pour la santé, un distributeur dans l’école incitera inévitablement à en boire. »

« Mais toutes les études disent que les jeunes ne boivent pas assez et éduquer à une consommation raisonnable des sodas est aussi important que d’en interdire l’accès. »

« L’installation de distributeurs dans l’école augmente la circulation d’argent, introduit une forme de publicité présente en permanence dans un lieu de vie des jeunes. »

« C’est à l’école de prévenir les élèves contre les pièges de la publicité. Puis, s’il n’y a pas de distributeur, nous sortons de l’école et les boissons nous coûtent beaucoup plus cher que ce qu’elles coûteraient à l’école. »

« Les consommations achetées à l’école rapporteraient un peu d’argent à celle-ci qui pourrait ainsi améliorer son équipement ou son cadre de vie. »

Deux argumentations qui se tiennent chacune mais qui sont guidées par des motivations et des valeurs très différentes.

Après une heure de discussion acharnée, l’ensemble des professeurs a voté : contre le distributeur. Et pourtant, c’était une chaude après-midi de juin où un soda bien frais aurait été bienvenu ! (Extrait du livre: “L’enfant: petit homme ou petit d’homme?” ici)

Alors, eut-on parler d’apprentissage de la démocratie? Il s’agit, à mes yeux, d’un excellent exemple de l’exercice de la liberté d’expression, d’association prévue par la Convention des Droits de l’Enfant de 1989,, tout en restant dans un cadre éducatif : le suffrage universel n’est pas l’équation réduite de la démocratie, l’argumentation a été vraiment entendue et la décision n’était pas prise d’avance mais remise en jeu dans le cadre clair de l’école.

Tout ce qui apparaît comme des détails est, en fait, capital: par exemple, si l’école est décidée à ne rien changer, inutile de laisser les élèves se démener pour construire un dossier. Ils ne feraient qu’en ressortir avec l’idée de “à quoi bon s’investir si c’était déjà décidé d’avance!”. On donne ainsi d’emblée une idée bien négative de la démocratie. De plus, organiser la discussion entre les enseignants et les délégués d’élèves montre à ceux-ci qu’ils n’ont pas un corps monolithique devant eux, que les adultes ont aussi des divergences de point de vue mais tout le monde se ralliera à l’avis de la majorité.

Dans des cas plus fréquent, où il est clair que l’école ne changera pas de position (accorder des libertés de sortir de l’école pendant la journée à de très jeunes adolescents seuls), il m’arrivait  de rediscuter avec des élèves de telle ou telle règle. Ils ferraillent (souvent bien) pour faire valoir un autre avis que celui qui prévaut dans l’école. A la fin d’un dialogue quand chacun a exposé ses arguments, je clôture en disant: “Vous avez un raisonnement qui se tient (et qui montre que vous êtes intelligents et bien formés!), j’en ai un autre et c’est celui-là qui prévaudra parce que je parle au nom de l’institution qui a déjà bien réfléchi, collectivement, à ces questions.”

Il faut parfois répéter plusieurs fois cette dernière phrase, de plusieurs manières, pour faire accepter que la situation n’évoluera pas comme ils le voudraient, pour être clair sur le fait que ce n’est pas un acte de pouvoir pur, d’asservissement, mais une décision éducative, pour faire comprendre que ce n’est pas personne (eux) contre personne (moi),… Mais bon, si on ne veut pas expliquer, on ne doit pas exercer métier d’éducation!

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Wiki et contrat intergénérationnel

Posted by Françoise Guillaume on Samedi avr 6, 2013 Under Adolescence

Un nouveau wiki Wikizen est en train de se créer en Fédération Wallonie-Bruxelles sur le thème de l’Internet citoyen.

Il est beaucoup question aujourd’hui de la crise de la transmission, de la confusion des générations, etc, etc…intergén_wiki

Plutôt que de ce lamenter sur le ton engluant de la plainte, pourquoi ne pas s’investir dans des initiatives telles que ce wiki ? Quel est le lien ? Déployons le raisonnement en précisant que cet argumentaire est largement inspiré de Bernard Stiegler dont une approche est accessible dans la conférence « adolescence et obsolescence ou comment devenir adulte dans un monde jetable ? » ( à écouter jusqu’au bout pour comprendre le lien !)

Ce wiki peut en effet rentrer dans le tissage d’un nouveau contrat intergénérationnel qui s’imposera peut-être comme le mode de transmission à venir : les seniors (en football, on est senior à 21 ans ; dans les magazines, à partir de 50-55 ans) transmettent ce qu’ils ont la responsabilité de transmettre, sans a priori, ni complaisance ; les juniors apportent leurs connaissances et leur nouvelle manière de voir (en terme de réseau) en acceptant de prendre en compte ce que leur transmet la génération précédente.

Pourquoi penser qu’il faut en passer par des solutions aussi sophistiquées pour rétablir un lien intergénérationnel, parfois bien distendu ?

Le dernier demi-siècle a été l’occasion d’une mutation radicale du regard sur l’humain et sur l’enfant en particulier. Les adultes, considérés comme des individus libres, ne sentent plus où sont les limites de la légitimité à éduquer un enfant devenu sujet à part entière ; l’éducation implique une asymétrie qui n’est plus de mise dans nos sociétés actuelles.

Dans le même temps, la société consumériste ultra-libérale n’a pas encore trouvé de limite. Les techniques de marketing, chaque jour plus raffinées, s’emploient à faire exploser les différences entre générations, ramenant toujours l’identification à un adulte jeune, en forme et/ou fragmentant les cibles publicitaires véhiculant ainsi l’idée que chaque génération doit s’occuper d’elle-même et que tous s’en sentiront mieux !

Dans ce cadre général, la transmission intergénérationnelle est bien mise à mal : elle implique en effet le consentement d’une génération de recevoir le passé, accepté des générations précédentes, de le malaxer et le digérer à la sauce du présent pour le projeter dans l’avenir, à destination des générations futures. Or les seniors d’aujourd’hui sont précisément ceux qui ont crû pouvoir faire table rase du passé, en particulier autour de mai 68. Comment endosser l’habit de « celui qui sait » alors qu’on a pensé que jamais, on ne serait dépassé par les suivants, le mot d’ordre étant la liberté de dire, de penser, de dépenser,…. dans lequel toutes les générations se retrouveraient, égales en tout.

De plus, le premier support sur lequel s’est toujours fondé la relation intergénérationnelle est un support technique : l’artisan ébéniste initiait ses fils ou ses apprentis sur le bois, le professeur d’humanités conseillait (ou imposait) livres et documents. Que dire alors de la transmission entre génération quand le support technique majoritaire se fait doubler par une révolution technologique, comme l’est Internet ? Il faut vivre l’expérience de trouver comment débloquer un lave-vaisselle sur Internet alors que votre plombier (pourtant habituel) ne vous suggère aucune solution, pour comprendre que la transmission est définitivement chamboulée !

Ainsi, le flux existant depuis la nuit des temps d’une génération à l’autre doit être réinventé, d’où le concept de contrat intergénérationnel : les seniors prennent l’information, la traitent et la pensent à partir de leur expérience (dans tous les sens du terme), les juniors apportent les informations techniques qu’ils connaissent, proposent les manières de voir avec leur regard à eux ; les deux groupes échangent, se parlent et progressent ensemble (en n’oubliant pas que, dans la relation éducative stricto sensu, la décision revient à l’adulte).

Ce wiki n’est rien d’autre qu’une approche très pragmatique et partielle du contrat intergénérationnel mais il a le mérite d’exister et de commencer le drap qui sera à tisser sans fin.

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Parler sexualité ne veut pas dire entrer dans l’intimité!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 30, 2013 Under Adolescence

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A table, dans un dîner entre amis avec leurs enfants adolescents: une mère, séparée du père, reçoit un coup de fil de sa nouvelle petite amie puis commente, devant son fils: “Elle m’a dit qu’elle avait hâte d’embrasser mon petit bouton! C’est pas mignon?”Non, ce n’est pas mignon de l’avis des autres convives qui détournent la conversation, gênés.

C’est le commentaire de BA au billet de la semaine dernière qui m’a rappelé cette anecdote et m’a fait prendre conscience qu’il pouvait y avoir une confusion entre parler de LA sexualité ou parler de SA sexualité. En d’autres mots que l’intime et le sexuel sont deux aspects bien différents d’une même réalité!

Mais alors qu’est-ce qu’une posture éducative dans les questions touchant à la sexualité?

Tenir sa place dans les générations est la seule manière d’assurer la transmission qui est la base de toute éducation. Les parents doivent tenir fermement leur position d’adulte pour permettre à l’enfant de trouver la sienne. Par exemple, des parents croient bon de regarder des films pornos avec leurs enfants, arguant qu’il vaut mieux qu’il en soit ainsi plutôt qu’ils le fassent en cachette. Même sans en arriver à des pratiques aussi extrêmes, les adultes ne trouvent pas toujours nécessaire de s’abstenir de manifestations sexualisées dans l’environnement familial alors que ce type de démonstration peut être  toxique : elle provoque une effraction inter-générationnelle dans l’intimité de chacun. Ainsi, la notion même d’intimité ne peut pas se construire alors qu’elle est particulièrement précieuse et délicate dans une société où la frontière entre public et privé est sans cesse malmenée.

Tant de flou amène la plus grande confusion dans la tête des adolescents déjà structurellement troublés par toutes les transformations qu’ils vivent.

Comment tenir une  place générationnelle éducative aujourd’hui, compte tenu de l’accès quasi inévitable des jeunes aux images pornographiques (par exemple) ? La petite séquence ici l’explique simplement et clairement. A chaque occasion, l’adulte doit  mettre des mots calmes sur tout ce qu’il en voit en présence de l’enfant (historique d’Internet, affiches,…).

Pour ramener ces images à leur juste place, parfois loin de la vie réelle.

Cette responsabilité incombe aux parents mais aussi à toute personne en contact éducatif avec les jeunes, qui d’ailleurs sont souvent bien plus aptes à différencier virtuel et réel, fiction et réalité, que ne le croient les adultes!

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Parler sexualité hier = parler sexualité aujourd’hui?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 23, 2013 Under Adolescence

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Sortant il y a peu d’une représentation de la pièce de Wedekind sus-nommée, j’en restai perplexe: tant de pièces classiques traversent les âges et gardent une forme d’intemporalité; et ici, tout semble désuet: le discours ampoulé et ambigu des parents, la non-communication entre jeunes, les non-relations entre parents et enfants. Tout date! Quel est donc l’intérêt de montrer cette oeuvre aujourd’hui encore?

Puis à la réflexion, il m’est apparu comme une évidence que la permanence était ailleurs.

On peut voir qu’en une cinquantaine d’année, les repères en terme d’éducation ET de sexualité ont littéralement muté : d’un enfant considéré comme pâte à modeler, on est passé à un enfant sujet à part entière dès sa naissance. De plus le poids des prescrits sociaux s’est fortement délité ou plutôt a changé de mode : d’une obligation à se conformer aux règles communes intangibles, on est passé au mot d’ordre « sois toi-même ». Dans le premier cas, le cadre était souvent étouffant mais contenant ; dans le deuxième, il n’y a plus de structure collective, à chacun de s’en construire une, s’il le peut !

Ces deux évolutions ont évidemment eu un effet majeur sur la manière dont on envisage  l’éducation. S’y est superposée, une nouvelle vision de la sexualité passant de tabou indissociablement lié à la procréation, à une obligation de bien-être indispensable à l’épanouissement, voire placée sous la bannière de la performance.

A première vue, quand on envisage le regard social sur la sexualité, on peut considérer qu’un gouffre sépare deux époques éloignées de moins d’un siècle : le tabou vs le tout-montrer,  le silence vs le tout-dire,  l’interdiction vs l’encouragement,  la répression vs le laisser-faire, les précautions vs, la gestion du risque.

En fait, ce qui semble totalement opposé forme une identité presque parfaite : en matière de sexualité, jamais les adultes ne se sont départis d’une quasi-impossibilité à quitter la projection de leurs fantasmes sur l’enfance et la jeunesse.

Ce qui a changé, ce n’est que le contenu du fantasme. Hier, les adultes projetaient les pires représentations : si on expliquait l’acte sexuel à une fille, elle allait se dévergonder ; si un garçon se masturbait, il deviendrait sourd, par exemple. Le tabou de la sexualité annihilait tout bon sens chez les adultes qui transmettaient ainsi implicitement un message aux enfants et aux adolescents, ceux-ci étant tiraillés entre leurs pulsions et le non-discours ambiant. Aujourd’hui, tous, y compris la plupart des experts sont englués dans le fantasme d’une sexualité omniprésente et sur le versant de tous les excès (il suffit de voir la littérature existant sur les dangers de la pornographie pour les adolescents, toute dans l’angoisse et la panique) avec des effets aussi pervers que les fantasmes d’hier car ils figent les enfants et adolescent dans le même tiraillement entre leur subjectivité et le discours ambiant.

Or toute posture éducative est impossible sans une prise de distance par rapport à son propre fantasme, ce qui n’était le cas ni hier, et ne l’est pas aujourd’hui. Ainsi donc, en termes éducatifs à propos de tout ce qui touche de près ou de loin à la sexualité, rien n’a vraiment changé depuis en siècle alors que tous les faits semblent dire le contraire. Le sentiment de sidération de tous les adultes (et, en miroir, des enfants) face la dimension sexuelle, n’a pas changé quant au fond, empêchant une réelle posture éducative.

La vraie question dans toutes ces questions est de savoir comment aider les adultes à prendre cette indispensable distance!

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Parlons bébé!

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 16, 2013 Under Enfance

Un moment de détente

Image de prévisualisation YouTube

C’est rigolo! Surtout si on arrive à le prendre pour ce que c’est: du deuxième, troisième, n-ième degré…

Car il y en aura bien (et ce n’est pas une critique!) pour entendre derrière ce type de publicité qu’il y a un “langage bébé” et que si, comme jeune parent, on n’arrive pas à le décoder, on est vraiment nul.

Relâchons la pression: il n’y a pas de langage bébé et c’est bien pour cela qu’ils apprendront le langage commun car ce sera plus sûr pour se faire comprendre!

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L’échographie du bébé de l’institutrice a-t-elle une place en classe?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 9, 2013 Under Pédagogie active

echographieCe matin, lors d’un colloque plein d’intérêt (ici), une question a été soulevée dans la salle: que penser d’une jeune institutrice qui amène et montre à ses élèves de 7-8 ans une image de l’échographie du bébé qu’elle porte? La question en soi amenait le doute…

Une première réponse avançait l’idée que l’échographie relevait actuellement plus de la photo de famille que d’une image de diagnostic. Le médecin faisait remarquer que ce point du vue, largement partagé, posait d’ailleurs problème car des parents venaient parfois avec leurs enfants aînés à l’échographie et que, quand il s’agissait d’annoncer une mauvaise nouvelle, la situation se compliquait considérablement si toute la famille se trouvait là!

Une autre manière de voir a été formulée dans l’assemblée: on peut imaginer que l’institutrice a amené la photo en question pour parler du développement du foetus, de la naissance en classe. Une belle occasion de partir du concret, en somme!

Sauf qu’il y a concret et concret. Le concret de l’intimité et de la vie privée de quelqu’un (que ce soit l’enseignant ou l’enfant) n’est jamais un bon point de départ pour l’apprentissage. Quand des interférences émotionnelles entrent trop en phase avec des activités cognitives, les enfants n’apprennent plus rien. Il faut avoir l’esprit suffisamment libre de tout envahissement affectif pour pouvoir apprendre. En d’autres mots, un peu d’affectif comme moteur de la relation prof-élève, oui; trop, attention danger!

On pourrait aussi aborder la frontière public-privé, aujourd’hui tellement malmenée. Avec de petits enfants comme ceux-là, ce n’est peut-être pas si grave mais là aussi, il y a une forme d’apprentissage à donner par l’école. Qui ne commence jamais assez tôt.

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Un article sur un accident de vélo est-il un bon sujet d’apprentissage?

Posted by Françoise Guillaume on Samedi mar 2, 2013 Under Pédagogie active

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Deux étudiants en sciences de l’éducation viennent chercher des indications sur la manière d’enseigner dans le cadre d’une pédagogie Decroly.

Ils me présentent la situation suivante: “Un enfant de 10-12 ans arrive en classe avec un article de journal de son papa. Cet article parle d’un accident survenu lors de la journée sans voiture. Un enfant s’est fait renverser par une voiture. Il est choqué car il vient tous les jours à vélo et cela pourrait lui arriver.” Ils imaginent plusieurs sujets à exploiter: “le plan, l’écologie, la sécurité routière, le code de la route, le vocabulaire lié au vélo”,…

Nous voici devant un bon exemple de ce qui est apparemment une bonne porte d’entrée pour rencontrer l’intérêt des élèves et qui, en fait, n’en est pas une. Pourquoi?

L’argument le plus important est que tout sujet qui touche affectivement un enfant (en admettant que cela soit le cas ici, car c’est le père qui donne l’article, l’enfant n’a donc peut-être rien voulu!) est un mauvais sujet pour aborder des apprentissages. Non qu’il faille refuser d’en parler avec l’enfant: il a sans doute besoin d’une oreille attentive, éventuellement du réconfort de l’enseignant et/ou du groupe, éventuellement plusieurs fois. On peut rappeler des règles de bases du code de la route, de la prudence sur le chemin de l’école mais l’apprentissage ne peut se réduire à ces quelques aspects factuels. Et si on tire sur un fil qui se présenterait dans ce cadre, le risque majeur est que l’élève n’ait pas assez de disponibilité intellectuelle pour entrer dans le cognitif, parasité qu’il est par l’émotion. Tout sujet susceptible d’engendrer angoisse, réactions affectives fortes, doit donc être traité pour ce qu’il est d’abord et non comme une porte d’entrée dans l’apprentissage.

De plus, toutes les questions de sécurité routière sont à l’intersection des savoirs de l’école et des comportements éducatifs de la famille. Comment espérer que les enfants qui voient leur(s) parent(s) conduire dangereusement (et cela arrive certainement) peuvent-ils traiter le savoir qu’il leur est demandé de travailler à l’école?

En un mot, traitons les sujets humainement difficiles dans le champ de l’humain, je crois qu’il est des missions de l’école d’aborder ces questions aussi! Mais pas comme base d’apprentissage pour de nombreux jours, voire semaines!

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Des vacances offertes à la surveillante pour oublier les insultes…

Posted by Françoise Guillaume on Samedi juin 23, 2012 Under Chroniques

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Une info reprise dans les grandes lignes ici, mais je n’ai voulu ni en reprendre les photos originalas, ni les vidéos: les mots suffisent!

La vidéo d’une surveillante de bus, humiliée par des enfants lors d’un trajet, a ému les internautes.”Gros cul”, “tu es si grosse”, “tu es un troll”, “mais pourquoi tu ne fermes pas ta grande gueule ?” Tout a très mal commencé pour Karen Klein, surveillante d’un bus scolaire de l’État de New York. Lundi, elle a été violemment prise à partie par des écoliers de Greece qui dix minutes durant, multiplient insultes et humiliations.

“Gros tas”, “éléphant”, “gros cul”, tout y passe. Les élèves se moquent de son apparence, de son appareil auditif, de sa coiffure. Un des écoliers assure même vouloir “pisser sur sa porte” après lui avoir demandé son adresse.

Les jeunes s’en prennent même ensuite à la famille de la surveillante. “Tu n’as pas de famille parce qu’ils se sont tous tués, parce qu’ils ne voulaient pas être près de toi”, lui lance un élève. Sauf que le fils aîné de Karen Klein s’est suicidé il y a dix ans.

Finalement, les élèves réussissent à faire pleurer la vieille dame. Mais la tristesse de cette dernière n’attendrit pas les élèves qui continuent de plus belle. “J’ai simplement essayé de les ignorer. Habituellement je m’assois à l’arrière, et j’aurais dû en faire de même ce jour-là, mais je me suis assise un siège devant, de sorte qu’il y avait un garçon derrière moi et un autre devant. Et ils ont continué, pensant que c’était drôle”, confie-t-elle sur ABC News.

Interviewée toute la semaine par plusieurs chaînes de télévision américaines et canadiennes l’histoire de la surveillante émeut les internautes et les téléspectateurs. Plusieurs messages de soutiens sont publiés sur YouTube, où la vidéo de son agression, filmée en intégralité par le téléphone portable d’un élève a été mise en ligne le 18 juin. Depuis, elle a été visionnée pas loin de 4 millions de fois.

Indigné par le comportement des élèves, un internaute habitant de Toronto décide de lancer un appel aux dons sur le site indiegogo.com. Objectif : offrir des vacances à la surveillantes. Son initiative recueille un franc succès. L’objectif initial de 5.000 dollars a été instantanément pulvérisé. La collecte avait déjà récolté jeudi en fin d’après-midi plus de 340.000 dollars de 15.000 personnes.

Karen Klein s’est dite “impressionnée” par le mouvement de solidarité en cours, et les lettres et emails de soutien qu’elle avait reçus : “c’est vraiment super”.

Les autorités scolaires de Greece ont quant à elles affirmé que les quatre élèves en cause feraient face à une sanction disciplinaire. Revers de la médaille, les jeunes faisaient face jeudi à des menaces de toutes sortes dont des menaces de mort, a indiqué à l’AFP la police de Greece, leurs identités et numéros de téléphone ayant été publiés sur internet.”Un seul téléphone contenait 700 messages de menaces”, a indiqué le capitaine Steve Chatterton ajoutant que la police “faisait ce qu’il fallait pour qu’il ne leur arrive rien”. “Les gens doivent arrêter, cela n’a aucun sens, c’est un épisode de mauvais comportement dans un bus”.

Un concentré de notre époque contemporaine:  une surveillante certainement non formée qui ne parvient pas à cadrer des jeunes (ce qui n’est évidemment pas idéal dans la construction de soi, et ceci n’est en aucun cas une excuse!), des moyens de communication qui amplifient à outrance des faits malheureusement pas si rares, au moins dans l’esprit (faits filmés, mis sur Internet, messages en cascade,…), une charité publique qui vient matériellement compenser une blessure morale qui est générée par une société non contenante, etc, etc…

Bref, il y a encore matière à réflexion pour l’avenir: rendez vous à la rentrée.

Bel été!

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“A perdre la raison”: un film qui aide à penser? (suite)

Posted by Françoise Guillaume on Lundi juin 18, 2012 Under Chroniques

Le billet de la semaine dernière a été publié sur le fil d’actualité de YAPAKA et a amené une réponse de Vincent Magos, directeur de la cellule et psychanalyste. Voici:

“Chère Françoise,

Je n’ai pas encore vu le film et je n’ai pas besoin de le voir pour discuter avec toi de la question gigantesque que tu ouvres:

“Mais en ce qui concerne l’intention de provoquer de la pensée, elle me semble loupée (en témoigne le fait que la critique parle d’un film éprouvant et bouleversant). C’est dommage car les parents d’aujourd’hui ont déjà suffisamment de raisons d’être angoissés, ce qui n’est jamais favorable à une posture éducative sereine. Et laisser entendre, comme le fait le film (à mon avis), que n’importe qui d’entre nous pourrait arriver à de telles extrémités car plongé dans un environnement toxique, éludant la question de la structure psychique fondamentale de l’individu, me semble susceptible de renforcer cette angoisse, déjà suffisamment alimentée par tous les messages émis par le monde dans lequel nous vivons.”

Il se fait que je co-anime un séminaire de psychanalystes autour de films. Et cette semaine, justement je présentais un film qui rejoint cette question. Le film (De bon matin également tiré d’une histoire réelle) montre un cadre de banque qui, un jour, vient au travail avec un révolver et tue son supérieur ainsi qu’un autre cadre. Il va ensuite s’asseoir à son bureau et se remémore les événements qui l’ont amené à de telles extrémités.
Ici aussi, le film fait quelques raccourcis, est parfois un peu simpliste et fait monter en nous l’émotion. C’est en général ce que l’on attend d’un film. Je crois que comme un pavé lancé dans une mare, ce type de film au-delà son impact initial, résonne longtemps en nous. Et, avec le temps, l’émotion peut lentement donner à penser.

Christophe Dejours dont on peut lire entre autre “Souffrance en France : La banalisation de l’injustice sociale” montre bien à quel point la vie au travail est essentielle à la vie psychique. Il montre aussi à quel point certaines nouvelles pratiques managériales détruit les pratiques de solidarités, les liens sociaux, les possibilités de sublimations qui sont toujours présentes dans le travail quand celui-ci offre des possibilités de se réaliser, d’être socialement valorisé,… L’inverse produit de la violence sociale et individuelle qui s’exprime par exemple par les suicides sur les lieux de travail.
La tuerie provoquée par le personnage joué par Jean Pierre Daroussin ne serait-elle que le fruit de sa « structure psychique fondamentale », je ne le crois pas. Certes il faut toujours s’interroger sur les choix (de couple, professionnels…) mais il est des rencontres avec des personnes ou avec l’Histoire qui viendront étayer notre structure psychique ou creuser nos fêlures.

« N’importe qui d’entre nous pourrait arriver à de telles extrémités » ? Dans l’histoire contemporaine, la question a commencé à hurler à l’ouverture des camps, je crains qu’elle ne crie encore longtemps en nous, elle nous oblige à je jamais se refermer, à ne jamais nous dédouaner ni de notre inconscient, ni de notre responsabilité politique.

Vincent Magos

Mise à jour du 18 juin 2012 : Après avoir vu le film, je ne retire pas une virgule de ce que j’ai écris en 2010, avant le tournage, ou ci-dessus. Avec subtilité et très loin d’un manichéisme fait de bourreaux et de victimes, il montre les mécanismes à l’oeuvre dans l’emprise.

“A perdre la raison”, un film qui aide à penser? Allez-y et voyez.”

J’y ai répondu:

“Cher Vincent,

Par ton commentaire, je me suis sentie plongée dans un abîme de perplexité, j’ai été voir la bande-annonce du film « De bon matin » ; en fait, les bandes-annonces des deux films pour réaliser qu’elles ne pouvaient pas rendre compte de l’ensemble du film (ça on le savait déjà !).

En fait, je comprends en lisant ta mise à jour qu’on ne parle pas de la mêm chose: rien à redire sur le fait de faire le film sur ce sujet, ni sur son caractère subti et non manichéen.

Mais, j’ai envie de répondre en m’adressant en particulier au(x) psychanalyste(s) et aux analysants passés et actuels, dont J. Lafosse fait partie, et moi aussi d’ailleurs.

« De bon matin » parle du monde du travail et pas n’importe lequel, il donne une bonne idée du cynisme et de cruauté du milieu professionnel actuel. Il ouvre « naturellement » la réflexion sur le social et le politique qui surgit sans doute facilement à la vision du film ; il pose aussi des questions à l’inconscient qui peuvent surgir dans chacun d’entre nous mais qui peuvent être médiatisées par la réflexion politique dans ce cas-ci.

« A perdre la raison » parle d’un multi-infanticide, ce qui particulièrement dans la société dans laquelle nous vivons nous plonge tous dans la sidération, on peut en penser ce qu’on veut (ce qu’on ne manque pas de travailler à YAPAKA !)

Qu’il nous passe par la tête de tuer notre chef ou de tuer nos enfants n’a pas les mêmes effets. On peut sortir du film « A perdre la raison » en trouvant des points d’identifications suffisants avec Muriel pour se dire : « mais au fond, pourquoi pourrais-je, moi, me dégager d’une telle emprise ? » et sans y trouver beaucoup d’éléments pour se rassurer, pour rationaliser, pour sortir de l’angoisse,…

Tout cela pour expliquer que je ne suis pas loin de penser que « A perdre la raison » peut faire effraction dans l’inconscient de certains spectateurs (c’est ce que j’entendais, à demi-mot dans le premier billet en disant que l’objectif de faire penser me semblait loupée). Et cette effraction-là, elle est difficile, très difficile à métaboliser quand on n’est pas en cure (difficile ne veut pas dire impossible et le film est suffisamment subtil pour que l’effraction soit douce, c’est pour cela que je n’avais pas utilisé cette image d’abord).

Pour être claire, je pense que certaines personnes peuvent sortir du film en s’enfermant dans une angoisse de passer à ce type d’acte alors qu’ils ont en eux ce qu’il faut pour

De manière plus générale, cette effraction possible, les analystes et les analysants doivent, à mon avis, l’avoir sans cesse en tête, la soupeser quand ils adressent un message, une œuvre (ici, le film) à une personne ou à un groupe, (ici le public). Car si certains ont les ressources et les endroits pour travailler ces questions, combien ne l’ont pas ? combien sont laissés seuls à leurs angoisses ?

Ceux-là « se dédouanent de leur inconscient » ? Peut-être et ce n’est certes pas l’idéal mais il n’est du rôle de personne de secouer, plus ou moins volontairement, l’inconscient de l’autre sur des questions dont on sait qu’elles agitent déjà tellement la société que les facteurs contenants en sont de plus en plus aléatoires et que ceux qui peuvent les assumer (hors de la cure analytique, bien sûr ; je pense au professionnel de l’éducation de première ligne) ne savent déjà plus où donner de la tête et là, cette expression est à prendre au sens propre !

P.S. Convoquer la « grande histoire » et l’ouverture des camps pour mettre en perspective des évènements qui restent de « petites histoires » m’a semblé particulièrement lourd à porter!”

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